Catégorie : Production végétale

  • Cartes numériques permettant une estimation de la productivité herbagère de manière géodifférenciée

    Cartes numériques permettant une estimation de la productivité herbagère de manière géodifférenciée

    Environ 70 % de la surface agricole utile de la Suisse est couverte d’herbe. Les rendements de ces surfaces herbagères varient considérablement. Une étude d’Agroscope les calcule pour la première fois de manière géodifférenciée et met à disposition des cartes numériques destinées à la planification et la vulgarisation.

    Les prairies et pâturages permanents couvrent près des deux tiers de la surface agricole utile de la Suisse. À cela s’ajoutent près de 30 % des terres arables exploitées comme prairies temporaires. La productivité de ces surfaces herbagères varie considérablement. Des chercheuses et des chercheurs d’Agroscope montrent désormais pour la première fois, de manière géodifférenciée, à quel point les rendements peuvent varier selon les sites.

    Nouveau modèle d’estimation des rendements en herbe adapté à chaque site

    L’objectif de l’étude était de mettre en évidence les tendances régionales en matière de rendement et d’identifier les régions présentant un potentiel de production différent. À cette fin, les chercheuses et chercheurs ont développé un modèle permettant d’évaluer, de manière différenciée sur le plan géographique, la productivité des prairies dans les zones de plaine, de collines et de montagne. La région d’estivage n’a pas été prise en compte dans cette étude.

    Les calculs étaient fondés sur la superficie agricole utile de l’année 2023. Les rendements ont été déterminés à l’aide d’indicateurs issus des «Principes de fertilisation des cultures agricoles» (PRIF, chapitre 9 : Fertilisation des herbages) en fonction de l’altitude et de l’intensité d’utilisation. Ces données ont été complétées par l’expertise des spécialistes et par des données géographiques relatives à la topographie et aux conditions climatiques. Dans le cadre d’une procédure en plusieurs étapes, les chercheuses et chercheurs ont d’abord estimé les rendements moyens des prairies, puis les ont ajustés en fonction des facteurs liés au site, à savoir l’ensoleillement et la sécheresse.

    Jusqu’à 60 millions de décitonnes d’herbe par an

    L’étude estime la production annuelle d’herbe sur une superficie d’environ 726 000 hectares à un maximum de 60 millions de décitonnes de matière sèche (dt MS). Si l’on tient compte des effets régionaux de l’ensoleillement et de la sécheresse, cette valeur est ramenée à environ 57 millions de dt de MS.

    Les différences entre les parcelles sont considérables: selon le type et l’intensité d’exploitation, les rendements moyens modélisés varient entre 23 et 122 dt de matière sèche par hectare et par an. Après correction par les facteurs ensoleillement et sécheresse, ils vont de 22 à 116 dt de matière sèche par hectare et par an. L’étude montre ainsi la nécessité de prendre en compte les conditions du site lors de l’estimation de la production fourragère. 

    Légende: Répartition spatiale des rendements moyens des surfaces herbagères (en TS ha-1a-1 pour 2023) selon les PRIF, déduction faite de 5 % de pertes au stockage et en tenant compte des facteurs liés au site que sont l’ensoleillement et la sécheresse. Les rendements sont représentés avec une résolution spatiale de 25 x 25 m.

    Des cartes numériques pour la planification et la vulgarisation

    Les cartes ainsi établies fournissent pour la première fois une image spatialement différenciée de la productivité des surfaces herbagères en Suisse. Les données numériques peuvent être intégrées dans des systèmes de gestion agricole et d’information, et aider les agricultrices et agriculteurs à planifier leur exploitation. Elles offrent en outre aux responsables politiques, aux autorités chargées de l’application de la législation et aux vulgarisateurs une base solide pour l’élaboration de stratégies et de mesures d’exploitation adaptées à chaque région.

    Conclusion

    • La productivité des prairies et des pâturages dépend fortement des conditions propres à chaque site. Des facteurs tels que l’altitude, l’intensité d’exploitation, l’ensoleillement et la sécheresse ont une grande influence sur les rendements herbagers.
    • Pour la première fois, des chercheuses et chercheurs d’Agroscope ont établi des cartes de manière géodifférenciée selon les zones géographiques du potentiel de rendement, en se basant sur la superficie agricole utile et les indicateurs des PRIF.
    • Les données numériques constituent une base précieuse pour la vulgarisation agricole, la planification d’exploitation ainsi que pour les décisions politiques à long terme.
  • Fertilisation foliaire en viticulture: efficacité limitée des formes organiques sur l’azote assimilable des moûts

    Fertilisation foliaire en viticulture: efficacité limitée des formes organiques sur l’azote assimilable des moûts

    En viticulture, une fertilisation foliaire organique au moment de la véraison corrige peu la carence en azote assimilable du moût. L’azote minéral foliaire reste plus efficace.

    Une gestion raisonnée de la nutrition minérale de la vigne est essentielle pour garantir le rendement et la qualité des raisins. Une alimentation équilibrée en azote est particulièrement importante pour le développement de la plante, mais aussi pour le bon déroulement des fermentations et le développement aromatique des vins. La vigne dépend principalement de l’azote minéral du sol (nitrates et ammonium), dont l’absorption est fortement conditionnée par le climat et le type de sol: les années chaudes et sèches ou les sols argilo‑calcaires compacts, qui induisent un enracinement superficiel, conduisent souvent à des moûts dont la teneur en azote est plus faible. La nutrition azotée doit donc être raisonnée de manière intégrée en tenant compte des choix techniques relatifs au matériel végétal, à l’entretien du sol et à l’équilibre surface foliaire-rendement. Malgré tout, une fertilisation complémentaire peut être nécessaire pour maintenir la productivité à long terme.

    Un apport d’urée par voie foliaire à la véraison, en complément d’une fertilisation de printemps au sol, est une pratique éprouvée pour enrichir le moût en azote sans excéder la vigueur. La fertilisation foliaire, qui repose sur une absorption passive des nutriments par la cuticule et les stomates des feuilles, permet une assimilation rapide de l’azote minéral en acides aminés. En viticulture biologique, l’interdiction des formes minérales très disponibles impose de recourir à des engrais foliaires organiques, dont l’efficacité réelle pour augmenter l’azote assimilable des moûts reste incertaine.

    Des formes organiques moins performantes

    L’essai, conduit de 2023 à 2025 sur du Chasselas à Agroscope (Pully, Suisse), a comparé cinq engrais azotés appliqués au moment de la véraison (vinasse, glycine bétaïne, bactéries Azotobacter salinestris, protéines végétales, engrais minéral) à un témoin non fertilisé. Les mesures portaient sur le développement de la plante (poids de bois, surface foliaire, indice chlorophyllien), les composantes du rendement et la composition des moûts à la vendange. Les résultats montrent une forte influence du millésime sur la vigueur, le rendement et la maturité, avec une carence persistante en azote assimilable (inférieure à 140 mg N/L) quel que soit l’engrais testé. L’azote foliaire minéral (ammonium et urée) reste le plus efficace pour augmenter la concentration en azote du moût, tandis que les formes organiques se sont avérées nettement moins performantes, certaines présentant même des effets phytotoxiques aux doses et au calendrier étudiés (Figure 1). Ces résultats soulignent les limites d’un apport foliaire organique à la véraison pour corriger la carence azotée des moûts et plaident en faveur de stratégies combinant la fertilisation au sol et des apports foliaires mieux fractionnés et positionnés plus tôt dans le cycle végétatif.

