Catégorie : Aliments

  • Affinage des fromages optimisé grâce à une enveloppe textile

    Affinage des fromages optimisé grâce à une enveloppe textile

    Les fromages emmorgés présentent souvent des problèmes de qualité, tels qu’une odeur désagréable et une surface collante, lorsqu’ils sont préemballés. Le nouveau procédé d’affinage utilisant une enveloppe textile biodégradable apporte une solution. C’est ce que démontrent des essais menés dans des fromageries.

    Les fromages emmorgés représentent environ la moitié de la production fromagère suisse. Leur croûte typique, de couleur orange-brun, est le résultat d’un microbiote composé de levures et de bactéries qui contribue de manière significative au développement de l’arôme et de la texture, tout en protégeant le fromage contre les micro-organismes indésirables. Dans la pratique, ces fromages sont souvent conditionnés dans des emballages hermétiques. Le microbiote, qui a besoin d’oxygène, meurt alors, ce qui permet aux germes indésirables de se multiplier. Cela entraîne des odeurs désagréables et des surfaces collantes. Pour éviter cette perte de qualité, la morge est généralement retirée avant le conditionnement – une étape supplémentaire qui altère l’aspect caractéristique du fromage.

    Ce nouveau procédé d’affinage permet d’optimiser les étapes de fabrication. Immédiatement après le bain de sel, les fromages sont enveloppés dans un tissu biodégradable. La flore microbienne présente à la surface du fromage se développe alors sur le textile, qui peut être retiré facilement à la fin de l’affinage. Une petite partie de ce microbiote reste sur le fromage, ce qui lui permet de conserver sa croûte typique de couleur orange-brun.

    Lors du déballage, la majeure partie de la matière grasse reste collée au textile, mais les fromages conservent néanmoins leur couleur caractéristique (photo: Cécile Stäger, Agroscope)

    Emmorgement optimisé avec des avantages mesurables en termes de qualité

    Ce nouveau procédé offre plusieurs avantages intéressants, car l’entretien des fromages est nettement moins fastidieux que dans le cas de l’emmorgement classique. Les fromages perdent moins d’eau pendant l’affinage, ce qui accélère le processus, donne une croûte plus fine, un arôme plus intense et une texture plus onctueuse. Une fois l’affinage terminé, la morge peut être retirée facilement avec le textile. Les fromages affinés selon ce procédé ne dégagent pas d’odeurs indésirables dans leur emballage et ne collent pas. Les fromages à raclette convainquent par leurs meilleures propriétés de fonte.

    La procédure a été déposée auprès de l’Office européen des brevets et le brevet a été délivré début 2023.

    De haut en bas: Fromages fraîchement emballés et affinés jusqu’à trois mois, selon la nouvelle méthode (photo: Cécile Stäger, Agroscope)

    Des exigences élevées en matière de savoir-faire dans l’affinage moderne du fromage

    Le nouveau procédé d’affinage exige au moins autant de savoir-faire que l’emmorgement classique. Les moindres écarts doivent être détectés le plus tôt possible et des ajustements ciblés doivent être apportés au climat ou les soins. Les textiles doivent également répondre à des exigences spécifiques, notamment en matière d’élasticité, de sécurité sanitaire des aliments et de biodégradabilité. Les conflits d’objectifs – notamment entre les propriétés des matériaux et la migration de substances indésirables – ont été résolus sur le plan technique. Comme pour l’emmorgement classique, il n’existe pas, dans le nouveau procédé d’affinage, de recette miracle qui fonctionne pour tous les types de fromages et dans toutes les caves d’affinage.

    Conclusion

    • Ce nouveau procédé d’affinage offre un potentiel d’amélioration de la qualité et d’optimisation des processus de production pour les fromages emmorgés. Sa mise en œuvre nécessite toutefois des procédures opérationnelles adaptées et un savoir-faire.
    • C’est à l’aide de sacs en tissu préfabriqués que le nouveau procédé de fabrication artisanale du fromage est mis en place. À cet égard, Agroscope recommande une approche pragmatique:
      • Dans un premier temps, ne conditionner qu’un nombre limité de meules et les traiter de la même manière que celles qui ne sont pas conditionnées.
      • Au cours de la deuxième phase, l’entretien mécanique à la brosse peut être progressivement réduit, tandis que le nombre de meules peut être augmenté petit à petit.
      • Au cours de la troisième phase, le passage complet au nouveau procédé d’affinage pourra alors avoir lieu.

    Les connaissances ainsi acquises peuvent ensuite s’avérer utiles pour les fabricants de fromage industriels.

    • Le procédé vient compléter les pratiques existantes et offre divers avantages opérationnels en fonction de la situation initiale.
    • Ce nouveau procédé offre également des perspectives prometteuses pour la fabrication d’aliments d’origine végétale présentant de nouvelles propriétés sensorielles ou une teneur en matière sèche plus élevée.
  • Les flux secondaires alimentaires, une ressource sous-estimée – revue de littérature

    Les flux secondaires alimentaires, une ressource sous-estimée – revue de littérature

    Tout au long de la chaîne de valeur alimentaire, des flux secondaires considérables et jusqu’à présent peu exploités continuent d’être générés. Une étude bibliographique réalisée par Agroscope montre que des questions centrales concernant l’application et la valorisation industrielle demeurent toujours sans réponse.

    Importance croissante des flux secondaires

    L’utilisation des flux secondaires a gagné en importance ces dernières années. Le nombre de publications scientifiques sur ce thème a également augmenté. Dans le cadre du projet européen WASTELESS (Horizon 2020, Grant Agreement 101084222) financé par des fonds tiers, des chercheuses d’Agroscope ont mené une étude bibliographique dans laquelle deux bases de données de recherche ont été consultées à la recherche d’articles pertinents (reviews) sur les flux secondaires, afin de déterminer l’état actuel des connaissances sur ce sujet. Au total, 52 reviews en anglais ont été identifiées et analysées. Comme le montre la figure 1, les sources végétales prédominent.

    Figure 1: Aperçu des reviews examinées et des sources de flux secondaires qui y sont étudiées.

    Les sous-produits végétaux dominent – ceux d’origine animale restent peu étudiés

    Les drêches de brasserie constituent un sous-produit végétal important. Les applications décrites dans la littérature vont des pâtisseries aux pâtes en passant par les yogourts et les saucisses. Parmi les sources végétales étudiées dans la présente étude, les fruits représentent la plus grande partie. Sur les 52 reviews examinées, 37 traitent des sous-produits issus des fruits. Il s’agit principalement des sous-produits suivants: marcs, écorces et graines.

    Les sous-produits d’origine animale sont actuellement moins étudiés. Les sous-produits d’origine animale proviennent principalement des fruits de mer (poissons, coquillages, moules, crustacés, etc.) et des produits laitiers (principalement le petit-lait et le babeurre). La viande est beaucoup moins souvent abordée. Au total, seules quatre des 52 reviews examinées traitent de ce sujet. Cependant, comme les pertes alimentaires liées à la viande sont en grande partie dues à des pertes de préférence, il s’agirait d’une catégorie particulièrement intéressante offrant un grand potentiel de réduction des pertes.

    Acceptation des produits valorisés par les consommateurs et consommatrices: opportunités et obstacles

    Il existe actuellement peu d’études sur la manière dont les consommateurs et consommatrices perçoivent les produits fabriqués à partir de flux secondaires. D’une manière générale, ils semblent ouverts à cette idée, mais ont tendance à vouloir payer moins cher pour ces produits que pour les produits conventionnels. L’acceptation pourrait être améliorée en mettant en évidence la valeur ajoutée de ces produits ou en soulignant la durabilité de l’agriculture. Les propriétés sensorielles constituent également un élément clé de l’acceptation. Si un produit n’a pas bon goût ou n’est plus esthétique en raison de l’ajout de sous-produits, cela peut constituer un obstacle décisif à son acceptation par les consommateurs et consommatrices.

    Conclusion

    • Les sous-produits végétaux issus de la production alimentaire sont actuellement encore plus utilisés que les sous-produits animaux.
    • Une plus grande transparence des données relatives aux flux secondaires issus de l’industrie alimentaire permettrait d’approfondir la recherche sur le potentiel existant.
    • Le manque d’acceptation des produits dérivés par les consommateurs et consommatrices peut constituer un obstacle important à leur utilisation.
  • Effet capillaire confirmé: les particules de foin sont déterminantes dans la formation des trous de l’Emmental

    Effet capillaire confirmé: les particules de foin sont déterminantes dans la formation des trous de l’Emmental

    Il y a dix ans, Agroscope a démontré que de minuscules particules de foin favorisaient la formation de trous dans le fromage. Leurs capillaires agissent comme points de départ pour les trous. Une équipe de recherche a pu confirmer le rôle décisif de l’effet capillaire.

    Insuffisance de trous dans l’Emmental AOP

    La taille, le nombre, la forme et la répartition des trous dans les fromages de type Emmental sont des paramètres de qualité déterminants. Au début du XXIe siècle, les fabricants d’Emmental AOP ont été confrontés au problème de l’insuffisance de trous dans leurs fromages. La séparation spatiale entre l’alimentation et la traite des vaches laitières dans les systèmes de stabulation libre et les améliorations technologiques dans la production laitière ont non seulement conduit à un lait plus hygiénique, mais également à un manque de microparticules naturelles telles que la poussière de foin. Guggisberg et al. (2015) ont montré que les microparticules d’origine végétale agissent comme points de départ pour la formation de trous et que, proportionnellement à leur quantité, elles déterminent le nombre et la taille des trous dans le fromage. Les auteurs ont émis l’hypothèse que les fragments de poussière de foin présentant des capillaires intacts sont les points de départ les plus probables pour la formation des trous.

    Effets avec des éléments capillaires définis

    Des fibres creuses synthétiques d’un diamètre intérieur d’environ 10 µm et des capillaires synthétiques d’un diamètre intérieur de 0,13 mm et 0,18 mm, de différentes longueurs et en différentes quantités, ont été ajoutés au caillé pendant la phase de remplissage sous petit-lait. Pour des raisons de sécurité, ces Emmentals expérimentaux n’ont pas été autorisés à la consommation ; les fibres creuses et les capillaires synthétiques ont été sélectionnés en raison de leur structure capillaire définie.

    Fig. 1. Coupe transversale d’un Emmental modèle présentant des trous formés autour de capillaires synthétiques (diamètre intérieur 0,13–0,18 mm, longueur 2–3 mm; flèches) (Florian Loosli, Agroscope, Berne-Liebefeld)
    Fig. 2. Coupe transversale d’un Emmental modèle présentant des trous formés autour de fibres creuses synthétiques (diamètre intérieur 10 μm, longueur 6 mm; flèches) (Dominik Guggisberg, Agroscope, Berne-Liebefeld)

    Le rôle décisif de l’effet capillaire confirmé expérimentalement

    Le nombre et la taille des trous dans les fromages expérimentaux ont été proportionnels au dosage, comme cela avait déjà été le cas dans l’étude menée avec de la poudre de foin. Contrairement aux particules de foin, les fibres creuses et les capillaires synthétiques étaient clairement reconnaissables, aussi bien à l’œil nu que sur la radiographie. L’analyse aux rayons X a montré que chaque trou comportait au moins un capillaire. L’étude confirme ainsi que les trous se sont formés autour des structures capillaires qui, en raison de l’effet capillaire, devaient contenir de l’air emprisonné.

    Fig. 3. Détail d’une radiographie d’un Emmental modèle présentant des trous formés autour de capillaires synthétiques (les flèches montrent quelques-uns de ces capillaires) (Florian Loosli, Agroscope, Berne-Liebefeld)

    Conclusions

    • Des bulles d’air microscopiques sont les points de départ les plus probables de la formation de trous dans le fromage.
    • Dans un environnement aqueux tel que le lait et le petit-lait, les structures capillaires piègent des bulles d’air.
    • Des bulles d’air peuvent être introduites de manière naturelle dans le lait au moyen de structures capillaires telles que des microparticules de foin. Des éléments structurels sans capillaires ne peuvent pas servir de point de départ pour la formation de trous.
    • Depuis 2025, les fabricants d’Emmental AOP sont autorisés à ajouter de la poudre de foin naturelle afin de favoriser la formation de trous.
  • Le pain de seigle valaisan AOP séduit par sa grande diversité

    Le pain de seigle valaisan AOP séduit par sa grande diversité

    Le projet consacré au pain de seigle valaisan AOP est une étude de terrain spécifique à un produit, dans un contexte géographique et juridique clairement délimité (AOP). L’objectif est de décrire l’authenticité et la qualité de ce pain traditionnel au levain.

    Une étude a été menée pour décrire l’authenticité du pain de seigle valaisan AOP fabriqués dans 21 boulangeries sélectionnées de manière représentative, en analysant la farine, les pâtons ainsi que les pains frais et ceux conservés pendant une semaine. Son but était d’identifier les facteurs susceptibles d’influencer la qualité et la diversité du pain de seigle valaisan AOP, grâce aux résultats obtenus.

    Grande diversité bactérienne, faible diversité des levures

    L’analyse du métagénome des pâtons a révélé une faible biodiversité des levures et une biodiversité bactérienne élevée. Fructilactobacillus sanfranciscensis, la bactérie typique du levain, a affiché l’abondance relative la plus importante dans un seul pâton. Dans 10 des 21 pâtons, l’espèce Fructilactobacillus frigidiflavus, nouvellement décrite en 2025, était prédominante. Dans sept pâtons, différentes espèces d’autres bactéries lactiques dominaient. Dans trois pâtons, les bactéries à Gram négatif présentaient la plus forte abondance relative, ce qui laisse supposer qu’il pourrait s’agir de levains «jeunes» ayant subi peu de rafraîchis. En ce qui concerne les levures, seuls trois pâtons contenaient en quantité significative des espèces autres que la levure boulangère Saccharomyces cerevisiae.

    La proportion de farine de blé a une grande influence

    Dans cette étude, le principal facteur ayant influencé la qualité et la diversité du pain de seigle valaisan AOP était la proportion de farine de blé. Toutefois, il convient de souligner que les boulangeries qui utilisaient exclusivement de la farine de seigle proposaient un pain s’inspirant davantage du pain de seigle valaisan AOP d’origine, dont la fabrication visait avant tout une longue durée de conservation. Les pains composés uniquement de farine de seigle étaient en moyenne nettement plus acidulés et légèrement plus salés que ceux avec un complément de farine de blé. Ils étaient également un peu plus aromatiques, fruités, fermentés et un peu moins céréaliers. L’emploi exclusif de farine de seigle a entraîné une fermentation plus intense, une augmentation du nombre de produits de fermentation et un pH plus faible.  

    La plupart des pains de seigle valaisans AOP étaient peu acides. L’acidité était déterminée par la teneur en acide lactique, l’acide acétique ne jouant qu’un rôle secondaire.

    Difficulté à trouver des corrélations statistiques

    Un grand nombre de boulangères et de boulangers n’utilisent pas de recette strictement standardisée pour la fabrication du pain de seigle valaisan AOP. Leur processus de fabrication repose souvent sur des observations sensorielles et une longue expérience professionnelle. Ces pratiques ont considérablement limité la possibilité d’évaluer les corrélations statistiques entre les paramètres de production et les caractéristiques des pains.

    Les souches isolées de bactéries lactiques pourraient permettre de développer une culture de levain biodiversifiée qui renforcerait considérablement l’authenticité du pain de seigle valaisan AOP et son lien avec le terroir. Une teneur minimale en acide lactique pourrait augmenter la diversité aromatique du pain de seigle valaisan AOP sans en accentuer l’acidité.