    Conclusions

    • Un apport foliaire à la véraison ne permet pas toujours de rétablir un niveau d’azote assimilable au-dessus de 140 mg N/L dans le moût pour garantir le bon déroulement des fermentations.
    • L’apport d’azote sous forme minérale s’avère plus efficace et moins coûteux que les formulations organiques testées, dont l’assimilation est plus limitée et qui peuvent même entrainer des effets phytotoxiques importants sur la vigne et le rendement.
    • La priorité devrait rester la gestion intégrée de la nutrition. Pour les engrais foliaires organiques, il faudrait explorer des stratégies d’apport plus précoces et fractionnées, axées sur le soutien de la vigueur plutôt que sur une correction tardive de l’azote du moût.

  • Les éléments clés d’une culture biologique de lentilles réussie en Suisse

    Les éléments clés d’une culture biologique de lentilles réussie en Suisse

    Bien que la Suisse dispose d’un potentiel pour la culture biologique des lentilles, cette production stagne à un faible niveau. Une étude d’Agroscope met en évidence des pistes pour stabiliser les rendements et évalue les différences sensorielles entre les variétés étudiées.

    Des chercheuses et chercheurs d’Agroscope ont exploré des pistes pour améliorer la culture biologique des lentilles en Suisse. L’étude a porté sur plusieurs variétés, dates et densités de semis, ainsi que sur différents systèmes de culture. Les scientifiques ont également cherché à déterminer s’il existait des différences gustatives entre les variétés. L’objectif de cette étude était d’établir des principes permettant une production suisse de lentilles plus stable et d’identifier les éventuelles préférences des consommateurs.

    Augmentation du potentiel de rendement grâce au semis d’automne

    Au cours d’essais en plein champ menés sur cinq ans, douze génotypes de lentilles ont été testés. Les rendements ont fortement varié d’une année à l’autre et allaient, selon les conditions météorologiques, d’une perte quasi totale à une récolte de 2 tonnes par hectare et par an. Pour la plupart des variétés, le semis d’automne a permis d’augmenter le rendement par rapport au semis de printemps. La floraison des lentilles semées à l’automne intervenant environ deux semaines plus tôt que celle des lentilles semées au printemps, le semis d’automne pourrait favoriser une formation plus précoce des grains et réduire ainsi leur exposition à d’éventuelles vagues de chaleur. Par ailleurs, en culture biologique en particulier, la pression des adventices sur les parcelles joue également un rôle important dans la réussite de la mise en place d’une culture.

    Stabilisation des peuplements grâce aux cultures mixtes avec l’avoine

    L’étude d’Agroscope a comparé la monoculture de lentilles à des cultures mixtes associant lentilles et avoine à paille courte. Malgré une quantité de semences de lentilles plus faible, les rendements en grains des lentilles n’ont pas diminué dans les cultures mixtes. En parallèle, l’avoine a réduit la verse des plants de lentilles, ce qui a permis de récolter davantage de gousses avec la moissonneuse-batteuse et d’obtenir une meilleure qualité des graines grâce à la distance plus élevée entre celles-ci et le sol. De même, selon les expériences faites, l’avoine a permis de supprimer efficacement les adventices.

    Amélioration de la rentabilité grâce à des peuplements denses

    L’étude de l’incidence de la densité de peuplement sur le rendement et la rentabilité en monoculture a permis de conclure que la densité optimale se situe entre 180 et 240 plantes par mètre carré. Même si des quantités de semis plus élevées ont entraîné des coûts de semences plus importants, ceux-ci ont été compensés par des rendements supérieurs.

    Transformation des lentilles

    Sur le plan gustatif, les écarts entre les douze variétés de lentilles étudiées étaient moins marquées qu’attendu. Si les variétés présentaient certes des différences, notamment en termes de texture farineuse ou de jutosité, les écarts concernant leurs propriétés agronomiques (rendement, taille des grains et teneur en protéines) étaient toutefois plus importants dans l’ensemble.

    Pour garantir les rendements dans la culture de lentilles, une densité de peuplement optimale et une date de semis adaptée au site sont déterminantes. Le choix d’un partenaire de mélange approprié n’a pas d’influence négative sur le rendement de la culture de lentilles et permet d’améliorer la qualité des graines et faciliter la récolte. Le choix de la variété doit donc tenir compte non seulement de l’adéquation au site, mais aussi des exigences du marché. Si l’on envisage un semis à l’automne, en plus des lentilles d’automne spécialement sélectionnées à cet effet, les variétés à petites graines et, dans certains cas, celles issues de la banque de gènes, semblent très prometteuses.

    Conclusion

    • La culture mixte avec de l’avoine à paille courte réduit la verse, sans entraîner de perte de rendement.
    • Des densités de peuplement comprises entre 180 et 240 plants par mètre carré se sont avérées intéressantes en termes de rendement.
    • Dans les conditions suisses, les lentilles semées à l’automne ont présenté un potentiel de rendement supérieur à celui des lentilles semées au printemps.
    • Pour garantir les rendements des cultures de lentilles semées à l’automne, il faudrait produire des semences de lentilles d’automne.
    • Outre les variétés à petites graines, les variétés anciennes telles que la «Kleine Schwarze», la «Späth’s Kleine» ou la «Berglinse» ont également affiché des rendements plus réguliers au fil des ans.
    • Compte tenu des légères différences gustatives, il convient de sélectionner les variétés plutôt en fonction de leur taille, de leur couleur et de leur adéquation au système de culture (facilité de séparation des graines en cas de culture en association).
  • Données suisses issues de la pratique: rendements comparables du blé avec et sans utilisation d’herbicides

    Données suisses issues de la pratique: rendements comparables du blé avec et sans utilisation d’herbicides

    Comment réduire l’utilisation de produits phytosanitaires sur le blé d’automne sans compromettre les rendements? Une étude d’Agroscope montre qu’il est possible d’obtenir des rendements similaires en utilisant une combinaison de mesures de lutte contre les adventices, avec ou sans herbicides.

    La réduction de l’utilisation des produits phytosanitaires est un objectif majeur de la politique agricole suisse. Dans le domaine des grandes cultures notamment, la question se pose de savoir s’il est possible de maîtriser suffisamment les adventices sans recourir aux herbicides. Dans le cadre du projet PestiRed, des spécialistes d’Agroscope ont étudié, en collaboration avec les services de vulgarisation et les producteurs, l’efficacité de stratégies intégrées de gestion des adventices dans le blé d’automne, dans des conditions réelles d’exploitation. L’étude visait principalement à déterminer si les méthodes sans herbicides permettent d’obtenir des rendements comparables et quelles mesures sont particulièrement efficaces.

    La combinaison de différentes mesures porte ses fruits

    De 2020 à 2023, 94 champs de blé d’automne ont fait l’objet d’un suivi en Suisse. La comparaison a porté sur des systèmes de culture intégrés avec et sans utilisation d’herbicides. Les exploitations ont mis en œuvre différentes mesures, notamment un travail du sol adapté, des dates de semis plus tardives, des faux lits de semences et un désherbage mécanique. La biomasse des adventices et le rendement en grains ont ensuite été évalués et les principaux facteurs d’influence ont été déterminés.

    Faible pression des adventices, avec ou sans herbicides

    Conclusion principale: avec ou sans utilisation d’herbicides, les rendements de blé ne différaient pas. Parallèlement, la pression des adventices est demeurée faible dans la plupart des champs. Seuls quelques sites ont enregistré une biomasse d’adventices entraînant des pertes de rendement. Ce n’est pas une mesure isolée qui a été déterminante, mais la combinaison de différentes méthodes préventives et ciblées. Dans les conditions pratiques étudiées, les systèmes sans herbicide ont ainsi permis d’obtenir des rendements comparables à ceux des systèmes recourant à une utilisation ciblée d’herbicides.

    Facteurs importants influençant la biomasse des adventices et le rendement

    Le choix d’une date de semis appropriée, des densités de semis adaptées et la mise en place de faux lits de semences ont revêtu une importance particulière. Un travail du sol plus intensif a également permis de réduire la biomasse des adventices. Le rendement du blé a en outre été influencé par les conditions de pluviomètrie, le type de sol et le potentiel de rendement spécifique au site. Dans les champs étudiés, les herbicides n’ont constitué qu’un élément parmi d’autres d’une lutte efficace contre les adventices. Les résultats soulignent l’importance d’une stratégie culturale à long terme combinant judicieusement différentes mesures.

    Régulation mécanique pouvant donner lieu à des conflits d’objectifs

    L’étude met toutefois également en évidence les limites des systèmes sans herbicides. Alors qu’un travail du sol plus intensif a permis de réduire la biomasse des adventices, un désherbage mécanique plus poussé a été accompagné de baisses de rendement. Les méthodes sans herbicides n’ont permis de maintenir le niveau de rendement que lorsque le contrôle des adventices était efficace. Dans certaines conditions, les coûts de main-d’œuvre et de mise en œuvre plus élevés peuvent être compensés par des suppléments de prix et des paiements directs. Les résultats reposant principalement sur des sites présentant une pression des adventices modérée, leur transposition à des conditions plus difficiles n’est possible que dans une mesure limitée.

    Conclusion

    • Dans les conditions étudiées, le blé d’automne a donné des rendements comparables, avec ou sans utilisation d’herbicides.
    • Ce succès reposait sur la combinaison de différentes mesures préventives et ciblées.
    • La date de semis, la densité de semis, les faux lits de semences et le travail du sol ont eu une influence considérable sur le développement des adventices.
    • Un désherbage mécanique intensif peut entraîner des pertes de rendement.
    • Les systèmes intégrés sans herbicides offrent un potentiel pour l’agriculture suisse, mais nécessitent une adaptation minutieuse au site et à la situation en matière d’adventices.
  • Trois nouvelles variétés de fétuque des prés prêtes à être recommandées

    Trois nouvelles variétés de fétuque des prés prêtes à être recommandées

    La fétuque des prés est une graminée fourragère importante dans les prairies temporaires suisses. Agroscope a testé 24 variétés de fétuque des prés sur six sites. Trois nouvelles variétés ont donné entière satisfaction lors des essais variétaux et sont prévues pour la recommandation variétale.

    La fétuque des prés est une graminée fourragère importante dans les prairies naturelles exploitées de manière moyennement intensive du Plateau et des régions de moyenne montagne. Dans les prairies temporaires, elle joue un rôle essentiel en tant que graminée de fauche à haut rendement, robuste et de bonne qualité. Elle est principalement utilisée dans les mélanges d’une durée de trois ans destinés à une exploitation peu à moyennement intensive ou dans lesquels les ray-grass ne peuvent pas être utilisés en raison des conditions du site. Les rendements de la fétuque des prés sont particulièrement élevés lors de la première pousse. En cas d’utilisation précoce, elle fournit en outre un fourrage à haute valeur énergétique.

    24 variétés de fétuque des prés testées en plein champ

    De 2023 à 2025, Agroscope a évalué les propriétés agronomiques de 24 variétés de fétuque des prés (Festuca pratensis). Les essais ont été menés sur six sites différents. Les caractéristiques étudiées comprenaient le rendement, la vitesse d’installation, l’aspect général, la force de concurrence, la persistance, la résistance aux maladies foliaires, la tolérance aux conditions hivernales, la digestibilité du fourrage et l’aptitude à la culture en altitude.

    Trois nouvelles variétés répondent aux exigences agronomiques

    Au vu des résultats, trois nouvelles variétés ont franchi le cap pour figurer sur la liste des variétés recommandées de plantes fourragères: Tetradonia, Tenorio et FP 1745. Elles ont occupé, dans cet ordre, les trois premières places de l’ensemble des variétés testées. Tetradonia et Tenorio sont, tout comme la variété Tetrax déjà recommandée, des variétés tétraploïdes. Elles ont présenté d’excellentes valeurs en matière de digestibilité. Ces deux variétés se sont en outre distinguées par de beaux peuplements homogènes, une très bonne vitesse d’installation et une résistance élevée aux maladies foliaires. Tetradonia a affiché par ailleurs un rendement élevé, tandis que Tenorio s’est fait remarquer par son excellente aptitude à la culture en altitude. La FP 1745, une variété diploïde, a donné d’excellents résultats, notamment en termes de rendement, d’aspect général et de persistance, et s’est également distinguée par une bonne résistance aux conditions hivernales. Ces trois variétés viennent enrichir l’offre de variétés, mais ne peuvent pas être recommandées à l’heure actuelle, car elles ne remplissent pas encore les conditions légales requises pour leur mise sur le marché.

    Paradisia et Pardus retirées de la liste

    Les variétés Paradisia et Pardus doivent, quant à elles, être retirées de la liste des variétés recommandées à la suite des derniers essais variétaux. Elles ne répondent plus, à plusieurs égards, aux exigences actuelles. Ces deux variétés peuvent toutefois encore être utilisées en tant que variétés recommandées jusqu’au 31 décembre 2028.