    Figure 2: Diversité des bactéries dans les pâtons

    Conclusions

    • Les pâtons présentaient une grande diversité bactérienne et une faible diversité de levures. L’espèce nouvellement décrite en 2025 (F. frigidiflavus) a été détectée dans près de la moitié des échantillons.
    • La proportion de blé s’est avérée le facteur ayant la plus forte influence sur la qualité et le profil aromatique.
    • Les pains fabriqués uniquement avec de la farine de seigle étaient plus acides, plus aromatiques et avaient une nuance de fermenté plus marquée que les pains fabriqués avec une part de farine de blé.
    • L’acidité était principalement déterminée par l’acide lactique et non par l’acide acétique.
    • Les processus de fabrication hétérogènes ont compliqué les évaluations statistiques.
    • Une culture de levain biodiversifiée pourrait renforcer l’authenticité du pain de seigle valaisan AOP.

  • Mesurer les pertes alimentaires: focalisation sur la production maraîchère

    Mesurer les pertes alimentaires: focalisation sur la production maraîchère

    Les pertes alimentaires dans la production primaire sont rarement prises en compte, alors qu’elles sont déterminantes pour élaborer des stratégies de réduction efficaces tout au long de la chaîne de création de valeur. Cette analyse évalue les méthodes de mesure existantes en se concentrant sur les légumes.

    En Suisse, environ 37 % des denrées alimentaires comestibles sont perdues chaque année. C’est pourquoi le Conseil fédéral a adopté en avril 2022 le «Plan d’action contre le gaspillage alimentaire» afin de réduire de moitié ces pertes d’ici à 2030.

    Les pertes alimentaires évitables les plus importantes concernent les légumes et les pommes de terre, avec 104,3 kg par personne et par an. En raison de ces quantités, ce groupe de produits est celui qui occupe la deuxième place de tous les déchets alimentaires par rapport à la charge polluante. Un tiers de ces pertes survient dans la production primaire, par exemple lors du tri des légumes qui ne répondent pas aux normes de taille. Il existe actuellement un manque de données pour quantifier ces pertes. Il serait toutefois important de les recenser de manière fiable afin d’obtenir une image complète des pertes générées et d’élaborer des mesures de réduction tout au long de la chaîne de création de valeur.

    L’objectif de cette étude est de comparer les études scientifiques existantes sur les pertes alimentaires dans la production primaire de légumes et d’en déduire des approches pour un système de surveillance permettant de recenser ces pertes en Suisse.

    Comprendre les pertes alimentaires: comparaison d’études et approches de surveillance

    Pour cette analyse, des études ont été recherchées dans la base de données de publications scientifiques Scopus et incluses si elles répondaient aux critères suivants:

    • Publication après 2015
    • Analyses des pertes en Europe, en Amérique du Nord ou en Océanie et
    • ont fait l’objet d’un processus d’évaluation par les pairs.

    L’accent a été mis sur les études portant sur les tomates, les pommes de terre, les carottes, les oignons et les salades. Ces cultures ont été choisies car elles couvrent différentes méthodes de culture (plein champ et serre) et différents types de cultures (légumes de garde et légumes-fruits) et font partie des légumes les plus cultivés en Suisse. Dix études répondant aux critères ont été analysées et comparées entre elles.

    De grandes différences dans la comptabilisation des pertes alimentaires

    Les études sélectionnées utilisent les définitions de la perte alimentaire données par différentes institutions. Les différences concernent avant tout les aspects suivants:

    • si la réutilisation de l’aliment (par exemple comme aliment pour animaux) est prise en compte,
    • si des parties non comestibles (par exemple, les écorces) sont incluses et
    • si une distinction est faite entre les pertes évitables et inévitables.

    Ces définitions ont une influence considérable sur la quantification, car l’inclusion ou l’exclusion de certains aliments fait apparaître le taux de perte comme plus élevé ou plus faible.

    De plus, les études utilisent différentes méthodes de mesure. Certaines enregistrent directement les pertes, par pesée ou comptage, d’autres estiment les quantités à partir d’entretiens ou d’enquêtes. Ces méthodes fournissent des données dans différentes unités et avec différentes incertitudes.

    Enfin, les études recensent différentes causes de pertes. Certaines examinent les pertes totales des exploitations, d’autres uniquement les pertes évitables, ou encore des causes de pertes concrètes, par exemple les légumes qui n’ont pas été récoltés. Les pertes mesurées dans les études ne sont donc pas comparables entre elles.

    Conclusions

    • En Suisse, on manque de données sur le volume des pertes alimentaires évitables liées à la culture des légumes et des pommes de terre.
    • Au niveau international également, il existe peu d’études sur ce sujet. Les études existantes définissent les pertes alimentaires de manière différente, utilisent des méthodes de mesure différentes et recensent des causes de pertes différentes. Leurs résultats ne sont donc pas comparables entre eux.
    • Il faut mettre en place une méthode de surveillance en Suisse afin de recenser les pertes de légumes et de pommes de terre et d’obtenir une image complète des pertes alimentaires tout au long de la chaîne de création de valeur.
    • Les études existantes peuvent servir de base à l’élaboration d’une telle méthode de suivi. Celles-ci doivent toutefois être validées en collaboration avec différents groupes d’intérêt et adaptées au contexte suisse.
  • Vers une augmentation significative du degré d’autosuffisance avec un moindre impact environnemental

    Vers une augmentation significative du degré d’autosuffisance avec un moindre impact environnemental

    Si nous remédions systématiquement aux inefficiences du système alimentaire, telles que la production excessive d’aliments pour animaux sur les terres arables, l’alimentation concentrée du bétail et le gaspillage alimentaire, il est possible d’atteindre un niveau d’autosuffisance beaucoup plus élevé tout en réduisant l’impact environnemental.

    Le taux d’autosuffisance alimentaire (TAA) indique la part des calories consommées dans un pays qui peut être produite sur son territoire. En Suisse, ce taux est d’à peine 50 %. De nombreux pays souhaitent augmenter leur TAA. Avec sa politique agricole AP2030+, la Suisse vise – à maintenir son TAA au minimum à son niveau actuel, tandis que l’initiative « Pour une alimentation sûre »  exige un TAA d’au moins 70 %. Dans cet article, nous modélisons différentes mesures susceptibles d’augmenter le TAA et de réduire les impacts environnementaux négatifs de l’agriculture.

    Les principaux leviers : Feed-no-Food et moins de déchets

    Un TAA beaucoup plus élevé est possible. En exploitant pleinement le potentiel, on obtient un TAA supérieur à 100 % et près de 10 millions de personnes, soit plus du double du nombre actuel, pourraient être nourries à partir des ressources nationales. Ce n’est bien sûr pas nécessairement l’objectif, mais cela montre l’ampleur de la marge de manœuvre disponible. Les principaux leviers résident, d’une part, dans la réduction du gaspillage alimentaire et, d’autre part, dans l’utilisation des terres arables pour l’alimentation humaine plutôt que pour l’alimentation animale. En effet, cultiver des aliments pour les animaux permet de nourrir beaucoup plus moins de personnes sur la même superficie. De nombreux leviers plus modestes, tels que l’alimentation des porcs avec les déchets restants, l’augmentation du nombre de lactations chez les vaches laitières, une gestion plus efficace des pâturages ou une production accrue de fruits à haute tige sur les prairies, ont également un impact significatif en somme.

    Fort potentiel dans l’alimentation bovine

    Outre la culture intensive d’aliments concentrés pour les monogastriques plutôt que pour l’alimentation humaine directe, l’utilisation d’aliments concentrés dans l’élevage bovin est particulièrement inefficiente. Renoncer significativement aux aliments concentrés dans la production laitière et valoriser pleinement les prairies permettrait de nourrir un million de personnes supplémentaires, dont 0,4 million grâce aux terres arables en Suisse et 0,6 million à l’étranger, sur les terres agricoles où sont aujourd’hui cultivés les aliments importés correspondants. La production laitière diminuerait alors de 15 %, ce qui correspond aux surcapacités du marché laitier. Renoncer en plus au maïs fourrager permettrait de nourrir 0,5 million de personnes supplémentaires. Il convient toutefois de noter qu’une petite quantité d’aliments concentrés et de maïs fourrager peut présenter un intérêt dans l’alimentation des bovins, dans la mesure où elles permettent une meilleure utilisation des protéines et de l’énergie contenues dans l’herbe.

    Si les besoins nationaux en lait peuvent être couverts même sans aliments concentrés, il faudrait toutefois importer davantage de viande si la consommation de viande restait au même niveau qu’aujourd’hui. Le bien-être animal et d’autres aspects liés à la durabilité devraient bien sûr être examinés de près, mais cela permettrait toutefois de boucler les cycles nutritifs, car les animaux seraient élevés là où pousse leur fourrage, alors qu’aujourd’hui, les importations d’aliments pour animaux entraînent un excédent important de nutriments dans notre pays.

    L’environnement en profite

    Déjà ces deux leviers d’action permettent d’atteindre pleinement l’objectif de la stratégie climatique et presque entièrement celui de réduction des émissions d’ammoniac. Les émissions de gaz à effet de serre de l’agriculture suisse proviennent principalement de la digestion des ruminants. La réduction des fourrages provenant des champs cultivés et des importations de fourrages entraîne une diminution de leur quantité. De même, les principales causes des réductions d’ammoniac sont la diminution du cheptel et des quantités d’engrais de ferme liées à la réduction de l’offre fourragère.

    De nombreuses mesures seraient relativement faciles à mettre en œuvre

    De nombreuses mesures pourraient être mises en œuvre sans investissements ni changements importants. Une partie des mesures pourrait déjà être réalisée par les exploitations sans incidence économique, voire avec un effet positif, par exemple dans la production de lait et de viande bovine. Pour cela, il faudrait toutefois que ce sujet soit abordé dans le cadre de la formation initiale et continue et du conseil, ce qui n’est guère le cas actuellement.

    La politique doit changer

    De nombreuses mesures se heurtent à des obstacles ou sont bloquées par des conditions-cadres étatiques défavorables et des incitations inappropriées. Ainsi, le système actuel de politique agricole soutient beaucoup plus la production animale que la production végétale au moyen de mesures de protection douanière et de paiements directs. De ce fait, la culture de denrées alimentaires destinées à la consommation humaine directe n’est souvent pas compétitive par rapport à la culture fourragère.

    Conclusion

    • La Suisse peut atteindre un niveau d’autosuffisance bien plus élevé qu’aujourd’hui.
    • Les principaux leviers sont la réduction du gaspillage alimentaire et une stratégie « Feed-no-Food », en particulier dans l’alimentation des ruminants. Mais d’autres mesures visant à accroître l’efficacité peuvent également apporter une contribution importante.
    • L’impact environnemental serait considérablement réduit. L’objectif de réduction des émissions de gaz à effet de serre pourrait être atteint dans son intégralité tandis que celui relatif à l’ammoniac serait presque réalisé.
    • Il ne s’agit pas d’une vision utopique : bon nombre des mesures nécessaires pourraient être mises en œuvre assez facilement dès aujourd’hui. D’un autre côté, il faut que la politique change, car elle encourage actuellement beaucoup trop la production animale et la consommation de viande, ce qui rend difficile le passage d’un élevage intensif basé sur les aliments concentrés à des alternatives végétales. Il manque également des dispositifs de formation initiale et continue adaptées.
  • Une nouvelle espèce bactérienne identifiée comme responsable du défaut du fromage «putrificus»

    Une nouvelle espèce bactérienne identifiée comme responsable du défaut du fromage «putrificus»

    Agroscope et son homologue italien le CREA (Consiglio per la ricerca in agricoltura e l’analisi dell’economia agraria) ont décrit une nouvelle espèce de bactérie, Clostridium caseinilyticum sp. nov., isolée de fromages présentant le défaut de qualité «putrificus», ainsi que d’ensilages. Ce travail éclaire l’origine des défauts de certains fromages et peut conduire au développement de méthodes de prévention.

    Plusieurs espèces de Clostridium sont responsables de pertes considérables dans l’industrie alimentaire. En particulier, certains fromages à pâte dure ou extra-dure présentent occasionnellement un défaut d’altération putride de la pâte nommé „putrificus“, parfois responsable de pertes importantes. Des chercheurs d’Agroscope et du CREA ont caractérisé une nouvelle espèce de bactérie anaérobie obligatoire, sporulée et mobile, isolée à partir de fromages présentant ce défaut ainsi que d’ensilages. La nouvelle espèce a été nommée Clostridium caseinilyticum sp. nov. Bien que distincte, cette nouvelle espèce a longtemps été confondue avec Clostridium sporogenes, qui était tenue pour responsable du défaut «putrificus».

    Clostridium caseinilyticum sp. nov. isolée à partir de différentes sources

    La souche-type de la nouvelle espèce, FAM 1755T, a été obtenue en 1983 d’un Emmental suisse présentant le défaut «putrificus». Les deux autres souches étudiées, CREA 4990 et FAM 27665, ont été isolées respectivement en 2022 et 2012, la première par nos partenaires italiens à partir d’un Grana Padano présentant le même défaut, la seconde à partir d’ensilage suisse. Ce n’est que récemment que l’on a remarqué que ces isolats, jusque-là attribués à l’espèce Clostridium sporogenes, forment en réalité une espèce distincte.

    Description de la nouvelle espèce bactérienne

    Les cellules en forme de bâtonnets et Gram-positives de FAM 1755T mesurent entre 3 et 4,5 µm de long et entre 0,7 et 0,9 µm de large. L’étude des liens de parenté (au moyen de l’analyse des séquences du génome complet et du gène 16S rRNA) place ce nouveau taxon à proximité de Clostridium tepidum DSM 104389T et de membres du groupe I de Clostridium botulinum, tels que Clostridium sporogenes DSM 795T. La nouvelle espèce se développe dans une plage de température légèrement plus basse (20–40 °C) que C. tepidum et C. sporogenes, et elle est plus tolérante au sel que C. tepidum. Bien qu’elle soit génétiquement plus proche de C. tepidum, ses préférences de croissance ressemblent davantage à celles de C. sporogenes, une espèce qui se développe également dans le fromage dans des conditions similaires et avec laquelle elle a longtemps été confondue. Contrairement à C. tepidum, la nouvelle espèce hydrolyse systématiquement les protéines du lait, une propriété associée à la détérioration du fromage. Nous proposons donc le nom Clostridium caseinilyticum sp. nov., ce qui signifie «Clostridium qui décompose la caséine».

    Clostridium caseinilyticum sp. nov. (Photo: Emilie Michellod, Agroscope)

    Prévenir plus efficacement les défauts du fromage à l’avenir

    Un dépistage des clostridies protéolytiques dans le lait cru pourrait permettre d’éviter que cette espèce n’accède à la chaîne de transformation via le lait. Le respect de bonnes pratiques d’hygiène et de production contribue également à minimiser le risque de détérioration du fromage pendant l’affinage. La description de cette nouvelle espèce ouvre la voie à des études plus approfondies sur les conditions favorisant ou inhibant sa croissance dans le fromage, ainsi qu’au développement de mesures de prévention adaptées pouvant être appliquées lors de la production et de la transformation laitières.

    Conclusions

    • Des chercheurs ont décrit une nouvelle espèce de bactérie, anaérobie obligatoire, sporulée et mobile, appelée Clostridium caseinilyticum sp. nov., isolée à partir de fromages à pâte dure et extra-dure présentant des défauts de qualité ainsi que d’ensilages.
    • La nouvelle espèce est impliquée dans le défaut de fromage «putrificus», longtemps attribué au proche parent Clostridium sporogenes.
    • La description de Clostridium caseinilyticum sp. nov. ouvre la voie à une meilleure compréhension des facteurs favorisant sa croissance dans le fromage et le défaut qui en découle.
    • L’identification du rôle de Clostridium caseinilyticum sp. nov. dans la détérioration du fromage souligne la nécessité de stratégies ciblées de surveillance et de prévention.
  • Préférences des consommateurs suisses en matière de vin: cépages traditionnels vs. cépages résistants

    Préférences des consommateurs suisses en matière de vin: cépages traditionnels vs. cépages résistants

    Les vins de cépages résistants rencontrent un succès comparable aux vins de cépages traditionnels. Une étude suisse révèle plusieurs profils de consommateurs, soulignant l’importance d’adapter les stratégies marketing.