    Conclusion

    • La fétuque des prés est une graminée fourragère importante pour la culture fourragère suisse.
    • Entre 2023 et 2025, Agroscope a testé au total 24 variétés de fétuque des prés dans le cadre d’essais en plein champ.
    • Trois nouvelles variétés remplissent les conditions agronomiques requises pour faire l’objet d’une recommandation. Elles ne sont toutefois pas encore autorisées à la commercialisation.
    • Les deux variétés recommandées jusqu’à présent, Paradisia et Pardus, seront retirées de la liste des variétés recommandées.
    • Grâce à ces modifications, la qualité de l’offre variétale en fétuque des prés s’améliore.
  • Le traitement des semences peut être évalué au cas par cas

    Le traitement des semences peut être évalué au cas par cas

    Les semences sont généralement traitées de manière routinière avec des produits phytosanitaires afin d’assurer les rendements. Une étude réalisée sur des semences de blés et fondée sur de nouvelles données de terrain montre que cette pratique n’apporte souvent aucun bénéfice lorsque la pression des maladies est faible.

    Les maladies des plantes comptent parmi les principales causes de pertes de rendement à l’échelle mondiale. Le traitement des semences — généralement à base de substances chimiques — est donc largement utilisé pour protéger les cultures à un stade précoce. Mais cette pratique est de plus en plus sous pression: les risques pour l’environnement, la qualité de l’eau et la biodiversité, ainsi que les objectifs de réduction des produits phytosanitaires renforcent le besoin d’agir.

    En parallèle, des méthodes alternatives non chimiques sont développées, telles que les traitements thermiques ou les procédés physiques. Leur efficacité reste toutefois difficile à estimer, en particulier dans les conditions de la pratiques, en raison du manque de données issues du terrain.

    Alternatives au traitement chimique des semences: comparaison au champ

    Une étude menée pendant trois ans sur du blé d’hiver fournit des données sur les effets du traitement chimique ou alternatif (Thermoseed, faisceau d’électrons et traitements à base de moutarde) des semences sur les paramètres agronomiques tels que le rendement, la teneur en protéines, le poids de mille grains et les micronutriments, ainsi que sur les communautés de micro-organismes bactériens et fongiques associées au blé d’hiver. Cet essai de terrain pluriannuel mené en Suisse contribue ainsi à déterminer dans quelles conditions le traitement des semences participe réellement à la sécurisation des rendements.

    Aucun effet sur le rendement et la qualité

    Ni le traitement chimique ni le traitement alternatif des semences n’ont entraîné d’améliorations mesurables des indicateurs agronomiques clés tels que le rendement, la teneur en protéines ou le poids des grains. Les résultats montrent que, dans les conditions pratiques de l’étude, ces traitements n’ont apporté aucun bénéfice supplémentaire à la production.

    Aucun changement de la microbiologie du sol et des plantes

    La composition des communautés microbiennes au niveau des racines et des semences est également restée inchangée, indépendamment du traitement choisi. Aucun effet, ni positif ni négatif, sur les processus microbiens du sol n’a donc été constaté.

    Importance de la pression des maladies

    Les lots de semences utilisés ne présentaient qu’une faible infestation par des agents pathogènes. Dans ce contexte, aucun bénéfice des traitements n’a pu être démontré, que ce soit pour les procédés alternatifs ou pour les procédés chimiques. Les résultats suggèrent que, lorsque la pression des maladies est faible, le traitement des semences offre peu d’avantages. Dans notre essai au champ, les traitements alternatifs n’ont par ailleurs montré aucun effet néfaste sur les plantes: ils pourraient donc faire l’objet d’essais complémentaires.

    Conclusion

    • Le traitements des semences peut être évalués au cas par cas, notamment en fonction de la pression réelle des maladies dans les semences ou le sol.
    • L’utilisation de traitements chimiques pourrait être réduite, sans perte de rendement, lorsque les risques sont faibles.
    • Les méthodes alternatives restent une option, en particulier dans les systèmes exigeant un niveau élevé de protection de l’environnement ou de la santé.
    • Des systèmes de suivi ou des outils de diagnostic pourraient permettre un recours plus ciblé et adapté aux besoins.
    • Pour le conseil agricole et les politiques publiques, il en résulte la possibilité de promouvoir des stratégies différenciées tenant compte du site et des risques.
  • Effets du traitement des semences de maïs sur les champignons mycorhiziens à arbuscules et les rendements

    Effets du traitement des semences de maïs sur les champignons mycorhiziens à arbuscules et les rendements

    Les traitements fongicides protègent les semences des pathogènes et garantissent les rendements, mais ils peuvent aussi nuire aux champignons bénéfiques présents dans le sol. Cet article scientifique démontre que les effets de ces fongicides sont difficiles à étudier, car ils peuvent varier en fonction des différentes conditions d’essai – contrôlées en laboratoire ou réelles au champ.

    L’enrobage des semences par des fongicides est un procédé courant en agriculture. Il permet de protéger les jeunes plants contre les maladies et de garantir un rendement stable. Toutefois, ces fongicides n’ont pas un impact négatif uniquement sur les champignons pathogènes; ils peuvent également nuire aux organismes non ciblés bénéfiques pour le sol.

    Parmi ces derniers figurent les champignons mycorhiziens à arbuscules qui forment une symbiose avec les racines des plantes, favorisent l’absorption des éléments nutritifs et d’eau, et améliorent la structure du sol. D’un point de vue socio-économique, l’équilibre entre la garantie de rendements stables et la promotion des fonctions écologiques est un enjeu central, notamment dans le contexte de l’agriculture durable et de la santé des sols.

    Jusqu’à présent, les évaluations des produits phytosanitaires se concentraient presque exclusivement sur des effets ciblés et/ou à court terme, sans prendre en compte l’impact des différents niveaux d’étude (de la spore en conditions contrôlées en laboratoire jusqu’au champ). Cet article apporte un éclairage nuancé à ce sujet en démontrant que l’effet des produits phytosanitaires sur les plantes et les organismes associés dépend de l’échelle d’étude.

    Des effets variables selon le système d’essai

    L’étude montre que, dans la culture du maïs, les traitements fongicides ont des effets variables sur les champignons mycorhiziens à arbuscules en fonction de l’échelle considérée. En conditions contrôlées, lorsque des spores fongiques sont mises en contact avec des fongicides en milieu stérile, la germination peut être inhibée. Toutefois, ces effets ne se traduisent pas directement par une baisse des rendements lors de l’essai en plein champ, ce qui relativise la pertinence des tests de laboratoire pour la pratique.

    Atténuation des effets sur le terrain

    Lors des essais en plein champ, les effets négatifs des fongicides sur les champignons mycorhiziens à arbuscules sont nettement moins marqués que dans les conditions contrôlées du laboratoire. Les facteurs environnementaux, tels que la nature du sol, les micro-organismes et les conditions météorologiques, réduisent l’effet négatif observé en laboratoire. La colonisation des racines des plantes par les champignons mycorhiziens à arbuscules est préservée malgré le traitement des semences, même si elle est parfois réduite.

    Influence limitée sur le rendement des plantes

    L’utilisation de produits de traitement des semences n’a généralement qu’une influence minime sur la colonisation mycorhizienne des racines de maïs et, par conséquent, sur le rendement des cultures. Bien que certains effets sur la symbiose entre la plante et le champignon soient observables, ceux-ci n’entraînent pas nécessairement de pertes mesurables en termes de production. Autrement dit, il semble que les plantes et les organismes bénéfiques du sol possèdent une certaine capacité d’adaptation face aux produits de traitement des semences.

    Conclusions

    • Les résultats issus des essais en laboratoire portant sur le traitement fongicide des semences ne peuvent pas être transposés directement aux conditions du terrain. Selon le système d’essai (essais contrôlés en laboratoire ou conditions réelles en plein champ), les effets de ces traitements sur les champignons mycorhiziens à arbuscules varient considérablement.
    • De plus, les conditions du champ, telles que le site ou les pratiques agricoles, sont les premiers facteurs qui influencent les bénéfices associés à la symbiose mycorhizienne à arbuscules.
    • Les applications ciblées et à faibles doses des fongicides testés dans cette étude, comme le traitement des semences, n’ont pratiquement aucun impact sur le microbiome du sol.
  • Le changement climatique redessine la viticulture européenne

    Le changement climatique redessine la viticulture européenne

    Où produira-t-on du vin demain en Europe? Une étude basée sur des analogues climatiques montre que le réchauffement va redéfinir les zones viticoles, avec un rôle déterminant des maladies.

    Le réchauffement climatique modifie déjà les conditions de culture de la vigne en Europe. A l’avenir, certaines régions traditionnelles risquent de devenir moins adaptées, tandis que d’autres pourraient gagner en potentiel. Cette étude analyse ces évolutions en comparant le climat futur des vignobles à des climats actuels similaires, appelés «analogues climatiques».

    L’originalité de l’approche repose sur l’utilisation d’indices bioclimatiques directement liés à la vigne et à ses maladies. Trois indices décrivent les conditions de croissance et trois autres évaluent les risques phytosanitaires comme le mildiou, l’oïdium ou la flavescence dorée. L’étude intègre aussi la topographie locale, essentielle pour comprendre les microclimats des vignobles.

    Des déplacements sous l’effet du climat et des maladies

    Les résultats révèlent des dynamiques contrastées. L’augmentation des températures pousse globalement les zones propices vers le nord et en altitude. Plusieurs régions du sud de l’Europe pourraient devenir trop chaudes pour la viticulture. En revanche, les maladies liées à l’humidité orientent les déplacements vers l’est ou l’ouest, en fonction des conditions locales. Globalement, les analogues climatiques des vignobles européens à l’horizon 2080 se situent majoritairement plus au sud.

    Des limites à l’expansion et des défis d’adaptation

    D’après l’étude, le risque phytosanitaire augmenterait dans de nombreuses régions. Le mildiou et l’oïdium devraient progresser en Europe centrale et du Nord, tandis que la flavescence dorée pourrait s’étendre vers de nouvelles zones. Ainsi, même si certaines régions septentrionales deviennent thermiquement adaptées, la pression des maladies pourrait limiter leur potentiel.

    Les zones de montagne offrent des conditions plus équilibrées, mais leur exploitation reste difficile et coûteuse. Dans ce contexte, l’adaptation passera par des changements de cépages, de pratiques culturales et, dans certains cas, par un déplacement des zones de production.

    Les résultats de cette étude ont été intégrés dans l’application «Analogues climatiques – Vignes» qui permet de visualiser les conditions climatiques futures des parcelles de vigne en Europe d’ici 2090 (voir «Informations complémentaires»).

    Conclusions

    • Le changement climatique va modifier profondément la répartition des vignobles en Europe.
    • Les hausses de température poussent les zones viticoles vers le nord et en altitude. Les maladies liées à l’humidité limitent fortement cette expansion, notamment en Europe du Nord.
    • Plusieurs régions du sud pourraient devenir inadaptées pour la viticulture à long terme. Les zones de montagne offrent des alternatives, mais avec des contraintes économiques et techniques.
    • L’adaptation passera par des changements de cépages, de pratiques et parfois de localisation.
  • Flavescence dorée: introduction et propagation en Suisse romande

    Flavescence dorée: introduction et propagation en Suisse romande

    Pour la première fois, une analyse génétique donne une image détaillée de la façon dont la flavescence dorée se propage dans les vignobles suisses situés au nord des Alpes. Elle montre que du matériel végétal infecté et la propagation locale contribuent ensemble à l’évolution de l’épidémie.

    La flavescence dorée (FD) est une maladie grave qui appartient à la catégorie des « jaunisses de la vigne ». Elle est associée à un phytoplasme, une bactérie sans paroi cellulaire, classé comme organisme de quarantaine. Ce phytoplasme est transmis de vigne en vigne par un insecte vecteur : la cicadelle Scaphoideus titanus. Aucun traitement contre cette maladie n’est connu à ce jour et les mesures de lutte actuelles se basent sur l’arrachage obligatoire et systématique de tout pied de vigne infecté, sur la lutte insecticide contre le vecteur dans les zones où la maladie est présente, ainsi que sur la surveillance du territoire. Depuis 2015, la maladie se propage au nord des Alpes suisses, mais on ignorait jusqu’à présent comment elle était arrivée en Suisse romande.

    Deux maladies à symptômes identiques

    Entre 2015 et 2022, Agroscope a analysé 4212 échantillons de vignes présentant des symptômes de jaunisse prélévés par les services phytosanitaires des cantons de Vaud, du Valais et de Genève. Les analyses ont montré que 26,3 % des échantillons étaient effectivement infectés par la FD, tandis que près de la moitié présentaient une maladie avec des symptômes identiques, le bois noir, causée par un autre phytoplasme. Les infections mixtes étaient rares, avec un taux de 0,17 %.

    Des indices génétiques sur l’origine de la maladie

    L’analyse génétique des souches de phytoplasme à l’aide de plusieurs marqueurs de référence a révélé une très faible diversité au nord des Alpes. Tous les échantillons partageaient un profil caractéristique du cycle épidémiologique « vigne-cicadelle » observé dans de nombreuses régions viticoles européennes. Ces résultats suggèrent que la maladie a vraisemblablement été introduite par la plantation de matériel végétal déjà infecté. En revanche, une introduction résultant d’un transfert depuis un réservoir présent dans le paysage environnant semble beaucoup moins probable, même si le rôle potentiel de ces réservoirs fait encore l’objet de recherches en Suisse.