    Cépages résistants: une alternative prometteuse

    En viticulture les fongicides sont essentiels pour lutter contre le mildiou, l’oïdium et le botrytis. Face à une demande croissante pour une viticulture plus durable, les cépages résistants aux maladies fongiques (FRG = Fungus Resistant Grape) représentent une alternative prometteuse, permettant de réduire l’utilisation des produits phytosanitaires. En Suisse, divers programmes de sélection publics et privés ont abouti à des variétés FRG telles que «Divona», «Sauvignac», «Divico» et «Cabernet Jura» qui sont disponibles pour les viticulteurs suisses, auxquelles s’ajoutent des variétés issus de programmes de recherche européens.

    Gagner la confiance des consommateurs

    Malgré la qualité reconnue des vins issus des cépages FRG, leur acceptation par les consommateurs reste un défi majeur pour leur adoption à grande échelle. Des études menées dans plusieurs pays (France, Allemagne, Brésil, etc.) montrent que les consommateurs sont généralement ouverts à ces vins, surtout lorsque leurs avantages environnementaux sont mis en avant. En Suisse, la dernière étude sur le sujet remonte à plus de dix ans, alors que de nouveaux cépages ont depuis été développés et que l’intérêt pour la durabilité s’est intensifié.

    Etude consommateur sur les vins issus de cépages résistants en Suisse

    Cette étude aborde trois questions: (i) les consommateurs suisses perçoivent-ils différemment les vins issus de cépages FRG par rapport aux cépages traditionnels? (ii) peut-on identifier des groupes de consommateurs selon leur appréciation des vins FRG? et (iii) l’information sur les FRG influence-t-elle leur évaluation? Pour répondre à ces questions, nous avons mené une étude en plusieurs phases combinant une analyse chimique des vins, un profilage sensoriel par des experts et des tests consommateurs avec des vins issus de FRG comparés à des vins issus de cépages plus traditionnels dans trois villes de Suisse (Nyon (Vaud), Liebefeld (Berne) et Wädenswil (Zurich)). La moitié des participants ont été informés qu’ils dégustaient des vins issus de cépages FRG, tandis que l’autre moitié n’en a pas été informée.

    Conception expérimentale du test d’acceptation par les consommateurs.

    Conclusions et recommandations

    • Cette étude consommateurs réalisée en Suisse a montré que les vins issus de cépages résistants testés sont, en moyenne, autant appréciés que les cépages traditionnels.
    • Trois groupes de consommateurs ont été identifiés en fonction de leurs préférences, mettant en lumière trois facteurs clés de l’acceptation par les consommateurs des vins issus de cépages résistants: la qualité sensorielle, le niveau de connaissances en matière de vin et la familiarité avec les cépages résistants.
    • L’information sur les avantages environnementaux ne modifie pas l’appréciation globale, mais certains consommateurs y sont sensibles.
    • Les stratégies marketing devraient donc être adaptées à ces différents segments de consommateurs, en mettant l’accent sur les qualités sensorielles des vins tout en utilisant de manière stratégique la communication de leurs avantages écologiques.
  • Petit-lait pour des denrées alimentaires et des aliments pour animaux de qualité élevée – également pour les produits casher et halal

    Petit-lait pour des denrées alimentaires et des aliments pour animaux de qualité élevée – également pour les produits casher et halal

    Agroscope s’est associé à l’industrie fromagère et de transformation du petit-lait ainsi qu’à foodward pour étudier comment le petit-lait peut être utilisé dans les denrées alimentaires et les aliments pour animaux de haute qualité. Le petit-lait végétarien, casher et halal élargit les possibilités d’utilisation dans le secteur alimentaire.

    Lors de la fabrication du fromage, environ 50 % des éléments nutritifs passent dans le petit-lait, dont la majeure partie du lactose et des protéines du petit-lait ainsi que de nombreux minéraux et vitamines (fig. 1). Une utilisation efficiente du petit-lait est donc importante pour une production fromagère durable. La Suisse produit 1 650 000 tonnes de petit-lait par an qui proviennent de la fabrication de fromage, de séré et de yogourts riches en protéines.

    Le petit-lait contient environ 50 % des éléments nutritifs du lait: une utilisation durable s’impose

    L’utilisation du petit-lait, généralement dilué dans de l’eau, pour la fabrication de produits secs tels que la poudre de petit-lait, la poudre de protéines de petit-lait ou le lactose cristallisé nécessite beaucoup d’énergie pour l’évaporation et le séchage. Les fromageries traitant le lait cru sont décentralisées. 620 fromageries de plaine produisent moins de deux millions de kg de petit-lait par an. La logistique nécessaire pour la transformation centralisée du petit-lait en produits secs est coûteuse. Des centres de concentration régionaux permettent d’optimiser la logistique, en particulier pour le secteur de l’alimentation animale.

    Peu de grandes fromageries produisent du petit-lait destiné au secteur alimentaire

    Le secteur alimentaire utilise de préférence le petit-lait provenant des 48 grandes fromageries, qui en produisent plus de cinq millions de kg par an, soit 58 % de la quantité totale (fig. 2). Actuellement, environ 21 % du petit-lait est utilisé dans l’industrie alimentaire et environ 32 % dans la production d’aliments pour animaux de haute qualité, tels que le lait de substitution pour veaux et les aliments pour porcelets.

    Devenir compétitif sur le marché international grâce à des produits halal et casher à base de petit-lait?

    Afin d’augmenter son utilisation dans l’alimentation, on a cherché à déterminer la quantité de petit-lait pouvant répondre aux exigences casher-halal: selon une estimation optimiste, ce chiffre s’élève à 61 %. Toutefois, sur le marché des aliments pour animaux protégé par des droits de douane, les produits à base de petit-lait se vendent généralement à des prix plus élevés que dans le secteur alimentaire, car les produits à base de petit-lait destinés à l’alimentation humaine, tels que les aliments pour nourrissons, peuvent être importés librement. Outre les préparations à base de fromage fondu, les aliments pour nourrissons sont les produits alimentaires les plus importants dans lesquels les produits à base de lactosérum sont utilisés en grandes quantités. Les dérivés du petit-lait issus de la production suisse ne sont compétitifs que s’ils peuvent être commercialisés avec une différence de prix assez élevé en raison de la Swissness. Un fabricant suisse d’aliments pour nourrissons utilise du lactosérum suisse issu de la fabrication de fromage à partir de lait pasteurisé, sans cuve en cuivre et sans utilisation de présure recombinante.

    Boissons innovantes à base de petit-lait cru et fermentation: une opportunité pour les petites fromageries et des grandes entreprises

    Les petites fromageries pourraient produire des boissons innovantes à base de petit-lait cru, bénéfiques pour la santé et susceptibles de protéger contre les allergies. Les résultats obtenus avec le yogourt au lait cru laissent supposer que le petit-lait cru peut également être transformé en une denrée alimentaire sûre grâce à une fermentation contrôlée. Le lactose, présent en grande quantité, peut être utilisé dans les petites et grandes fromageries pour la production par fermentation de protéines microbiennes destinées à l’alimentation humaine ou, éventuellement, animale. Les algues permettent également d’obtenir une biomasse protéinée à partir du lactose en combinaison avec la lumière.

    Objectif: utilisation accrue du petit-lait pour les denrées alimentaires et les aliments pour animaux de haute qualité

    Pour que la production suisse puisse rivaliser à grande échelle avec les importations de dérivés du petit-lait, il faudrait probablement adapter les conditions-cadre financières. La part du petit-lait transformé industriellement en denrées alimentaires et en aliments pour animaux de haute qualité est restée stable au cours des dix dernières années, (environ 53 %). En raison des règles de pureté, de la tradition, du caractère naturel, des questions de qualité et de la réduction du rendement, l’industrie fromagère suisse se montre réticente à se conformer aux normes casher et halal.

    Figure 1: Composants de la matière sèche du petit-lait doux
    Figure 2: Production de petit-lait en tonnes/an selon la taille de la fromagerie et nombre de fromageries par taille.
    Les fromageries produisant moins de 2 millions de kg de petit-lait par an englobent également 1365 fromageries d’alpage

    Conclusion

    • Les 48 plus grandes fromageries, qui génèrent 58 % du petit-lait, pourraient passer au petit-lait casher-halal-végétarien en utilisant des substituts de présure et, si nécessaire, de la présure recombinante. Ces produits à base de petit-lait pourraient être commercialisés à l’échelle internationale, à condition qu’une Swissness élevée puisse être obtenue.
    • Le petit-lait issu des 620 petites fromageries artisanales décentralisées peut être utilisé, après une concentration au niveau régional, pour la fabrication d’aliments pour animaux de haute qualité, tels que le lait de substitution pour veaux. Le perméat du petit-lait, un liquide riche en lactose issu de la production de concentrés de protéines de lactosérum, pourrait à l’avenir être fermenté en priorité pour produire des protéines microbiennes plutôt que du biogaz.
    • Les fromageries artisanales ont la possibilité de produire des boissons innovantes à base de petit-lait fermenté qui, selon des études sur le yogourt au lait cru, sont des denrées alimentaires sûres et protègent apparemment contre les allergies.
    • Les conditions financières actuelles favorisent l’utilisation du petit-lait comme aliment pour animaux et rendent difficile son utilisation dans l’alimentation humaine.
  • Les substituts du lait sont-ils bons pour la santé? Analyse et pistes d’amélioration

    Les substituts du lait sont-ils bons pour la santé? Analyse et pistes d’amélioration

    Une étude d’Agroscope a analysé la qualité nutritionnelle de 66 substituts du lait vendus dans les supermarchés suisses. Elle a également examiné comment améliorer le profil nutritionnel de ces produits.

    Les substituts du lait ont un impact environnemental moindre que les produits d’origine animale. Ils constituent donc une option intéressante pour améliorer la durabilité du système alimentaire.

    Analyse de marché en ligne sur 66 produits

    Des chercheuses d’Agroscope ont mené une vaste analyse de marché en ligne portant sur 66 substituts du lait vendus en Suisse. L’objectif consistait à évaluer la qualité nutritionnelle, la composition et le potentiel d’optimisation de ces produits en termes de santé. Les données ont été collectées sur les plateformes en ligne de trois enseignes de supermarchés suisses.

    Le Nutri-Score a été calculé sur la base du score de Rayner actualisé. Les additifs contenus dans les substituts du lait (nombre et type) et les proportions d’ingrédients transformés et non transformés ont également été analysés.

    Figure 1: Aperçu du Nutri-Score (B: en vert, C: en jaune, D: en orange, E: en rouge), calculé à l’aide de l’algorithme du score de Rayner sur l’ensemble des 66 produits vendus dans les supermarchés suisses. Aucun des produits n’a obtenu le Nutri-Score A. Les produits de substitution sous forme de mélanges contiennent des sources végétales telles que riz, avoine, soja, quinoa et noisette.

    La plupart des substituts du lait ont une valeur nutritive moindre

    Une grande partie des produits affichaient un Nutri-Score D (44 %), ce qui indique une qualité nutritionnelle moindre (fig. 1). Les substituts du lait ayant obtenu un Nutri-Score B étaient principalement à base de pois (100 %), de soja (80 %), d’amandes (60 %) et de noix de coco (50 %). À l’inverse, les produits à base de riz (83 %) et les mélanges de composés végétaux mixtes (70 %) présentaient un profil nutritionnel moins favorable (Nutri-Score D). Les produits à base d’avoine (12 %) affichaient la qualité nutritionnelle la plus faible avec un Nutri-Score E. Enfin, 21 % des 66 substituts du lait étudiés contenaient des sucres ajoutés, en particulier les produits à base de soja et d’avoine.

    Il a également été constaté qu’une teneur plus élevée en glucides, en sucres et en calories est associée à un profil nutritionnel moins avantageux. De même, les produits ayant un pourcentage plus élevé d’ingrédients transformés tels que la farine et les poudres végétales, ainsi qu’un nombre d’ingrédients généralement plus élevé, ont également tendance à afficher un profil nutritionnel moins favorable. En revanche, les produits plus riches en protéines présentent un profil nutritionnel plus favorable.

    Ingrédients transformés et additifs

    D’après la composition des produits, plus des deux tiers (67 %) des substituts du lait contenaient des ingrédients végétaux non transformés. Les produits à base d’avoine, de soja, d’amandes, de noisettes et de pommes de terre étaient ceux qui contenaient le moins d’ingrédients transformés. En outre, 30 % des substituts du lait contenaient des ingrédients végétaux transformés (farine, poudre, pâte, extraits, isolats de protéines), tandis que 3 % combinaient des ingrédients végétaux transformés et non transformés. Les substituts du lait à base de noix de coco, de noix de cajou et de pois étaient entièrement composés d’ingrédients végétaux transformés.

    Sur les 66 substituts du lait étudiés, 47 % contenaient des additifs (régulateurs d’acidité, stabilisateurs, émulsifiants, épaississants), tandis que 53 % n’en contenaient pas. En examinant l’utilisation des additifs en fonction de la source végétale, on constate que les substituts du lait à base de pommes de terre, de pois, de noix de cajou et de noix de coco en contenaient. Fait intéressant, aucun substitut du lait provenant de mélanges de sources végétales ne contenait d’additifs.

    Potentiel d’amélioration de la qualité nutritionnelle et de la composition des produits

    Les produits à base d’avoine se sont particulièrement distingués par leur potentiel de réduction du score de Rayner (-12 points), de la teneur en calories (-36 kcal/100 ml) et de la teneur totale en sucre (-8 g/100 ml). Ce sont les produits à base de soja avec sucre ajouté qui ont montré le plus grand potentiel de réduction du sucre, jusqu’à -4,9 g par 100 ml.

    Par ailleurs, des possibilités de réduction du nombre d’additifs – jusqu’à trois – ont également été identifiées pour les laits à base d’avoine, de riz, de soja, d’amandes et de noisettes. Un potentiel important de réduction des ingrédients transformés a également été déterminé, en particulier pour les produits à base de mélanges de sources végétales (-17 %) ainsi que ceux à base de riz (-14 %) et d’avoine (-14 %).

    Conclusions

    • L’étude souligne la nécessité d’améliorer le profil nutritionnel des substituts du lait.
    • Les produits à base d’avoine, en particulier, présentent un grand potentiel de profil nutritionnel plus sain. C’est un point important, car ces produits sont les plus appréciés par les consommatrices et consommateurs suisses.
    • Outre l’amélioration du profil nutritionnel (notamment la réduction du sucre total et l’augmentation des protéines), les résultats obtenus montrent qu’il serait opportun de réduire le nombre d’additifs.
    • Toutefois, la transformation peut également permettre d’offrir des avantages en termes de sécurité alimentaire, de qualité nutritionnelle, de saveur, de prix et de confort (par exemple avec les produits prêts à consommer). Il est donc important de réduire les ingrédients transformés qui n’apportent pas d’amélioration en termes de qualité du produit.
  • Sel de cuisine dans l’Emmentaler suisse: le dilemme

    Sel de cuisine dans l’Emmentaler suisse: le dilemme

    Comparé à d’autres fromages, l’Emmentaler AOP présente une teneur en sel faible à très faible. Les chercheuses et chercheurs d’Agroscope en expliquent les raisons, quelles en sont les conséquences sur la qualité sensorielle et ce qui pourrait être entrepris pour y remédier.

    La teneur en sel des fromages a une influence sur la qualité sensorielle, l’affinage et la sécurité alimentaire du produit final. Par rapport à d’autres fromages, l’Emmentaler AOP, comme d’autres fromages à pâte dure du type emmental, se distingue essentiellement sur un point: il est souvent affiné à sec et présente une teneur en sel faible à très faible. Or, aujourd’hui, cette faible teneur en sel est de plus en plus remise en question, car il est prouvé qu’elle a un impact sur le goût et l’arôme et donc aussi sur la popularité de l’Emmentaler AOP.

    Il n’en a pas toujours été ainsi. Au cours des dernières décennies, la teneur en NaCl de l’Emmentaler AOP suisse n’a cessé de diminuer, ce qui s’explique par deux grands changements:

    1. À partir des années 1970, on a renoncé au salage à sec, qui demandait beaucoup de travail.
    2. À partir des années 1990, on a commencé à prendre conscience de la nécessité de consommer des aliments pauvres en NaCl. La teneur plus faible en NaCl de l’emmental a eu pour effet secondaire une pâte plus souple. De plus, l’introduction d’une culture de lactobacilles hétérofermentaires facultatifs a rendu le NaCl superflu pour lutter contre les fermentations secondaires.

    Dans le cadre d’un essai pilote à la fromagerie expérimentale d’Agroscope (Liebefeld), différents traitements en saumure ont été étudiés dans le but de décrire leur influence sur l’absorption de sel: concentration en NaCl (15 et 21 °Bé), température (11 et 16 °C) et durée d’immersion (24 et 72 h). Ces facteurs et leurs combinaisons ont été testés avec des emmentals et des fromages modèles de type Dolce (température de chauffage: 52 °C; température de brassage et de sortie: 49 °C, Agroscope Transfer | N° 551 / 2024). Les chercheuses et chercheurs ont utilisé la culture d’essai composée de bactéries propioniques Prop 23. Une variante avec un salage à sec de la surface du fromage a également été étudié.

    Différents traitements en saumure permettent de contrôler la teneur en sel

    Une concentration plus basse du bain de sel de 15 °Bé offre plusieurs avantages, sans pour autant modifier la teneur en NaCl. Un passage en saumure prolongé (72 h au lieu de 24 h) et le salage à sec ont permis d’augmenter sensiblement la teneur en NaCl des fromages. Une teneur en sel plus élevée dans le fromage va de pair avec des teneurs en eau plus basses ainsi que la modification des processus de maturation et de la fermentation propionique. En outre, il a été démontré que la fermentation propionique nécessite une teneur minimale en NaCl pour maintenir un rapport optimal entre l’acide propionique et l’acide acétique en faveur de l’acide propionique. Cette teneur optimale en NaCl d’environ 9-11 g/kg (0,9-1,1 %) est bien supérieure à la teneur actuelle de l’Emmentaler AOP, qui est en moyenne de 3,5 g/kg (0,35 %), de même qu’à la teneur en sel requise de > 8 g/kg nécessaire pour qu’un fromage ne soit pas jugé fade. Même en augmentant la teneur en NaCl de l’Emmentaler AOP jusqu’à cette concentration optimale, il continuerait à faire partie des aliments pauvres en sel et n’irait pas à l’encontre des objectifs en matière de réduction du sel de la stratégie suisse de nutrition.

    Une teneur en sel plus élevée modifiera les propriétés du produit

    Mais une teneur en sel plus élevée a également des conséquences sur la formation des trous et sur la qualité sensorielle. Davantage de sel signifie moins de défauts de goût, comme l’amertume, et un arôme nettement plus intense. Quant aux propriétés de la pâte, elles sont modifiées dans le sens d’une plus grande fermeté, ce qui a, en cas de fermeté trop élevée – comme c’est le cas avec le salage à sec – des répercussions négatives sur la formation des trous et l’épaisseur de la croûte. Toutefois les avantages l’emportent sur les inconvénients: un goût plus prononcé et plus pur, un arôme plus intense et moins d’acide acétique, avec pour corollaire une plus grande popularité. Il sera important à l’avenir que la pratique accepte les modifications de la consistance de la pâte au profit de la saveur.

    Figure: Facteurs influençant l’absorption de sel par le fromage, corrigés sur la base des résultats de la présente étude (auteurs de la photo: Walter Bisig & Marie-Therese Fröhlich-Wyder)

    Conclusion

    • Pertinence pour la pratique: pour augmenter la teneur en sel, il faudrait tenir compte des recommandations suivantes.
    • Bain de sel: laisser la température à 11 °C, prolonger la durée d’immersion, réduire la concentration à 15 °Bé.
    • Salage à sec: recommandé uniquement en cas d’affinage en cave humide.
    • Processus de fabrication: abaisser éventuellement les températures de chauffage et de sortie, intensifier l’acidification.
    • Attention lors des essais avec des fromages modèles: tenir compte des différences de dimensions des fromages.
    • Consistance de la pâte: sans adaptation du processus, le fromage devient plus ferme. Il s’agit d’évaluer les inconvénients de cette modification de la consistance par rapport aux avantages résultant d’une teneur plus élevée en NaCl.
    • Alimentation: même si l’on doublait la teneur actuelle en NaCl de l’Emmentaler AOP, il continuerait à faire partie des aliments à faible teneur en sel.
  • Prédire la part d’herbe dans les rations bovines par spectres MIR et machine learning

    Prédire la part d’herbe dans les rations bovines par spectres MIR et machine learning

    Comment prouver une alimentation basée sur les herbages ? Une approche fondée sur l’apprentissage automatique et l’analyse routinière par spectrométrie moyen infrarouge (MIR) du contrôle du lait semble prometteuse.

    Contexte

    Dans les pays comme la Suisse, présentant une part élevée d’herbages, le lait issu de systèmes de production basés sur les herbages est considéré comme durable. Les consommateurs et consommatrices sont prêts à payer une prime pour les produits de ce type, souvent associés à une détention respectueuse des animaux et à des bienfaits pour la santé. Or, il n’existe pas encore de définition uniforme d’une production « basée sur des herbages », et ce paramètre ne peut être démontré qu’indirectement : les programmes utilisent la part d’herbe dans la ration, les jours de pâture ou la surface de pâturage disponible. Autant de méthodes chronophages, difficiles à contrôler et sujettes aux erreurs, qui plaident pour des moyens de preuve directe. Les données issues de la spectrométrie moyen infrarouge (MIR), déjà utilisées dans le contrôle du lait pour déterminer les teneurs en matières grasses, en protéines, en lactose et en urée, combinée à l’apprentissage automatique, semblent prometteuses.

    De nouvelles méthodes basées sur l’apprentissage automatique

    Jusqu’à présent, l’analyse discriminante des moindres carrés partiels (PLS-DA) était le seul algorithme d’apprentissage automatique avec lequel on déterminait, avec les spectres MIR et un succès mitigé, la proportion d’aliments à base d’herbages dans la ration. Dans l’étude récemment publiée, trois nouveaux algorithmes (Least absolute Shrinkage and Selection Operator [LASSO], Random Forest [RF], Support Vector Machines [SVM]) basés sur l’apprentissage automatique ont été utilisés pour prédire l’alimentation à base d’herbages, à l’aide de trois sources de données: le nombre d’ondes du spectre MIR, les caractéristiques qualitatives du lait (matières grasses et protéines) et un nouvel indicateur tenant compte de la «saisonnalité» des échantillons de lait.

    Perspectives

    Sur les 1132 échantillons analysés, le modèle le plus performant (LASSO) a permis de classer ≥ 50 % de l’ensemble des fourrages herbagers avec une exactitude de 79 %, une précision de 85 %, une sensibilité de 91 %, une spécificité de 14 % et un score F1 de 88 %. La part d’herbe fraiche ≥ 70 % a été classée avec une exactitude de 86 %, une précision de 62 %, une sensibilité de 39 %, une spécificité de 95 % et un score F1 de 48 %. Sur la base des résultats présentés dans la publication, une méthodologie pourrait être développée pour automatiser et simplifier la preuve d’une alimentation basée sur des herbages, comme souhaité par des organisations privées et publiques.

    Conclusions

    • L’approche consistant à alimenter les modèles d’apprentissage automatique avec une combinaison de données sur l’alimentation, les spectres MIR, les caractéristiques de qualité du lait et la saisonnalité semble prometteuse.
    • Les approches LASSO et PLS-DA semblent supérieures aux approches RF et SVM pour la classification des fourrages herbagers.
    • Les modèles testés ont fait leurs preuves dans le contrôle du lait issu de systèmes de production basés sur les herbages dans un nombre limité d’exploitations agricoles: les modèles développés doivent à présent être validés à l’aide de jeux de données plus importants et, le cas échéant, complétés par d’autres caractéristiques.
  • Contrairement à la présence de cornes, le patrimoine génétique A1/A2 de la vache influence la digestion des protéines du lait

    Contrairement à la présence de cornes, le patrimoine génétique A1/A2 de la vache influence la digestion des protéines du lait

    La présence de cornes chez les vaches et les variantes génétiques de la beta-caséine, protéine du lait, influencent-elles la qualité du lait et la digestion? Cette question fait débat. Selon cette étude, le lait de vaches avec différentes variantes de la β-caséine est digéré légèrement différemment dans l’estomac humain, tandis que la présence de cornes n’a aucune influence.

    Les effets de la présence de cornes (corné vs. écorné) chez les vaches et du génotype de la β-caséine (voir encadré) sur la composition et la qualité du lait font l’objet de controverses. Par exemple, il est souvent avancé, en particulier dans les milieux adeptes de la biodynamie, que le lait des vaches à cornes est plus digeste et plus sain que celui des vaches sans cornes, bien que cette affirmation manque de fondement scientifique.

    Dans cette étude*, les scientifiques ont cherché à déterminer si la composition du lait de vaches avec ou sans cornes était différente et si la digestion du lait variait en fonction de cette caractéristique. Ils se sont appuyés sur des recherches antérieures, qui, bien que limitées sur le plan méthodologique, suggéraient que l’écornage avait une influence sur les composants du lait. L’un des facteurs les plus controversés susceptibles d’influencer la digestion du lait est la variante génétique de la protéine du lait β-caséine. Afin d’exclure ou d’étudier son influence, les variantes génétiques de la β-caséine ont également été prises en compte. L’analyse a porté sur 128 échantillons de lait provenant de 128 vaches Brown-Swiss et brune originale, dont 64 avec cornes et 64 sans cornes. Chaque vache était porteuse de l’une des trois variantes génétiques de la β-caséine (A1A1, A1A2 et A2A2). Les effets de la présence de cornes et de la variante génétique de la β-caséine sur la composition détaillée du lait ainsi que sur la digestion des protéines du lait ont été testées indépendamment l’une de l’autre dans des expériences in vitro simulant la digestion humaine.

    Laits A1 et A2: l’influence du génotype

    Les vaches possèdent dans leur patrimoine génétique différents gènes qui déterminent quelles protéines du lait sont produites par la vache. Parmi les variantes génétiques de la protéine du lait β-caséine, douze ont été identifiées à ce jour, les variantes A1 et A2 étant les plus fréquentes et les plus connues. Les deux variantes se distinguent par la position de l’acide aminé 67 de la protéine. Une vache peut être porteuse de l’une des trois variantes génétiques, ce qui lui attribue l’un des trois génotypes de la β-caséine: A1A1, A1A2 ou A2A2. Les scientifiques discutent actuellement des effets de la variante A1 sur la digestion humaine en conservant une approche critique.

    De la composition globale du lait à l’acide aminé

    Les composants principaux et secondaires du lait ont été quantifiés dans tous les échantillons de lait. Ces derniers ont ensuite été digérés in vitro et analysés à différents niveaux, des grosses protéines jusqu’à leurs éléments constitutifs, les plus petits peptides et acides aminés.

    Aucune différence n’a été constatée dans les principaux composants du lait, le profil des acides gras, les principales protéines du lait et les acides aminés libres, que ce soit entre les vaches avec ou sans cornes ou entre celles présentant différentes variantes de la β-caséine. La variante de la β-caséine a toutefois influencé le profil de digestion (profil peptidique) de cette substance dans l’estomac. Les différences se manifestaient exactement aux endroits de la chaîne d’acides aminés où les variantes A1 et A2 de la β-caséine se différencient (voir encadré). Elles s’équilibraient cependant après le passage dans l’intestin grêle. Des études complémentaires sont nécessaires pour déterminer si ces différences ont un impact sur la digestion humaine et le bien-être. Dans cette étude, la présence ou l’absence de cornes n’a pas eu d’influence sur la digestibilité du lait. Et ce, malgré l’utilisation de méthodes extrêmement sensibles qui ont permis de mettre clairement en évidence la différence entre le lait de vaches présentant une variante génétique dans la β-caséine, basée sur un seul acide aminé, un détail infime de la composition globale du lait.

    *L’étude a bénéficié du soutien financier de la fondation Sur-la-Croix.

    Conclusions

    • Dans la présente étude, aucune différence n’a été constatée dans la composition du lait ni dans la digestion du lait des vaches avec et sans cornes.
    • Le lait de vaches présentant une différence génétique dans la β-caséine est digéré légèrement différemment dans l’estomac, mais aucune différence n’a été détectée au niveau de la digestion dans l’intestin grêle. Il reste à déterminer si les résultats in vitro sont pertinents pour la digestion et le bien-être des consommateurs.
  • Viande bovine suisse: qualité confirmée par l’enquête 2023

    Viande bovine suisse: qualité confirmée par l’enquête 2023

    L’enquête 2023 sur la qualité de la viande bovine a livré ses résultats. Elle montre que la qualité de la viande suisse est globalement très satisfaisante, tant sur le plan nutritionnel que sur les aspects technologiques et sensoriels.

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    Afin de contribuer à la pérennité du secteur de la viande bovine et au maintien de la qualité de ses produits, Agroscope a mis en place en 2009 une enquête sur la qualité de la viande bovine sur le marché suisse, nommée Obstend pour «Observatoire de la tendreté». Le but principal de ce monitoring est de suivre l’évolution de la qualité de la viande d’origine suisse afin de prévenir ou de détecter promptement d’éventuels problèmes survenant suite à des changements dans la pratique.

    En 2023, Agroscope, en collaboration étroite avec Proviande, a procédé à la quatrième campagne d’analyses qui inclut également une analyse sensorielle. L’enquête s’est basée sur des échantillons de viande récoltés dans trois boucheries de treize villes suisses auxquelles il a été demandé de fournir de l’entrecôte, du filet, du rumsteck et de l’aiguillette.

    Résultats détaillés de l’enquête 2023

    Les analyses de l’origine par test ADN des échantillons ont relevé une correspondance avec la banque de données de référence pour 100 échantillons sur 116 (86 %). Ce résultat peut s’expliquer par le taux partiel de 87,7 % de couverture de l’ensemble des bovins abattus en 2023, comme indiqué sur le rapport annuel 2023 de Proviande. Par conséquent, une utilisation abusive de la marque «Viande Suisse» ne paraît pas être un problème majeur du marché de la viande bovine.

    La durée moyenne de maturation de l’ensemble des échantillons a été de 37 ± 21 jours, avec 14 % des échantillons dépassant le seuil de 56 jours de maturation. Sur la base de l’expérience de Proviande, ce seuil est considéré comme une limite au-delà de laquelle la probabilité que la viande ait été congelée avant la vente est très haute.

    Les données concernant la composition chimique de la viande indiquent que l’entrecôte et le rumsteck partagent les concentrations en protéines les plus élevées, devant le filet et l’aiguillette. L’analyse de la composition en acides gras indique que filet et aiguillette sont les plus riches en acides gras polyinsaturés (AGPI), suivis par le rumsteck et ensuite l’entrecôte. Le filet est plus riche en acides gras saturés que le rumsteck, les valeurs de l’entrecôte et de l’aiguillette se situant entre deux.

    Presque tous les échantillons analysés présentaient une valeur moyenne de tendreté instrumentale au-dessous de la limite qui définit une viande comme très tendre et assure plus de 90 % de satisfaction des consommateurs suisses.

    Pour la première fois, une analyse sensorielle portant sur les trois paramètres «tendreté», «jutosité» et «flaveur globale» a été effectuée sur l’ensemble des échantillons de l’enquête. Cette analyse déclare la supériorité du filet par sa meilleure évaluation de tendreté. L’aiguillette montre un avantage au niveau de la jutosité, mais sa teneur plus élevée en graisse intramusculaire et en AGPI, tout comme le filet, l’expose plus ouvertement à des phénomènes d’oxydation pouvant en affecter la flaveur.