    Des dynamiques de propagation différentes selon les régions

    Une analyse génétique plus approfondie a révélé l’existence de trois groupes génétiques distincts présentant une répartition géographique bien définie. Afin de mieux comprendre la circulation locale du phytoplasme, Agroscope a développé des marqueurs génétiques capables de distinguer des souches très proches les unes des autres. Ces outils ont montré que la propagation de la flavescence dorée ne suit pas partout le même schéma et qu’elle est influencée par les caractéristiques du paysage ainsi que par les activités humaines :

    • Dans le Lavaux, on observe deux populations homogènes clairement séparées géographiquement. L’autoroute pourrait notamment constituer une barrière limitant les déplacements des cicadelles vectrices.
    • Dans le Valais central, un génotype uniforme suggère une introduction unique suivie d’une propagation locale.
    • Dans le Chablais, la diversité génétique est la plus importante. Certaines parcelles infestées étant distantes de plus de trois kilomètres, la dispersion par le vol naturel des cicadelles ne suffit probablement pas à expliquer à elle seule cette situation. D’autres mécanismes, tels que les échanges de matériel végétal ou le transport passif des cicadelles par les activités humaines ou le vent pourraient également contribuer à la propagation de la maladie.

    Cette étude fournit pour la première fois une image génétique à haute résolution de la situation de la flavescence dorée au nord des Alpes suisses. Elle montre que la plantation de matériel végétal infecté est très probablement à l’origine de l’épidemie et que, parallèlement à la propagation naturelle par les cicadelles, les activités humaines ont aussi joué un rôle dans sa dissémination.

    Des plants sains et de nouveaux marqueurs renforcent la surveillance

    La prévention des nouvelles introductions repose avant tout sur l’utilisation de plants certifiés et traités à l’eau chaude. La gestion de la maladie nécessite également l’élimination rapide des ceps infectés ainsi que la lutte insecticide contre les cicadelles vectrices. Enfin, des mesures prophylactiques, telles que le nettoyage du matériel agricole entre les parcelles et l’organisation des travaux viticoles de manière à intervenir en priorité dans les parcelles saines avant de terminer par les parcelles infectées, permettent de réduire le risque de dissémination du phytoplasme.

    Les marqueurs génétiques nouvellement développés permettent un suivi plus précis des foyers locaux et pourront à l’avenir être testés dans d’autres régions viticoles de Suisse et d’Europe.

    Conclusion

    • Cette étude fournit la première caractérisation génétique à haute résolution des foyers de flavescence dorée au nord des Alpes suisses.
    • La flavescence dorée et le bois noir provoquent des symptômes visuellement identiques ; seule une analyse génétique permet d’identifier avec certitude la maladie en cause.
    • La maladie a très probablement été introduite en Suisse romande par du matériel végétal infecté.
    • Les schémas de propagation varient selon les régions et montrent que la dissémination de la maladie résulte à la fois des déplacements de la cicadelle vectrice et des activités humaines.
    • Dans la pratique, l’utilisation de matériel végétal traité à l’eau chaude est déterminante, car cette méthode est aujourd’hui la seule capable de garantir l’absence du phytoplasme dans les plants.
    • Les marqueurs génétiques récemment développés permettent un suivi plus précis des chaînes d’infection et peuvent améliorer de manière ciblée la surveillance et la lutte contre la maladie.
  • Plus de lumière, plus de rendement: les fraises sont plus sensibles à l’ombrage que les framboises

    Plus de lumière, plus de rendement: les fraises sont plus sensibles à l’ombrage que les framboises

    En Suisse, une grande partie des fraises et des framboises est cultivée sous abris, structures qui pourraient être associées à des systèmes agri-photovoltaïques. Une étude menée par Agroscope et l’entreprise Insolight a examiné l’impact de l’ombrage sur le rendement et la qualité des fruits, permettant de définir des valeurs seuils.

    En Suisse, environ un tiers des fraises et trois quarts des framboises sont cultivés sous abris (tunnels, serres, etc.) afin de les protéger des intempéries et de prolonger la période de végétation. Cependant, la hausse des températures estivales menace le rendement et la qualité des cultures, ce qui renforce l’intérêt pour les systèmes agri-photovoltaïques (agri-PV). Ceux-ci combinent production d’énergie et agriculture, mais un excès d’ombrage peut aussi nuire aux performances agronomiques.

    Agroscope et la société Insolight ont mené 21 études de cas en Suisse sur une période de quatre ans (entre 2021 et 2024) afin d’étudier l’influence de différents systèmes d’ombrage, dont 13 configurations agri-PV, sur le rendement des fraises et des framboises. L’étude a porté sur l’influence de la quantité quotidienne de lumière par mètre carré sur le rendement, le poids moyen des fruits, la fermeté ainsi que la teneur en sucre et en acides.

    Les fraises sont plus sensibles à l’ombrage

    Les résultats montrent que, pour ces deux cultures, le rendement et la teneur en sucre diminuent à mesure que la quantité de lumière baisse, l’effet étant plus marqué dans les cultures de fraises. Ces dernières ont besoin de plus de lumière et souffrent davantage de l’ombrage que les framboises. Pour les fraises, les auteurs recommandent une quantité minimale de lumière quotidienne de 25 moles de photons par mètre carré. Dans les essais, cela correspondait à un ombrage total d’environ 10 à 30 %, selon le type d’abris. La fermeté des fraises diminuait également avec la baisse de l’intensité lumineuse.

    Les framboises supportent mieux l’ombrage

    Dans les cultures de framboises également, l’augmentation de l’ombrage s’est accompagnée d’une baisse de rendement, qui s’est toutefois avérée moins importante que pour les fraises. Ce résultat confirme des observations antérieures selon lesquelles les framboises tolèrent mieux l’ombre, héritage de leur adaptation à des milieux naturellement boisés. Pour les framboises, les auteurs recommandent au moins 15 moles de photons par mètre carré afin d’éviter des pertes de rendement trop importantes. De plus, contrairement aux fraises, l’ombrage n’a pas eu d’effet négatif sur la teneur en sucre des fruits.

    En revanche, ni le poids des fruits ni la teneur en acides n’ont été influencés par l’ombrage que ce soit pour les fraises ou pour les framboises.

    Importance des besoins en lumière spécifiques à chaque culture lors de la conception des systèmes agri-PV

    Ces résultats fournissent des valeurs seuils concrètes pour le développement de systèmes agri-PV à même de garantir une production de petits fruits de haute qualité tout en fournissant de l’énergie renouvelable. L’étude montre qu’il est essentiel d’adapter les systèmes agri-PV à la photosensibilité spécifique à chaque espèce afin d’optimiser les performances agronomiques.