    Conclusions

    • La viande bovine vendue sur le marché suisse est de très haute qualité.
    • La transparence sur son origine suisse, garantie par le programme de contrôle par test ADN mis en place par Proviande, est une vraie valeur ajoutée.
    • Une tendance accrue à la vente de morceaux fort probablement préalablement congelés et ensuite décongelés a été mise en évidence. Une action de sensibilisation auprès des bouchers et des détaillants serait souhaitable.
    • Le filet s’est distingué par sa tendreté sensorielle, l’aiguillette par sa teneur en graisse intramusculaire, sa jutosité et son profil en acides gras légèrement supérieur sur le plan nutritionnel.
  • Les pains au levain: diversifiés et riches en nutriments

    Les pains au levain: diversifiés et riches en nutriments

    La composition microbiologique du levain caractérise le pain qui en est issu. Combiné avec différents types de farine et suivant des processus appropriés, un levain peut renforcer les propriétés du pain bénéfiques à notre santé.

    L’art ancestral de la fabrication du pain a beaucoup évolué aux cours des dix millénaires de son histoire. On est ainsi passé de la fabrication de pains naturellement fermentés à une fermentation des pâtes le plus souvent très contrôlée. Ces dernières années, la popularité des pains au levain est toutefois repartie à la hausse. Par rapport aux pains traditionnels à base de pâte levée, les pains au levain sont plus savoureux, présentent une meilleure structure, se conservent plus longtemps et ont une valeur nutritionnelle plus élevée.

    À chaque levain sa communauté microbienne

    Les communautés microbiennes présentes dans un levain se composent de bactéries et de levures et leur complexité est extrêmement variable selon les matières premières utilisées et le déroulement des processus. Néanmoins, les caractéristiques physico-chimiques générales des levains permettent aux bactéries lactiques et aux levures de finalement dominer (figure 1). Des levains de démarrage matures permettent de fabriquer des produits au levain très sûrs.

    Figure 1: Fabrication de levain mature «à la française» (à gauche) et représentation graphique de la dynamique typique des différents groupes d’organismes qui s’y trouvent (à droite). Pour chaque groupe microbien, le nombre de points dans les barres est directement proportionnel à la densité cellulaire à une étape donnée de la fabrication (d’après Minervini et al. 2014).

    Levain spontané et levain dirigé

    De manière générale, on distingue deux principaux types de levains. Les pâtes de type I se forment par colonisation spontanée de bactéries et de levures provenant de la farine et de l’environnement. Elles sont constamment alimentées en eau et en farine durant une période allant jusqu’à 15 jours et sont généralement maintenues à température ambiante. Les pâtes de type II sont au contraire obtenues par inoculation d’un mélange de farine et d’eau avec des bactéries et/ou des levures sélectionnées et sont généralement fermentées à des températures plus élevées. Quel que soit le procédé de fabrication, les levains peuvent présenter une grande diversité au fil du temps. Leur composition dépend principalement du type de farine utilisé, de l’hydratation, de la température, de la durée et de la fréquence de l’approvisionnement en farine fraîche et en eau.

    Le secret réside dans la diversité des communautés microbiennes des levains

    Aliments de base, les produits céréaliers jouent un rôle central dans l’alimentation humaine. Leur popularité est pourtant en baisse, notamment dans les pays industrialisés, car les protéines de gluten et d’autres de leurs composants (comme les inhibiteurs de l’amylase et de la trypsine) peuvent provoquer des inflammations intestinales et d’autres symptômes gastro-intestinaux chez certains consommateurs. L’utilisation de levain dans la fabrication du pain permet de dégrader plus largement le gluten et de réduire d’autres composants indésirables. L’acidification par les bactéries lactiques et les levures est à cet égard un élément clé. Cependant, on ne sait encore que très peu de choses sur le rôle exact des micro-organismes. Certaines études ont mis en évidence la fonction de souches spécifiques. Mais d’autres recherches sont encore nécessaires pour mieux comprendre le rôle des multiples communautés microbiennes des levains.

    Conclusion

    • La composition des communautés microbiennes des levains peut être aussi bien simple que complexe.
    • Les fermentations spontanées induisent des systèmes plutôt complexes, alors que l’inoculation de micro-organismes de démarrage sélectionnés génère des systèmes microbiens plutôt simples.
    • La composition microbienne d’un levain dépend notamment du type de farine, de l’hydratation, de la température, de la durée et de la fréquence de l’approvisionnement en farine fraîche et en eau.
    • L’utilisation de levain peut améliorer la digestibilité des produits céréaliers. Une meilleure connaissance du rôle des micro-organismes spécifiques permettrait de cibler leur utilisation et d’obtenir ainsi des résultats optimaux.
  • Augmenter l’attractivité des pommes de terre à l’aspect visuel imparfait grâce à l’information

    Augmenter l’attractivité des pommes de terre à l’aspect visuel imparfait grâce à l’information

    Des quantités considérables de pommes de terre sont gaspillées en raison de leur apparence imparfaite. Des chercheuses et chercheurs d’Agroscope ont donc réfléchi à une façon de motiver les consommatrices et consommateurs à acheter des pommes de terre dont l’aspect visuel n’est pas optimal.

    Tout au long de la chaîne de valeur ajoutée des pommes de terre, il y a des pertes importantes dues au gaspillage alimentaire. Une source très spécifique de gaspillage est constituée par les produits dits sous-optimaux, c’est-à-dire qui sont soit proches de la date de péremption ou dépassent celle-ci, soit présentent des écarts visuels ou sensoriels par rapport à l’optimum défini. En Suisse, on estime que seulement 60 % des pommes de terre récoltées finissent dans l’assiette des consommatrices et consommateurs ou sur les tables des restaurants. Afin d’examiner si des produits sous-optimaux pourraient tout de même être écoulés, Agroscope a mené une enquête en ligne au printemps 2024.

    L’expérience de la pomme de terre

    Dans le cadre de l’enquête en ligne réalisée en Suisse alémanique, 481 personnes au total ont été interrogées (dont 51,1 % de femmes). Il convient de mentionner ici un aspect de l’enquête en particulier: l’expérience de la pomme de terre. Les personnes qui ont participé en ligne devaient choisir entre deux types de pommes de terre. Elles avaient en outre la possibilité d’indiquer qu’elles ne choisissaient aucun des deux. Les participantes et participants avaient pour consigne de s’imaginer en train d’acheter des pommes de terre dans un point de vente (magasin à la ferme vs supermarché). Ils devaient choisir entre deux produits: une pomme de terre A optimale et une pomme de terre B à l’apparence imparfaite. Ces deux pommes de terre ne se différenciaient que par la taille et l’aspect visuel. Dans l’information sur le gaspillage alimentaire, il était indiqué pour la pomme de terre A qu’il s’agissait d’une pomme de terre courante dans le commerce et, pour la pomme de terre B, qu’elles étaient habituellement éliminées, bien qu’elles se prêtent parfaitement à la cuisson et que leur utilisation permette d’éviter le gaspillage alimentaire.

    Le choix de la pomme de terre à l’apparence imparfaite

    Le test du Chi-carré a permis de constater que le lieu de vente et l’information sur le gaspillage alimentaire avaient un effet sur le choix des pommes de terre. Les participantes et participants avaient une petite tendance à choisir plus souvent la pomme de terre optimale A dans le magasin à la ferme que dans le supermarché (respectivement 75 % vs 71 % dans le groupe de contrôle et 59 % vs 54 % avec l’information sur le gaspillage alimentaire). Comme cette différence est très faible, il faudrait examiner cela de plus près dans de futures études. En outre, il convient de noter qu’il peut y avoir une différence entre les préférences déclarées et le comportement réel.

    L’information sur le gaspillage alimentaire a incité certaines personnes à choisir la pomme de terre B, visuellement moins optimale que la pomme de terre A (respectivement 25 % vs 41 % dans les magasins à la ferme et 29 % vs 46 % dans les supermarchés). Elles devaient justifier leur choix par un commentaire libre. Le choix de la pomme de terre optimale A a été justifié en particulier par l’aspect et le prix. Quant au choix de la pomme de terre B, il a été motivé principalement en raison du gaspillage alimentaire ou du fait que cette pomme de terre est encore comestible.

    Conclusion

    • Une information ciblée sur le gaspillage alimentaire a contribué à ce que les pommes de terre sous-optimales soient choisies dans une plus large mesure.
    • Les participantes et participants ont indiqué qu’ils avaient choisi les pommes à l’apparence imparfaite pour réduire le gaspillage alimentaire.
    • Le prix (pas de différence de prix entre les pommes de terre A et B) et l’aspect visuel ont été cités pour justifier le choix des pommes de terre optimales. 
  • La paratuberculose chez les bovins: évolution internationale et situation en Suisse

    La paratuberculose chez les bovins: évolution internationale et situation en Suisse

    Une synthèse actuelle sur la paratuberculose décrit cette maladie chronique des bovins, montre quelles sont les mesures de lutte prises au niveau international et national et explique pourquoi c’est important.

    La paratuberculose (paraTB) est une maladie qui évolue pendant plusieurs années chez les bovins et d’autres ruminants. Elle est d’abord asymptomatique, puis une inflammation chronique de l’intestin accompagnée de diarrhée entraîne la mort de l’animal. La bactérie Mycobacterium avium spp. paratuberculosis (MAP) est à l’origine de la paraTB.

    Vache suisse atteinte de paraTB. (Photo: Université de Berne, clinique des ruminants)

    État de la recherche sur la paraTB

    Cet article fait le point sur l’état actuel de la recherche sur la paraTB et la MAP et sur la manière dont différents pays luttent contre cette maladie.

    Les premiers programmes de lutte contre la paraTB ont été lancés il y a plus de 30 ans, lorsqu’il est apparu que la MAP était soupçonnée de provoquer la maladie de Crohn chez l’humain et de survivre, dans certaines conditions, à la pasteurisation du lait commercialisé.

    Malgré des recherches intensives au cours des dernières décennies, l’éventuel lien de cause à effet entre la MAP et la maladie de Crohn n’a pas pu être ni entièrement prouvé ni réfuté. Il manque toujours plusieurs études cliniques avec des méthodes validées pour la détection de la MAP dans des échantillons cliniques. Néanmoins, la lutte contre la paraTB se développe, notamment dans les pays où les troupeaux sont importants et où l’agriculture est intensive.

    Actuellement, la lutte contre la paraTB est appliquée dans de nombreux pays par le biais d’une gestion intégrée des troupeaux afin de promouvoir la santé et le bien-être des animaux tout en tenant compte des questions économiques.

    Situation en Suisse

    La paraTB est présente à l’état endémique en Suisse. Fin 2015, des mesures de lutte obligatoires contre cette épizootie ont été définies au niveau national, principalement pour garantir l’accès au marché international (exportation de lait et de produits laitiers). L’objectif est d’identifier et d’éliminer les animaux qui excrètent pas leurs excréments de grandes quantités de l’agent pathogène et de réduire ainsi la pression infectieuse dans le troupeau et le risque potentiel d’introduction de la MAP dans la chaîne alimentaire.

    Les données récentes du professeur M. Meylan de l’Université de Berne montrent qu’il existe en Suisse une faible prévalence de la maladie dans les élevages bovins par rapport aux autres pays européens: dans les exploitations infectées, la véritable séroprévalence était de 3,6 % au niveau du troupeau ainsi que de 3,6 % au niveau des animaux. La taille du troupeau était le seul facteur de risque pour un statut positif dans le troupeau. En outre, l’étude révèle des connaissances plutôt modestes sur la paraTB chez les éleveurs de bovins.

    Conclusion

    • Malgré des recherches intensives au cours des trois dernières décennies, un éventuel lien de cause à effet entre la MAP et la maladie de Crohn chez l’humain n’a pu être ni entièrement prouvé ni réfuté.
    • Au niveau international, la lutte contre la paraTB est effectuée par le biais d’une gestion intégrative du troupeau visant à promouvoir la santé et le bien-être des animaux tout en tenant compte des questions économiques. Cette approche aurait alors également un impact positif sur la sécurité sanitaire des aliments.
    • En Suisse, on a récemment mesuré une séroprévalence relativement faible de la MAP dans les troupeaux laitiers en comparaison internationale.
    • En Suisse, il n’existe pas de programme de surveillance et de lutte contre la paraTB coordonné au niveau national. Il est donc d’autant plus important de sensibiliser les éleveurs à cette maladie en renforçant l’information, afin que les infections soient reconnues et que des mesures soient prises pour améliorer la santé animale et la sécurité sanitaire des aliments.

  • Affourragement à base de sorgho: quelle influence sur la qualité du fromage?

    Affourragement à base de sorgho: quelle influence sur la qualité du fromage?

    Le changement climatique oblige les producteurs à trouver des alternatives aux fourrages habituels. Le sorgho en est une. Utilisé dans l’affouragement des vaches laitières, quelle est son influence sur la qualité du fromage à pâte dure?

    Ces dernières années, les régions productrices de lait pour le Gruyère AOP ont souffert d’un climat sec. Pour respecter l’exigence selon laquelle 70 % de la ration de fourrage doit provenir de l’exploitation, les producteurs doivent trouver des solutions. Ils se tournent donc vers des plantes peu gourmandes en eau comme le sorgho. Cette plante peut être pâturée par les vaches laitières et compenser le manque de fourrage durant les mois de juillet à septembre. Mais un affourragement des vaches avec du sorgho a-t-il un impact sur la qualité du Gruyère AOP?

    Pâturage d’herbe ou de sorgho

    Dans le cadre d’un projet commun d’Agroscope et de Grangeneuve, des spécialistes ont étudié la qualité des fromages à pâte dure fabriqués à partir de lait de vaches ayant consommé soit du sorgho, soit de l’herbe. Pendant les trois jours de l’essai, Les vaches pâturant du «sorgho» et de l’«herbe» ont été traites séparément et leurs laits ont servi à la fabrication de fromages. Celle-ci s’est déroulée selon la recette habituelle des fromages à pâte dure dans la fromagerie de recherche d’Agroscope à Liebefeld. Arrivés à maturité les six fromages produits ont fait l’objet d’une dégustation.

    Analyses

    Plusieurs analyses ont été effectuées dans le cadre de l’essai. Une méthode a notamment été développée afin de pouvoir analyser la concentration de thiocyanate (composant de l’acide cyanhydrique, très toxique) dans le fourrage, le sang et le lait des vaches. Les résultats ont révélé que lorsque les vaches ont commencé à pâturer du sorgho, cela avait provoqué une légère augmentation du thiocyanate dans le sang, mais sans répercussion dans le lait.

    Les analyses de lait, quant à elles, ont indiqué que le sorgho n’avait pas d’impact négatif sur la teneur en protéines et qu’au contraire, il semblait être bénéfique.

    Enfin, d’autres analyses ont été effectuées sur les fromages à 24 heures et à neuf mois. Les analyses sur les fromages affinés ont révélé que le type de fourrage utilisé avait une influence sur le taux de certains acides aminés, mais ces différences sont sans impact sur la qualité du fromage.

    Évaluation sensorielle des fromages

    L’évaluation sensorielle des fromages a été effectuée d’une part par un panel composé de collaborateurs d’Agroscope Posieux et de Grangeneuve et d’autre part par un panel d’experts, composé de personnes formées de Liebefeld.

    Le panel de collaborateurs n’a pas perçu de différence significative dans les comparaisons. Le panel d’experts a montré la même tendance que le panel de collaborateurs.

    Pour les deux panels, il n’a pas été possible d’observer une tendance claire selon laquelle une caractéristique bien précise serait «responsable» de la différence perçue. Cela démontre que l’ajout de sorgho pour l’alimentation des vaches n’est pas perceptible d’un point de vue sensoriel dans les fromages à pâte dure.

    En termes d’apparence, les fromages ne présentaient pas non plus de défaut visuel majeur.

    Conclusions

    • Les analyses de sorgho présentent des valeurs nutritives plutôt médiocres, inférieures à celles d’une bonne herbe. Pourtant, il n’a pas été constaté de modifications des performances laitières des vaches ayant pâturé ce fourrage.
    • Aucun impact positif ou négatif du sorgho n’a été mesuré sur le poids des animaux, ni sur les teneurs habituelles du lait, ni même sur les teneurs particulières en acide cyanhydrique ou thiocyanate.
    • Le processus de fabrication du fromage n’a pas été affecté par le type de lait. Les analyses effectuées sur le lait, le fromage frais et le fromage affiné ont montré quelques différences significatives, mais aucune n’a affecté la qualité sensorielle et visuelle finale du fromage.
    • Le sorgho pourrait offrir une bonne alternative comme fourrage lors de saisons sèches, car il ne semble pas influencer la qualité du fromage à pâte dure au lait cru.
  • Les alternatives végétales – analyse des 10 dernières années

    Les alternatives végétales – analyse des 10 dernières années

    L’étude porte sur le discours dans les médias concernant les alternatives végétales en Suisse afin de mieux appréhender les développements actuels. Au lieu d’interroger directement les consommatrices et consommateurs, nous analysons le discours médiatique qui influence et reflète leur perception.

    La Suisse développe actuellement un grand nombre d’innovations à base de matières premières végétales. A noter que la Suisse abrite quelques-unes des plus grandes entreprises agro-alimentaires du monde, moteurs de l’innovation dans l’industrie alimentaire, et que par ailleurs elle est l’un des rares pays d’Europe où les alternatives végétales ont été introduites très tôt, sont écoulées par les grands distributeurs et où l’innovation est toujours florissante.

    L’étude du discours, complément des enquêtes habituelles auprès des consommatrices et consommateurs

    La demande en produits alternatifs à la viande a connu une forte augmentation ces dernières années en Suisse. Par cette étude, nous souhaitons éclairer plus précisément ces évolutions et avons donc réalisé une analyse longitudinale du discours sur les produits végétaux en utilisant des données suisses des dix dernières années. La recherche sur le discours constitue un complément important à la recherche habituelle sur les consommatrices et consommateurs, car ceux-ci ne sont pas directement interviewés, ce qui peut influencer leurs réponses.

    Les alternatives à la viande au cœur du débat médiatique

    L’analyse montre qu’en Suisse, le discours sur les alternatives végétales se focalise principalement sur la viande, tandis que les alternatives au lait sont moins thématisées. Le souhait d’une alimentation durable et saine est une motivation fréquente pour renoncer, au moins partiellement, aux produits à base de viande. Dans l’ensemble, le thème des alternatives végétales a gagné en importance, y compris au niveau politique. Compte tenu des objectifs climatiques, il est probable que le discours sur ce thème et la croissance du marché de ces produits continuent à se développer. Il est important d’observer ce changement, car les alternatives végétales pourraient représenter une opportunité de croissance intéressante pour l’agriculture suisse, il donc est essentiel de comprendre avec quels arguments les produits peuvent être commercialisés de manière ciblée.

    Conclusions

    • L’étude examine le discours sur les alternatives végétales en Suisse au cours des dix dernières années. L’accent est clairement mis sur les alternatives à la viande, tandis que les alternatives au lait reçoivent moins d’attention.
    • Le discours sur les alternatives végétales s’est fortement développé ces dix dernières années. Il y a eu beaucoup d’innovations et le sujet a également gagné la sphère politique.
    • A la suite de l’annonce de la stratégie climatique à long terme du Conseil fédéral, qui prévoit une réduction de la consommation de produits d’origine animale, on s’attend à ce que le discours sur les alternatives végétales et la croissance de ce marché s’intensifient.
    • Diverses innovations montrent en outre que les produits alternatifs à base de plantes pourraient constituer un marché de croissance intéressant pour l’agriculture suisse.
  • Comment les substituts végétaux au lait sont-ils perçus et qui les consomme?

    Comment les substituts végétaux au lait sont-ils perçus et qui les consomme?

    L’offre d’alternatives végétales au lait continue de croître. Agroscope et les PSL ont réalisé une enquête en ligne auprès de consommatrices et consommateurs afin de savoir quels produits elles et ils consomment et comment ceux-ci sont perçus.

    Une consommation élevée de produits d’origine animale contribue considérablement aux émissions de gaz à effet de serre néfastes pour le climat et, en fin de compte, au changement climatique. Une alimentation plus orientée vers les plantes pourrait contrecarrer ce phénomène. La grande diversité d’alternatives végétales au lait et aux produits laitiers promeut cette transition. La consommation de ces produits a augmenté ces dernières années.

    Enquête sur la consommation d’alternatives végétales au lait

    Une enquête en ligne menée en Suisse romande et en Suisse alémanique a permis d’analyser en détail quels produits sont consommés, par qui et pour quelles raisons. Pour ce faire, 1204 personnes ont été interrogées sur leur consommation ou leur non-consommation de produits de substitution d’origine végétale pour le lait, le yogourt et la crème.

    Les flexitariens consomment souvent des alternatives au lait

    Il s’est avéré que le groupe de consommateurs avait tendance à comprendre des flexitariens urbains, jeunes et bien formés, c’est-à-dire des personnes qui veillent à réduire leur consommation de viande. Les résultats indiquent également que les alternatives végétales aux produits laitiers sont souvent consommées en combinaison avec des produits animaux.

    Le goût, la santé, l’environnement et le bien-être animal comme principales raisons

    Les alternatives végétales au lait de vache les plus consommées étaient les boissons à base de soja, d’amande et d’avoine. Les principales raisons invoquées par les personnes interrogées pour justifier la consommation de ces produits étaient le goût (26 %), la santé (34 %, y compris les allergies et les intolérances), la variété de l’alimentation (12 %), ainsi que le respect des animaux et de l’environnement (16 %). Les personnes qui ne consomment pas de produits laitiers alternatifs végétaux ont indiqué comme raison qu’elles ne s’intéressaient pas à ces produits (38 %) ou qu’elles n’en aimaient pas le goût (25 %).

    Les résultats de cette enquête sont pertinents pour la recherche et la pratique et permettent de mieux comprendre le groupe croissant de personnes qui souhaitent contribuer à une alimentation plus durable en consommant des alternatives végétales.

    Conclusions

    • Les produits laitiers alternatifs d‘origine végétale sont plutôt consommés par des flexitariens jeunes, urbains et au bénéfice d’un bon niveau de formation.
    • Les boissons à base de soja, d’amande et d’avoine sont les plus souvent choisies comme alternative au lait de vache.
    • Les principales raisons de la consommation de produits laitiers végétaux alternatifs sont leur goût, leur contribution à la santé (y compris les allergies et les intolérances) et leur impact positif sur l’environnement.  
    • Les alternatives végétales aux produits laitiers sont souvent consommées en combinaison avec des produits d’origine animale.
  • Les coformulants dans les produits phytosanitaires et leurs résidus dans les denrées alimentaires

    Les coformulants dans les produits phytosanitaires et leurs résidus dans les denrées alimentaires

    Les produits phytosanitaires contiennent des substances actives et des coformulants. Agroscope a étudié pour la première fois les résidus de coformulants sur des plantes traitées et livre ainsi les bases en vue d’une évaluation des risques pour les consommateurs et consommatrices.

    Même s’ils sont appliqués conformément aux prescriptions, les produits phytosanitaires (PPh) peuvent former des résidus dans les aliments d’origine végétale. Les résidus de substances actives des PPh sont réglementés par la législation sur les denrées alimentaires. Une limite maximale de résidus de PPh est fixée pour chaque substance active et denrée alimentaire. Les cantons et la Confédération vérifient si cette limite est respectée.

    Un travail de recherche à mener

    Les PPh sont généralement composés d’une ou plusieurs substances actives mais également de divers coformulants qui confèrent au produit les propriétés nécessaires à son utilisation. Bien que les coformulants puissent constituer une part significative des PPh, leurs résidus n’ont guère été étudiés jusqu’à présent. Le «Plan d’action visant à la réduction des risques et à l’utilisation durable des produits phytosanitaires» préconise ainsi que soient améliorées les connaissances sur les risques potentiels des coformulants pour les consommatrices et consommateurs.

    Les solvants et les tensioactifs sont des coformulants fréquents dans les PPh

    Sur mandat de l’Office fédéral de la sécurité alimentaire et des affaires vétérinaires (OSAV), Agroscope a mené plusieurs études entre 2017 et 2020 et élaboré les premières bases concernant les résidus de coformulants: il a fallu pour cela établir quels sont les types de PPh (formulations) les plus vendus en Suisse et quels coformulants ils contiennent. Les études révèlent que ce sont les solvants et les agents tensioactifs qui composent, en termes de quantité, les catégories de coformulants les plus importantes.

    Les solvants s’évaporent, les tensioactifs sont lessivés

    Lors des essais en plein champ, Agroscope a pu mesurer des résidus de plusieurs milligrammes par kilogramme pour des représentants de ces deux catégories de coformulants en conditions pratiques. Ces résidus ont en règle générale rapidement diminué. Dans le cas des tensioactifs, c’est surtout le lessivage par les eaux de pluie ou l’arrosage qui entraîne une diminution, alors que dans le cas des solvants, la baisse s’explique par l’évaporation.

    Méthode d’évaluation des résidus de coformulants

    Sur la base des essais en plein champ, Agroscope a proposé une méthode simple pour évaluer le niveau des résidus de coformulants dans les aliments d’origine végétale. Celle-ci se base sur des données publiques concernant les concentrations de résidus de substances actives directement après l’application de PPh et leur diminution au cours du temps.

    Conclusion

    • Les PPh vendus en Suisse se composent en moyenne de 50 % de substance active, 30 % d’eau et 20 % de coformulants. Les catégories de coformulants les plus importantes, en termes de quantité, sont les solvants et les tensioactifs.
    • Les essais en plein champ menés par Agroscope montrent pour la première fois que les coformulants peuvent, comme on pouvait s’y attendre, entraîner la présence de résidus dans les aliments d’origine végétale.
    • Comme des données de mesure complètes sur les résidus de coformulants dans les denrées alimentaires ne seront pas disponibles dans un proche avenir, il est important de disposer de méthodes pour les estimer.
    • La méthode présentée ici permet d’estimer les résidus de coformulants avec une précision suffisante. Elle peut donc servir de base pour évaluer l’exposition à laquelle sont soumis les consommateurs et consommatrices.
  • Les multiples applications de Metschnikowia pulcherrima, la plus belle des levures

    Les multiples applications de Metschnikowia pulcherrima, la plus belle des levures

    Metschnikowia pulcherrima est une levure naturelle utilisée dans l’agriculture, l’industrie agroalimentaire et la biotechnologie. Agroscope étudie cette levure notamment dans l’optique du biocontrôle pour la protection des cultures.

    Les applications de produits phytosanitaires assurent la production de denrées alimentaires dans les champs, garantissent la durée de conservation des produits agricoles et sont indispensables pour répondre aux attentes des consommatrices et consommateurs qui recherchent des fruits et légumes parfaits.

    Les levures comme Metschnikowia pulcherrima constituent une alternative aux produits phytosanitaires.

    Les levures antagonistes telles que Metschnikowia pulcherrima sont une alternative intéressante aux produits phytosanitaires conventionnels, car elles sont généralement faciles à produire et considérées comme sûres. M. pulcherrima inhibe très fortement l’apparition d’autres champignons et de certaines bactéries et supprime les germes à l’origine d’importantes maladies des plantes. Les applications de biocontrôle sont donc une raison importante pour laquelle les chercheuses et chercheurs s’occupent de M. pulcherrima. Chez Agroscope, nous étudions M. pulcherrima afin d’établir les bases pour le développement d’un produit phytosanitaire efficace et stable.

    Efficacité prouvée de la levure pour le biocontrôle en champ et au laboratoire

    Nos essais en laboratoire et sur le terrain ont prouvé l’efficacité de cette levure, mais ont également révélé un vaste potentiel d’optimisation. Par exemple, il y a beaucoup d’options pour améliorer la production et la conservation des cellules les plus actives de Metschnikowia. Par ailleurs, la persistance de la levure sur les fruits ou les fleurs n’est pas encore satisfaisante. Le projet ProMet, qui est soutenu financièrement par Bridge Discovery, réunit des différents groupes de trois domaines de recherche d’Agroscope.

    Projet d’Agroscope pour l’amélioration des propriétés de M. pulcherrima

    Nous cherchons des moyens d’allonger la durée de vie de la levure afin de pouvoir développer un produit présentant de meilleures propriétés de conservation. Dans le groupe de biotechnologie, nous optimisons la production de M. pulcherrima dans des bioréacteurs et recherchons les méthodes de séchage les plus appropriées. Tous les produits sont testés en laboratoire et sur le terrain.

    Conclusions

    • M. pulcherrima est une levure que l’on trouve dans le monde entier et qui est particulièrement fréquente sur les échantillons de plantes.
    • L’espèce présente un gros potentiel pour l’œnologie, la production d’huiles alternatives ou comme produit phytosanitaire biologique.
    • La formulation et la persistance sur les plantes sont des facteurs qui limitent les applications de biocontrôle de M. pulcherrima. Un projet d’Agroscope vise à améliorer ces propriétés
  • Boissons à base de plantes: une alternative au lait?

    Boissons à base de plantes: une alternative au lait?

    Les boissons végétales à base de soja, de céréales, de graines ou de noix sont de plus en plus souvent consommées comme substitut du lait. Des chercheuses et chercheurs d’Agroscope ont étudié les macro- et micronutriments de ces boissons et ont constaté de grandes différences entre les boissons et par rapport au lait.

    La production de denrées alimentaires d’origine animale nécessite beaucoup de ressources et a un effet polluant en raison d’une émission considérable de gaz nocifs pour le climat. En particulier, la consommation de viande, trop élevée par rapport aux recommandations nutritionnelles, contribue largement à la pollution de l’environnement. Une alimentation principalement basée sur les plantes peut contribuer considérablement à la protection de la santé et de l’environnement. Le secteur alimentaire réagit à cette situation en mettant constamment sur le marché de nouveaux produits qui peuvent ou doivent remplacer la viande, le poisson, le lait et les œufs.

    En Suisse, pays traditionnellement herbager, la production laitière est l’un des secteurs les plus importants de l’agriculture. La consommation de lait et de produits laitiers a toujours été très élevée. Pendant longtemps, la substitution du lait (de vache) s’est surtout concentrée sur l’alimentation des nourrissons, afin d’offrir une alternative aux jeunes enfants souffrant d’allergie aux protéines de lait, d’intolérance au lactose ou de galactosémie. Ce n’est qu’au cours des dix dernières années que les boissons à base de plantes se sont répandues sur le marché pour les autres groupes d’âge.

    Analyse approfondie du profil nutritionnel des boissons végétales disponibles sur le marché

    Agroscope a analysé 27 boissons à base de plantes et deux échantillons de lait entier. Pour tous les échantillons, l’énergie totale ainsi que les principaux nutriments respectifs, à savoir les protéines, les lipides et les glucides, ont été déterminés. En outre, le spectre des acides aminés, les différents acides gras et les glucides (lactose, saccharose, fructose, glucose et amidon) ont été analysés de manière détaillée.

    Les micronutriments tels que les vitamines hydrosolubles (C, biotine, niacine, acide pantothénique, B1, B2, B6, B12 et acide folique) et les vitamines liposolubles (A, D2, E, K1, and K2) ont également été déterminés. En outre, les minéraux et les oligo-éléments (P, Na, Mn, Mg, K, Fe, Cu, Ca et Zn) ont été analysés dans les boissons végétales.

    Les boissons végétales fournissent moins d’énergie et de nutriments que le lait

    Dans l’ensemble, la plupart des boissons végétales présentaient une densité énergétique inférieure à celle du lait et contenaient généralement une teneur plus faible pour tous les macronutriments. Cela signifie que ces produits n’ont pas la même valeur nutritionnelle que le lait et ne peuvent donc pas le remplacer de manière équivalente. D’un autre côté, ces produits ont également le potentiel de réduire la consommation d’énergie. Toutefois, l’utilisation de boissons pour réduire l’apport énergétique n’a de sens que si les alternatives au lait contiennent des quantités de nutriments essentiels similaires à celles du lait.