    Conclusions

    • Les fraises sont plus sensibles à l’ombrage que les framboises et ont besoin d’au moins 25 moles de photons par mètre carré pour garantir rendement et qualité.
    • Les framboises tolèrent mieux l’ombrage et se contentent d’un minimum de 15 moles de photons par mètre carré.
    • L’augmentation de l’ombrage diminue la fermeté des fraises, mais n’affecte pas la teneur en sucre des framboises.
    • L’étude montre que, lors du développement de systèmes agri-PV, il convient de tenir compte des besoins en lumière spécifiques à chaque espèce afin d’optimiser les performances agronomiques.
  • La nutrition azotée des moûts se prépare au vignoble

    La nutrition azotée des moûts se prépare au vignoble

    Entre 2021 et 2025, les années chaudes et sèches ont nettement réduit l’azote assimilable des moûts vaudois, surtout en Chasselas, avec des effets directs sur la fermentation et la qualité des vins.

    Le canton de Vaud dispose d’un réseau de plus de 140 parcelles de suivi de maturation couvrant les principaux cépages et quatre régions viticoles, ce qui permet de relier la composition des moûts au climat, au cépage et au contexte pédoclimatique. Les données recueillies entre 2021 et 2025 montrent que le millésime 2022, plus chaud et plus sec, se distingue par des teneurs en sucres plus élevées, des acidités plus faibles et des niveaux d’azote assimilable inférieurs à ceux observés lors des années plus arrosées. En 2022, l’azote assimilable moyen à la vendange a atteint la valeur la plus basse de la série, avec 119 mg N/L, contre 154 mg N/L en 2024 (Fig. 1).

    Figure 1. Azote assimilable par les levures (ammonium + acides aminés) dans le moût à la vendange, (A) par année, (B) par région et (C) par cépage. Les lettres différentes indiquent une différence significative selon le test de Tukey (p-value < 0.05). Vaud, Suisse, 2021-2025. n = nombre de parcelles échantillonnées ; barre d’erreur = écart-type.

    L’effet du cépage est particulièrement marqué. Tous millésimes et régions confondus, le Chasselas présente les teneurs les plus faibles en azote assimilable, avec 115 mg N/L en moyenne, contre 149 mg N/L pour le Gamay et 153 mg N/L pour le Pinot noir. Chez le Chasselas, cet azote diminue encore entre la véraison et la vendange, de l’ordre de 16,4% en moyenne, alors que Gamay et Pinot noir restent globalement stables. Cette vulnérabilité accroît le risque de fermentations lentes ou incomplètes et peut limiter l’expression aromatique des vins.

    Les différences régionales apportent un second niveau de lecture utile pour le conseil et la décision. Le Chablais et Lavaux affichent les teneurs moyennes en azote assimilable les plus élevées, avec respectivement 163 et 149 mg N/L, tandis que La Côte et le Nord vaudois se situent à 121 et 123 mg N/L. Ces écarts reflètent l’effet de la profondeur des sols et du fonctionnement hydrique des terroirs: les vignes à enracinement profond résistent mieux au stress hydro-azoté, alors que les sols superficiels ou compacts accentuent les contraintes en année sèche. Dans ce contexte, l’entretien du sol et la maîtrise de l’enherbement deviennent des leviers majeurs, car une concurrence végétale mal contrôlée réduit l’accès de la vigne à l’eau et aux nutriments.

    La leçon est claire: la nutrition azotée ne se corrige pas seulement en cave. Elle se prépare au vignoble, par une gestion intégrée du sol, de l’enherbement, du rapport feuille-fruit et de la fertilisation, afin de prévenir les carences du moût et de sécuriser la qualité des vins, en particulier pour le Chasselas.

    Conclusions

    • Les années chaudes et sèches diminuent l’azote assimilable des moûts.
    • Le Chasselas constitue le cépage prioritaire en matière de prévention des carences.
    • Les différences entre régions confirment le rôle déterminant des conditions pédoclimatiques.
    • La gestion du sol et de l’enherbement doit être considérée comme un levier majeur.
    • Le réseau de suivi de maturation du canton de Vaud peut soutenir le conseil, l’anticipation des risques et l’adaptation au changement climatique.
  • Adaptables et productifs: mélanges prairiaux multi-espèces pour faire face au changement climatique

    Adaptables et productifs: mélanges prairiaux multi-espèces pour faire face au changement climatique

    Les mélanges multi-espèces augmentent systématiquement le rendement, tout en réduisant les besoins en engrais. Leurs avantages sont renforcés par des températures élevées. Ils constituent ainsi un élément-clé de l’adaptation au changement climatique.

    Les mélanges composés de plusieurs espèces de plantes fourragères améliorent l’efficience des ressources. Agroscope a étudié ces effets dans le cadre d’une étude internationale récemment publiée dans la revue Science. Les associations de plusieurs espèces fourragères augmentent systématiquement le rendement en fourrage, tout en réduisant les besoins en engrais azoté. La hausse des températures renforce les avantages de ces mélanges, ce qui en fait un élément-clé de l’adaptation au changement climatique.

    Réseau mondial de 26 sites d’essai

    Cette étude résume les résultats d’un réseau d’essais menés à l’échelle mondiale sur 26 sites situés dans les régions tempérées du globe. Agroscope, le centre de compétences de la Confédération pour la recherche agronomique, a mené cet essai en collaboration avec des partenaires d’Europe, d’Amérique du Nord, de Chine et de Nouvelle-Zélande.

    Six espèces donnent un meilleur rendement que seulement une ou deux

    En Suisse, seuls des mélanges de plus de deux espèces fourragères sont utilisés pour le semis de prairies temporaires. Dans de nombreux autres pays, par souci de simplicité, on cultive le plus souvent des monocultures de graminées, qui nécessitent beaucoup d’engrais azotés, ou une combinaison d’une seule espèce de graminée et d’une seule espèce de trèfle. La stratégie suisse consistant à utiliser des mélanges composés de plusieurs espèces se diffuse désormais également à l’échelle internationale. Les chercheuses et chercheurs ont étudié quels mélanges, comprenant jusqu’à six espèces de plantes fourragères, pouvaient améliorer le rendement tout en réduisant les besoins en engrais azotés.

    Les résultats ont montré que les mélanges composés de plusieurs espèces obtenaient des rendements plus élevés que les monocultures, grâce à des interactions bénéfiques entre les espèces. Le rendement des mélanges était supérieur à la somme des rendements de ses composants. Un mélange composé de graminées, de légumineuses et de dicotylédones non légumineuses a obtenu un rendement supérieur de 11 % à celui d’une monoculture de graminées, sur laquelle plus du double d’engrais azoté avait été épandu, et de 18 % à celui d’un simple mélange graminées-trèfles recevant la même quantité d’engrais.

    La chaleur accentue l’avantage des mélanges multi-espèces en termes de rendement

    Autre bonne nouvelle: selon cette étude, les températures plus élevées renforcent les avantages des mélanges. Le gain de rendement des mélanges comprenant des légumineuses et des dicotylédones non légumineuses s’est accru à mesure que la température augmentait le long du gradient climatique des sites, mettant en évidence le potentiel des mélanges pour l’adaptation au changement climatique. Les mélanges multi-espèces n’ont pas été avantageux uniquement en Suisse. Il ressort clairement de cette étude que cette tradition helvétique améliore également l’efficience des ressources dans d’autres régions du monde et favorise l’adaptation de l’agriculture au changement climatique.