    Teneur moyenne des échantillons en matière sèche (A) et en macronutriments (B). Les échantillons sont classés en fonction de leur teneur moyenne en matière sèche.

    Les boissons végétales sont souvent enrichies en vitamines et en minéraux

    Les profils vitaminiques des boissons végétales étaient très différents de ceux du lait. Pour garantir un apport suffisant en vitamines, qui sont abondantes dans le lait, il est nécessaire d’enrichir les boissons végétales.

    Tout comme pour les profils vitaminiques, les teneurs en minéraux et en oligo-éléments des boissons végétales présentaient des différences considérables entre les produits. Les boissons à base de riz, d’avoine, d’épeautre et de noix de coco étaient généralement pauvres en minéraux, à l’exception du sodium et du chlorure, dont les niveaux étaient similaires à ceux du lait en raison de l’ajout de sel de cuisine.

    En revanche, les boissons à base de soja, d’amande et de noix de cajou se sont révélées être de bonnes sources de certains minéraux et d’oligo-éléments. Les boissons à base de soja, en particulier, se sont révélées être des sources riches pour la plupart des minéraux et des oligo-éléments.

    Quel est l’impact de la consommation de boissons végétales sur le statut nutritionnel?

    Étant donné que la plupart des boissons végétales ont une densité énergétique inférieure à celle du lait et, en général, une teneur plus faible pour tous les micronutriments, elles ne peuvent pas remplacer le lait à part entière. Si elles sont utilisées comme substitut complet du lait dans l’alimentation, des mesures supplémentaires telles que la supplémentation en micronutriments sont nécessaires pour compenser les différences nutritionnelles.

    Les boissons végétales sont appréciées par beaucoup en tant que sources alternatives de protéines pour réduire la consommation de protéines animales. Cependant, la teneur relativement faible en protéines totales et la qualité inférieure des protéines de la plupart des boissons végétales étudiées montrent clairement que la réduction ou la suppression du lait de vache nécessite une adaptation de l’alimentation globale, en particulier chez les enfants ou les adultes plus âgés ayant des besoins en protéines plus élevés.

    Conclusions

    • La composition nutritionnelle générale des boissons végétales ne peut pas être considérée comme équivalente à celle du lait. 
    • Le spectre nutritionnel des boissons végétales est très différent de celui du lait. Cela vaut en particulier pour la teneur et la qualité des protéines. Seules les boissons végétales à base de soja présentaient une teneur en protéines comparable à celle du lait.
    • La teneur en vitamines et minéraux importants pour le lait de la plupart des boissons végétales n’a pu être obtenue que par enrichissement.
  • Sortes de fromages: les acides carboxyliques volatils contribuent à leur caractère unique

    Sortes de fromages: les acides carboxyliques volatils contribuent à leur caractère unique

    Les fromages suisses sont caractérisés par différents critères. Agroscope a analysé les acides carboxyliques volatils de dix fromages et a pu montrer qu’ils se prêtent à la caractérisation et à la différenciation.

    Au cours des dernières décennies, Agroscope a caractérisé diverses variétés de fromages suisses au moyen d’analyses chimiques, biochimiques, physiques et sensorielles, le plus souvent à la demande de leurs interprofessions. L’objectif premier était la caractérisation descriptive, mais l’idée d’une différenciation a toujours été le moteur de ces projets. Cette dernière n’est possible que si une comparaison a lieu. Ce qui a été réalisé dans le présent travail en utilisant des algorithmes de l‘apprentissage automatique1 supervisé. Les acides carboxyliques volatils de 241 échantillons de fromage de dix variétés différentes ont été inclus dans l’étude.

    90 % des échantillons de fromage sont classés correctement

    Plusieurs algorithmes ont pu être testés en parallèle à l’aide de la bibliothèque de programmes PyCaret. Les meilleurs résultats ont été obtenus avec des algorithmes basés sur des arbres de décision: Extra Trees et Random Forest. Après dix sessions d’entraînement avec 70 % des données, plus de 90 % des données de test (ce qui correspond aux 30 % restants des données d’échantillons de fromage) ont été correctement classifiées, un résultat prometteur.

    L’acide formique est le principal acide carboxylique

    Pour une classification correcte des échantillons de fromage, c’est l’acide formique qui s’est révélé le plus important. Cet acide est produit soit par une culture ajoutée de lactobacilles hétérofermentaires facultatifs, comme dans l’Appenzeller® ou l’Emmentaler AOP, soit par le même groupe de germes, mais issus du lait cru, comme par exemple dans le Raclette du Valais AOP. En revanche, l’acide formique est moins présent dans les fromages à pâte extra-dure, ce qui est à nouveau caractéristique de ces derniers. Les acides carboxyliques moins importants pour la classification sont l’acide acétique et l’acide butyrique.

    Valeurs moyennes des acides carboxyliques volatils (ACV) dans les dix fromages étudiés. La longueur de la barre indique les proportions d’ACV de chaque type de fromage. La hauteur de la barre représente la quantité totale d’ACV en mmol par kg de fromage. (figure: Marie-Therese Fröhlich-Wyder, Agroscope)

    Des acides carboxyliques clés pour chaque type de fromage

    Grâce aux valeurs SHAP (SHapley Additive exPlanations)2, les acides carboxyliques ont pu être pondérés pour chaque type de fromage en fonction de leur importance pour une classification correcte. Par exemple, le fromage à rebibes bernois se caractérise par une faible teneur en acide formique et une teneur relativement élevée en acide caproïque.

    Importance des acides carboxyliques pour chaque type de fromage (figure: Marie-Therese Fröhlich-Wyder, Agroscope)

    [1] Le Supervised Learning (en français: apprentissage supervisé) est une méthode d’apprentissage automatique dans laquelle un ensemble de données, dont la variable cible est déjà connue, est présenté à l’algorithme d’apprentissage automatique. L’algorithme apprend les relations et les dépendances dans les données qui expliquent ces variables cibles. Après l’apprentissage, la qualité de la prédiction est évaluée afin d’appliquer ensuite les modèles appris à des données inconnues et d’établir des prévisions et des prédictions.

    [2] SHAP est une approche utilisée dans la théorie des jeux. SHAP permet d’expliquer le résultat issu du modèle d’apprentissage automatique

    Conclusions

    • Les acides carboxyliques volatils sont des éléments utiles pour la caractérisation et la différenciation des fromages suisses.
    • Les algorithmes basés sur des arbres peuvent classer correctement au moins 90 % des échantillons de fromage en se basant uniquement sur les acides carboxyliques volatils.
    • L’interprétation des valeurs SHAP a permis de pondérer l’importance des différents acides carboxyliques pour la classification.
    • Pour une classification correcte des fromages, l’acide formique est l’acide carboxylique le plus important et l’acide butyrique le moins important.
    • L’utilisation de la bibliothèque de programmes PyCaret s’est avérée être un outil simple et prometteur pour une application pratique.
  • Variabilité et sélection clonale des Muscats en Valais

    Variabilité et sélection clonale des Muscats en Valais

    La sauvegarde de la diversité clonale des Muscats en Valais a permis de caractériser 42 Muscat à petits grains et 36 Moscato giallo. Leurs caractéristiques sont bien distinctes, notamment leur potentiel aromatique. Les meilleurs clones seront introduits dans la certification suisse.

    Pas un mais deux Muscats

    Les Muscats sont très anciennement cultivés en Valais. Une prospection effectuée en 2006 dans d’anciennes vignes a permis de mettre en évidence qu’en Valais le terme de Muscat regroupe deux cépages distincts: le Muscat à petits grains et le Moscato giallo. Cette opération de sauvegarde de la diversité génétique de ces deux cépages, conduite en collaboration entre Agroscope, l’Office de la vigne et du vin du Canton du Valais et la société des pépiniéristes viticulteurs valaisans, a permis d’introduire en conservatoire 42 clones de Muscat à petits grains et 36 clones de Moscato giallo.

    Muscat à petits grains versus Moscato giallo

    La caractérisation du potentiel agronomique et aromatique des clones de Muscats sélectionnés a été effectuée entre 2018 et 2021 sur le domaine expérimental Agroscope de Leytron (VS). Ces observations ont notamment permis de montrer que, par rapport au Muscat à petits grains, le Moscato giallo est plus tardif d’une dizaine de jours. Il est un peu plus productif et fournit des grappes moins compactes et beaucoup moins sensibles à la pourriture grise. Au niveau des moûts, il présente des taux inférieurs en acide tartrique et supérieures en acide malique. D’autre part, le Moscato giallo présente des teneurs supérieures en composés aromatiques terpéniques (à part le géraniol) par rapport au Muscat à petits grains.

    Sélection clonale

    Sur la base des observations agronomiques et analytiques conduites de 2018 à 2021, un choix de 14 clones de Muscat à petits grains ainsi que six clones de Moscato giallo a pu être établi. Ces candidats clones font l’objet de la mise en place d’essais sur le domaine expérimental Agroscope de Leytron afin de définir avec précision leur potentiel agronomique et œnologique en vue d’introduire les plus intéressants dans la filière de certification suisse.

    Conclusions

    • La sauvegarde de la diversité clonale des Muscats du Valais a permis d’introduire en conservatoire sur le domaine Agroscope de Leytron (VS) 42 clones de Muscat à petits grains et 36 clones de Moscato giallo.
    • Les observations agronomiques et analytiques effectuées de 2018 à 2021 ont montré que, par rapport au Muscat à petits grains, le cépage Moscato giallo est plus tardif d’une dizaine de jours. Il produit des moûts plus riches en acide malique et plus pauvres en acide tartrique et dotés d’une concentration nettement supérieure en composés aromatiques terpéniques (à l’exception du géraniol).
    • De manière générale, la variabilité phénotypique est beaucoup plus importante chez le Muscat à petits grains
    • Ces observations ont permis de présélectionner 14 clones de Muscat à petits grains et six clones qui seront testés notamment au niveau oenologique afin d’introduire les plus intéressants dans la filière de certification suisse.
  • Le potentiel des aliments fermentés pour une alimentation saine et durable

    Le potentiel des aliments fermentés pour une alimentation saine et durable

    Pain, choucroute, fromage, vin, bière, yogourt, chocolat, café, kimchi, tempeh, sauce soja, miso, etc. : autant d’aliments fermentés qui font partie de notre alimentation quotidienne. Comment les définir? Quel est leur rôle dans une alimentation saine et durable?

    La diversité des aliments fermentés et de leurs procédés de fabrication est immense, à l’image de leur importance culturelle dans certaines régions du monde. La popularité croissante de ces aliments suscite des discussions sur leur définition, leurs effets sur la santé humaine, mais aussi sur des aspects règlementaires. Certaines initiatives cherchent à en faire une catégorie à part entière dans les directives et recommandations nationales en matière de nutrition.

    Aliments fermentés: souvent consommés, peu étudiés

    En Suisse, de nombreux aliments fermentés font partie des aliments de base. En termes de nombre de portions consommées, le café, le pain, le beurre et les fromages à pâte dure et mi-dure sont les plus appréciés. Les aliments d’origine animale sont ceux qui permettent l’ingestion du plus grand nombre de microorganismes vivants. Les produits laitiers fermentés occupent ici une place de choix. Les plus appréciés sont les yogourts, les fromages à pâte dure et mi-dure et le quark (fromage blanc).

    L’ingestion régulière d’aliments fermentés, en particulier ceux qui contiennent une quantité suffisante de microorganismes vivants au moment de leur consommation (par exemple la choucroute crue, le yogourt), a une influence sur la santé humaine. Les résultats des recherches menées jusqu’à présent ne permettent toutefois pas de déterminer de manière catégorique si les effets obtenus sont neutres, bénéfiques ou nocifs. Bien que l’intérêt pour les aliments fermentés ait fortement augmenté ces dernières années, il n’existe pas de directives juridiquement contraignantes pour bon nombre de nouveaux aliments fermentés (« novel foods »). La fermentation est une technologie artisanale et peu couteuse, qui permet en outre de valoriser des flux secondaires de la transformation alimentaire tels que l’okara, les tourteaux, la mélasse, le lactosérum, etc. en les utilisant comme substrats.

    Conclusions

    • De plus amples recherches sont nécessaires pour mieux comprendre les effets des aliments fermentés sur la santé humaine. Obtenir des connaissances sans équivoque sur ces effets requiert notamment des études à long terme.
    • Des progrès réglementaires sont nécessaires pour établir des prescriptions juridiquement claires, cohérentes et harmonisées concernant les nouveaux aliments fermentés.
    • Il convient de promouvoir des approches innovantes et durables pour exploiter des flux secondaires de la transformation alimentaire en vue de leur fermentation.
    • Il est également important de développer des directives et des recommandations sur les aliments fermentés qui tiennent compte de leurs effets sur la santé, de leur durabilité, de la réduction des pertes alimentaires et de la diversité de l’offre alimentaire.
  • Comment la teneur en matière grasse influence-t-elle la formation des trous dans le fromage?

    Comment la teneur en matière grasse influence-t-elle la formation des trous dans le fromage?

    Un fromage de type Appenzeller quart-gras a généralement beaucoup plus de trous qu’un Appenzeller gras. Cette observation est-elle vraiment due à la teneur en matière grasse? Des chercheuses et chercheurs d’Agroscope se sont penchés sur cette question.

    Les trous sont un signe distinctif pour de nombreuses variétés de fromages suisses, comme l’Appenzeller®, le Tilsit ou l’Emmentaler AOP. La taille, le nombre et la nature des trous sont essentiels pour évaluer la qualité. La formation de trous est le résultat d’un processus complexe qui dépend des paramètres les plus divers, tels que le remplissage du caillé, le pressage, la cohésion des grains de caillé, la formation de CO2 par des cultures acidifiantes ou supplémentaires, la présence de germes de trous, la nature de la pâte et bien d’autres choses encore. L’importance de la composition du fromage a toutefois été encore peu étudiée; on sait que le CO2 se dissout bien dans l’eau et dans la matière grasse. Cette solubilité dépend de la température: lorsque la température augmente, le CO2 est moins soluble dans l’eau et plus soluble dans la matière grasse. La connaissance des facteurs d’influence permet aux fromageries d’influencer la formation des trous dans la direction souhaitée.

    La quantité et la solubilité du CO2 dans le fromage déterminent la formation des trous

    Pour la formation des trous, la question de la quantité de CO2 pouvant se dissoudre dans les composants principaux n’est pas la seule à être importante. La quantité de matière fermentescible qui est transformée en CO2 par la communauté bactérienne du fromage l’est également. Dans les études, il a été tenu compte du fait qu’une adaptation de la teneur en matière grasse a toujours des répercussions sur la composition et donc sur la disponibilité de la matière fermentescible.

    La matière grasse influence la formation des trous dans les fromages à pâte mi-dure…

    Des fromages à pâte mi-dure de type Appenzeller ont été fabriqués avec différentes teneurs en matière grasse. Une culture supplémentaire hétérofermentaire facultative avec Lacticaseibacillus paracasei a permis de transformer le citrate en CO2. Plus la teneur en matière grasse diminuait, plus la formation de CO2 était importante, en raison de la modification de la composition (plus de citrate fermentescible grâce à la phase aqueuse plus importante). Parallèlement, il a été démontré que dans les fromages à faible teneur en matière grasse, la quantité de CO2 dissoute dans le fromage était inférieure à celle qui avait été formée – ceci en raison de la solubilité plus faible du CO2 dans la phase aqueuse par rapport à la phase grasse. Il y avait donc davantage de CO2 non dissous dans le fromage et les deux effets se sont renforcés: le volume des trous a nettement augmenté avec la diminution de la teneur en matière grasse.

    Trous de fromages de type Emmentaler avec différentes teneurs en matière grasse, visualisés par tomographie assistée par ordinateur. (Photos: Dominik Guggisberg, Agroscope)

    … et dans le fromage de type Emmentaler

    Des fromages à pâte dure de type Emmentaler ont également été fabriqués avec différentes teneurs en matière grasse. Dans ce cas, des souches de Propionibacterium freudenreichii étaient à l’origine de la formation de CO2 à partir du lactate. En comparaison avec l’Appenzeller ou le Tilsit, l’Emmentaler produit nettement plus de CO2, ce qui explique les trous nettement plus grands. La modification de la composition du fromage à la suite de la réduction de la matière grasse a entraîné une forte augmentation de la formation de CO2 et donc de trous. Dans les fromages à la crème, la formation de CO2 et sa solubilité dans la matière grasse se sont équilibrées, de sorte qu’il n’y a pas eu beaucoup de trous.

    Trous de fromages de type Emmentaler avec différentes teneurs en matière grasse, visualisés par tomographie assistée par ordinateur. (Photos: Dominik Guggisberg, Agroscope)

    Conclusions

    • L’adaptation de la teneur en matière grasse du fromage influence toujours la formation de trous, en raison d’une modification de la composition.
    • Une réduction de la teneur en matière grasse entraîne une augmentation de la phase aqueuse et donc une augmentation de la matière fermentescible. Par conséquent, la formation de CO2 et de trous augmente.
    • Une augmentation de la teneur en matière grasse entraîne une solubilité croissante du CO2 et donc une réduction du volume des trous. Ces effets s’observent davantage à des températures plus élevées. C’est particulièrement évident lors de la maturation de l’Emmentaler.
    • La connaissance de ces interactions permet aux fromageries de contrôler la qualité de la formation des trous.
  • Sécurité microbiologique des yogourts au lait cru

    Sécurité microbiologique des yogourts au lait cru

    La consommation de produits au lait cru est considérée comme saine, mais elle n’est pas sans risque en raison de la présence éventuelle de germes pathogènes. Agroscope et la BFH-HAFL ont étudié la sécurité microbiologique des yogourts au lait cru et ont montré que la fermenta-tion les protège de plusieurs façons.

    Le lait cru est un lait qui n’a pas été chauffé à plus de 40 °C. Les vitamines sensibles à la chaleur et les protéines du petit-lait sont ainsi préservées de manière optimale. Sous leur forme native et originelle, elles contribuent à réduire l’apparition d’allergies, de rhume des foins ou d’asthme. En outre, le lait cru présente une grande diversité de micro-organismes par rapport au lait chauffé, ce qui peut avoir un effet positif sur la flore intestinale humaine. Pour toutes ces raisons, la consommation de lait cru est considérée comme saine.

    Risque lié à la présence de germes pathogènes dans le lait cru

    La consommation de produits au lait cru s’accompagne toutefois d’un certain risque, car le lait cru peut être contaminé par des germes pathogènes. Les staphylocoques, les Escherichia coli pathogènes, les salmonelles et les listérias peuvent potentiellement contaminer le lait cru.

    Effet protecteur contre les allergies et autres avantages du lait cru pour la santé

    La recherche examine des moyens dépourvus de risques pour rendre les avantages du lait cru accessibles à une large population. Une première approche consiste à produire du lait pasteurisé avec ménagement, une deuxième approche est la fermentation sans chauffage préalable. La fermentation, utilisée pour la fabrication de yogourts, est un procédé de conservation qui a fait ses preuves depuis des siècles. La fermentation produit entre autres de l’acide lactique, qui abaisse le pH. De plus, les bactéries lactiques agissent comme une flore concurrente contre les germes pathogènes, ce qui constitue une protection supplémentaire.

    Qualité du yogourt au lait cru analysée avec différentes cultures

    Deux cultures de yogourt différentes ont été utilisées pour produire cinq séries identiques de yogourts au lait cru à partir de deux laits crus différents dans chaque série. Une moitié des yogourts au lait cru a été fermentée avec une culture légèrement acidifiante jusqu’à un pH final de 4,4 – 4,5, l’autre moitié avec une culture plus acidifiante jusqu’à un pH final de 3,9 – 4,0.

    Les yogourts acides au lait cru sont sûrs

    Dans les yogourts frais doux, des germes d’E. coli et de S. aureus ont été détectés au cours des 14 premiers jours, mais plus après. Dans les yogourts acides, aucun des deux germes n’a été détecté, ni dans les échantillons frais ni dans les échantillons de 14 jours. Les yogourts dont le pH est compris entre 3,9 et 4,0 sont cependant perçus comme très acides.

    Les yogourts au lait cru nécessitent un lait cru de qualité élevée comme produit de base

    Un test réalisé avec des yogourts inoculés intentionnellement avec des germes pathogènes a montré que la fermentation lactique inhibe la survie des germes pathogènes tels qu’une souche modèle pour E. coli pathogène et L. innocua comme modèle pour L. monocytogenes. Pendant la fermentation et le stockage, le nombre de germes a diminué bien davantage dans le yogourt acide au lait cru que dans le yogourt doux. Une qualité élevée du lait cru est une condition de base pour obtenir des yogourts au lait cru microbiologiquement sûrs. Les résultats montrent qu’il est judicieux de surveiller périodiquement la présence de STEC (souches de Escherichia coli produisant des shiga-toxines) dans le lait cru, en plus des autres paramètres.

    Les bactéries lactiques offrent une protection multiple

    L’acide lactique et le pH ne sont pas les seuls à protéger le yogourt. Pendant la fermentation, des substances à effet antibactérien sont également produites. De plus, le nombre élevé de bactéries souhaitées dans le yogourt agit comme une flore concurrente contre les germes pathogènes, ce qui protège encore davantage le yogourt. L’acide lactique formé pendant la fermentation et l’abaissement du pH qui en résulte sont probablement la protection principale des yogourts au lait cru. La croissance des germes pathogènes dans le yogourt acide est ainsi inhibée et les germes détruits en grande partie.

    Conclusions

    • Les yogourts au lait cru pourraient être un moyen de rendre l’effet antiallergique et les autres avantages du lait cru accessibles à une large population. La recherche, par exemple au sein du Centre de compétences Produits à base de lait cru, se consacre à cet objectif.
    • Les yogourts acides au lait cru avec un pH ≤ 4,0 sont sûrs du point de vue microbiologique, car les germes pathogènes ne peuvent pas se multiplier des conditions aussi acides et sont détruits.
    • Une qualité élevée du lait cru est une condition essentielle pour obtenir des yogourts au lait cru microbiologiquement sûrs.
    • En plus de la formation d’acide pendant la fermentation avec des cultures de yogourt, des substances à effet antibactérien sont également produites. Le grand nombre de bactéries de yogourt souhaitées agit en outre comme une flore concurrente contre les germes pathogènes, ce qui protège encore davantage le yogourt.
  • Les différentes générations se nourrissent-elles différemment?

    Les différentes générations se nourrissent-elles différemment?

    Des chercheuses et des chercheurs d’Agroscope ont analysé les tendances alimentaires des différentes générations en Suisse. Les résultats permettent d’établir des prévisions en matière d’alimentation plus précises.

    Pour le secteur agroalimentaire, il est essentiel de connaître les tendances de consommation de la population suisse. Or, celles-ci ne sont pas les mêmes d’une génération à l’autre. C’est pourquoi des chercheuses et des chercheurs d’Agroscope ont examiné cet aspect de plus près et se sont basés sur les données de 60 groupes d’aliments. La période étudiée s’étend de 1990 à 2020. Six générations, nées entre 1930 et 1980 et espacées de dix ans, ont fait l’objet d’une attention particulière.

    Des différences existent pour la viande

    La demande d’agrumes a augmenté de manière significative chez les jeunes générations au cours de la période étudiée, alors que l’inverse s’est produit chez les personnes âgées, mais de manière moins marquée. Ce schéma intergénérationnel est important dans la mesure où il indique ce qui suit: la demande d’agrumes, qui a diminué jusqu’à présent, va se transformer en une demande croissante à l’avenir. La situation n’est pas uniforme en ce qui concerne la viande. Les personnes qui ont aujourd’hui entre 50 et 70 ans ont privilégié la viande de volaille pendant la période étudiée, avec une tendance à la hausse, tandis que les plus jeunes ont acheté de plus en plus de viande de chèvre ou de mouton au fil des ans. Autrement dit, l’offre peut être large pour couvrir tous les goûts

    Tout le monde aime manger des haricots et des pois et boit moins de lait

    Les données concernant précisément les générations qui se nourrissent de plus en plus de manière végane ou végétarienne, c’est-à-dire les personnes actuellement âgées de moins de 35 ans et nées après 1985, n’ont pas été évaluées. Malgré tout, on constate une tendance vers une augmentation de la consommation de haricots et de pois chez toutes les générations. En revanche, toutes les Suissesses et tous les Suisses consomment aujourd’hui nettement moins de lait que dans les années 1990.

    Il est important pour les décideurs du secteur alimentaire suisse de saisir de telles tendances. Elles montrent quels produits connaissent une demande croissante, car les consommatrices et les consommateurs tiennent à leurs habitudes. Par exemple, quiconque mise sur les agrumes lorsqu’il est jeune, continuera généralement à le faire jusqu’à un âge avancé. Et les produits qui sont appréciés par toutes les générations resteront très demandés à l’avenir. Mais les résultats ne sont pas seulement utiles pour optimiser l’offre, ils permettent également d’encourager de manière ciblée une certaine génération à adopter une alimentation plus saine, par exemple si celle-ci est trop basée sur la viande.

    Conclusions

    • La demande d’agrumes a augmenté de manière significative chez les jeunes générations au cours de la période étudiée, tandis que chez les personnes âgées, c’est l’inverse qui s’est produit, mais de manière moins significative.
    • En ce qui concerne la viande, la situation est contrastée: les personnes d’âge moyen préfèrent la volaille, tandis que les plus jeunes achètent de plus en plus de viande de chèvre ou de mouton – les deux tendances étant à la hausse.
    • Toutes les générations ont tendance à consommer davantage de haricots et de pois.
    • Les Suissesses et les Suisses consomment aujourd’hui nettement moins de lait qu’auparavant.
    • Les résultats contribuent à améliorer la qualité des prévisions en matière d’alimentation.
  • Boissons à base de plantes et de lait de vache: comparaison des propriétés physico-chimiques

    Boissons à base de plantes et de lait de vache: comparaison des propriétés physico-chimiques

    Le nombre de boissons à base de plantes ne cesse d’augmenter dans les rayons des supermarchés. Leurs propriétés physico-chimiques, telles que la couleur ou la moussabilité, varient selon le type de base végétale et déterminent leur utilisation comme alternative au lait.

    Ces dernières années, les boissons contenant de la mousse de lait sont devenues de plus en plus populaires, de sorte que les propriétés moussantes des boissons à base de plantes (PBB, Plant Based Beverage) sont d’un grand intérêt lorsqu’elles sont utilisées en remplacement du lait.

    La moussabilité est importante pour le cappuccino ou le latte macchiato

    Différentes conceptions de traitement et compositions influencent les fonctionnalités des produits PBB, telles que leurs propriétés moussantes. En général, il existe deux mécanismes principaux pour la production de mousse de lait: l’un via l’injection de gaz et l’autre via l’agitation. Le processus de moussage a un impact direct sur la répartition de la taille des bulles. Pour les spécialités de café comme le cappuccino ou le latte macchiato, on utilise l’injection d’air ou de vapeur à travers une buse. Dès que des bulles de gaz sont introduites dans le système, des molécules tensioactives commencent à coloniser l’interface air-liquide. Dans la mousse de lait, ce sont normalement les protéines du lait qui stabilisent l’interface.

    Comment les boissons à base plantes sont-elles fabriquées?

    La plupart du temps, le broyage de la matière première est la première grande étape de traitement dans la production de PBB, éventuellement après un prétraitement comme le trempage. Le broyage dans l’eau est une étape importante, car il détermine en grande partie la répartition de la taille des particules dans un PBB. La séparation des substances non dissoutes de la suspension aqueuse par différentes méthodes de séparation, avant ou après l’homogénéisation, fournit un extrait soluble. Une étape de chauffage ultérieure, généralement une forme de traitement UHT, permet d’obtenir un produit à longue durée de conservation, jusqu’à six mois à température ambiante. L’homogénéisation du PBB permet d’éviter le crémage et/ou la sédimentation pendant le stockage.

    Quels sont les facteurs qui influencent le comportement de moussage du lait et des PBB?

    L’objectif principal de cette étude était d’analyser les propriétés physico-chimiques sélectionnées des PBB et du lait dans le cadre d’une étude comparative, en se concentrant sur les propriétés moussantes. Au total, 27 PBB traités à l’UHT, achetés auprès de grands détaillants suisses (80 % du volume du marché), ont été analysés et comparés à deux échantillons de lait entier traités par UHT. La teneur en acide phytique* a également été analysée dans les PBB afin d’étudier plus en détail l’influence de ce composant, défavorable au niveau nutritionnel, sur le comportement de la mousse.

    Certains PBB ont une moussabilité égale ou supérieure à celle du lait

    Dans le lait, les principales protéines (caséines) sont solubles sous forme colloïdale, avec un diamètre d’environ 50-500 nm. La répartition de la taille des particules du lait homogénéisé est généralement dominée par des globules gras <1,7 µm. Pour les PBB, on a constaté que la répartition des tailles de particules après l’homogénéisation se situait entre 5 et 20 µm, ce qui est nettement plus élevé que pour le lait.

    Les viscosités et les valeurs du pH des PBB étaient similaires ou supérieures à celles du lait de vache. Les PBB présentent une couleur moins blanche que le lait de vache. Il est intéressant de noter que certains PBB ont montré une bonne aptitude à mousser, comparable ou supérieure à celle du lait.  

    Les PBB présentent des caractéristiques de produit très différentes

    Étant donné que la composition protéique et la fonctionnalité sont différentes de celles du lait, que les matières premières se présentent naturellement à l’état sec et doivent être dispersées dans l’eau, les PBB peuvent présenter des propriétés très différentes.

    Même si les principes de transformation sont similaires pour tous les matériaux, certaines étapes de transformation peuvent fortement influencer un grand nombre de propriétés du produit.

    Substances ajoutées et acide phytique dans les PBB

    Les additifs peuvent modifier l’écoulement et la moussabilité. L’amidon doit contribuer à la stabilité de l’émulsion; les ions de calcium peuvent se lier aux protéines et modifier leurs propriétés. Le sel peut influencer la solubilité des protéines et donc la moussabilité. L’acide phytique* se lie aux protéines et diminue leur solubilité, leur activité enzymatique et leur digestibilité.

    Une teneur plus élevée en acide phytique dans les PBB a permis d’obtenir un volume de mousse plus important à la température de 60°C, intéressante pour la consommation de boissons chaudes. D’autre part, l’acide phytique devrait être réduit pour des raisons nutritionnelles, ce qui pourrait réduire la moussabilité.

    *Acide phytique*: l’acide phytique fait partie des substances bioactives. Dans les plantes telles que les légumineuses, les céréales et les graines oléagineuses, il sert de réservoir pour le phosphate et les cations dont la plantule a besoin pour sa croissance. En raison de ses propriétés complexantes, il peut lier de manière insoluble dans l’estomac et l’intestin les minéraux absorbés par l’homme au travers de l’alimentation, tels que le calcium, le magnésium, le fer et le zinc, de sorte que ceux-ci ne sont plus disponibles pour le corps.

    Conclusions

    • Certains PBB ont montré une moussabilité comparable ou supérieure à celle du lait.
    • Les hauteurs de mousse des PBB ont fortement varié, allant de 41,5 mm à 173 mm à température ambiante (hauteur de la mousse de lait: 134,8 mm) et de 50,9 mm à 203,6 mm à 60°C (hauteur de la mousse de lait: 179,3 mm).
    • Les viscosités et le pH des PBB étaient similaires ou plus élevés que ceux du lait de vache. Les PBB étaient moins blancs et la taille moyenne de leurs particules était généralement beaucoup plus élevée que celle du lait de vache.
    • La teneur en acide phytique des PBB, défavorable sur le plan nutritionnel, influence la hauteur de la mousse à la température de 60°C, intéressante pour la consommation de boissons chaudes.