    Figure 1: Rendement en fourrage en fonction des proportions de graminées (G), légumineuses (L) et dicotylédones non légumineuses (H). La fourchette de proportions dans laquelle les rendements (yield) sont optimaux (zone vert foncé) est large.

    Conclusion

    • Dans le cadre d’un réseau mondial, des mélanges de plantes fourragères composés de deux graminées, de deux légumineuses et de deux dicotylédones non légumineuses ont été testés afin de développer des systèmes de culture fourragère plus durables.
    • Les mélanges composés de six espèces, dont des espèces de légumineuses, se sont révélés plus productifs que les mélanges composés uniquement de graminées ou d’un mélange de deux espèces (graminée et trèfle), encore courants dans d’autres pays.
    • L’avantage des mélanges multi-espèces s’est renforcé en passant des sites les plus froids aux sites les plus chauds de l’étude. Autrement dit, face au changement climatique, de tels mélanges peuvent contribuer à garantir les rendements en production fourragère.
  • Protection alternative des plantes dans les grandes cultures et les cultures maraîchères: où en sommes-nous?

    Protection alternative des plantes dans les grandes cultures et les cultures maraîchères: où en sommes-nous?

    Dans une publication actuelle, Agroscope donne un aperçu des mesures préventives et des moyens de lutte non chimiques contre les adventices, les maladies et les ravageurs dans les grandes cultures et les cultures maraîchères de plein champ.

    La protection intégrée des cultures est un concept qui combine plusieurs méthodes visant à maintenir les organismes nuisibles en dessous du seuil de tolérance économique. Elle repose avant tout sur des mesures préventives; des outils d’aide à la décision permettent de déterminer le moment opportun pour mettre en œuvre d’éventuelles mesures de lutte (fig. 1). Si de telles mesures s’avèrent nécessaire, les méthodes biologiques, biotechniques et physiques (c’est-à-dire non chimiques) doivent être privilégiées. Les produits phytosanitaires chimiques ne doivent être utilisés qu’en dernier recours. Cette publication donne un aperçu des mesures préventives et des moyens de lutte non chimiques contre les mauvaises herbes, les maladies et les ravageurs dans les grandes cultures et les cultures maraîchères de plein champ. Elle décrit le caractère opérationnel de ces approches en l’état actuel des connaissances.

    Figure 1: Pyramide de la protection intégrée des cultures.

    Adventices

    La pression des adventices peut être réduite à l’aide de mesures préventives telles qu’une rotation équilibrée des cultures ou l’optimisation des pratiques culturales. Dans les cultures, plusieurs méthodes mécaniques et physiques permettent de réguler les adventices. Ces méthodes sont souvent chronophages et leur effet est limité lorsque les mauvaises herbes sont problématiques, que la pression des adventices est importante et les conditions météorologiques défavorables.

    Maladies

    Les mesures préventives les plus importantes contre les maladies sont l’utilisation de semences saines, de variétés robustes, la mise en place d’une rotation équilibrée des cultures ainsi qu’une bonne hygiène des champs. Ces pratiques permettent, dans une large mesure, d’éviter l’utilisation de fongicides dans de nombreuses grandes cultures, concédant une légère baisse du rendement. Pour les pommes de terre, les betteraves sucrières et les légumes de plein champ, les mesures préventives, surtout les variétés robustes, peuvent réduire l’utilisation de fongicides, mais aujourd’hui, il n’est souvent pas possible de s’en passer totalement.

    Ravageurs

    Dans de nombreuses grandes cultures comme les céréales et le maïs, les ravageurs peuvent généralement être maîtrisés de manière suffisante grâce à des mesures préventives telles que la rotation des cultures et la mise en place de conditions favorables aux organismes utiles. En revanche, le colza, les pommes de terre, les betteraves sucrières et les légumes de plein champ sont attaqués par des ravageurs susceptibles de provoquer des dégâts importants. Certaines approches, comme la rotation des cultures pour les betteraves sucrières ou l’utilisation du Bacillus thuringiensis contre le doryphore, se sont avérées efficaces, tandis que les sous-semis dans le colza présentent un certain potentiel. D’autres mesures font encore l’objet de recherches.

    Exigences de qualité et prix des denrées alimentaires

    Dans les cultures maraîchères, les enjeux sont plus importants que dans les grandes cultures, en raison des exigences de qualité élevées imposées par le marché. En vue de réduire l’utilisation de produits phytosanitaires, il pourrait être utile de revoir les critères de qualité relevant du droit privé, notamment lorsqu’il s’agit d’aspects purement esthétiques qui ne présentent aucun risque au regard du droit alimentaire. Une légère réduction de ces exigences et une certaine tolérance à la présence de ravageurs pourraient aussi être envisagées.  En outre, afin de garantir la rentabilité des mesures phytosanitaires alternatives, les coûts supplémentaires ainsi que les risques associés en matière de rendements pourraient être compensés par une hausse des prix des denrées alimentaires ou par d’autres mesures.

    Conclusion

    • Des mesures alternatives de lutte contre les adventices existent, mais elles sont chronophages et leur efficacité diminue dès que ces dernières sont problématiques ou que les conditions météorologiques sont défavorables.
    • Dans le colza, les pommes de terre et les betteraves sucrières, il est aujourd’hui difficile de renoncer complètement aux fongicides et/ou aux insecticides. Des approches pour des mesures supplémentaires existent, mais elles s’accompagnent souvent d’une efficacité réduite et de coûts supplémentaires.
    • Les exigences de qualité élevées relatives aux légumes de plein champ sont difficiles à garantir avec des mesures alternatives. Il pourrait être utile de revoir les critères de qualité purement esthétiques et de les adapter si nécessaire.
    • Les mesures alternatives de protection des cultures sont souvent plus coûteuses et moins efficaces. Pour assurer leur rentabilité économique, les coûts supplémentaires pourraient être compensés par une augmentation du prix des denrées alimentaires ou par d’autres mesures.

  • Trier la prairie : méthodes génétiques pour séparer espèces et cultivars

    Trier la prairie : méthodes génétiques pour séparer espèces et cultivars

    Les herbages permanentes sont composées de multiples espèces et cultivars, dont la composition change au fil du temps. Identifier ces changements visuellement au niveau des espèces est laborieux, et même impossible quand il s’agit des cultivars. Deux méthodes basées sur l’ADN ont été testées à cet effet.

    Les herbages permanente suisses sont des mélanges riches en espèces comprenant des graminées, des légumineuses et d’autres plantes. Les pratiques de gestion et les changements environnementaux peu-vent affecter négativement la composition en espèces et la diversité génétique. Les herbages moins diversifiées, sont moins résilientes aux stress biotiques et abiotiques. Ainsi, détecter les modifications de composition est essentiel pour intervenir en conséquence et protéger ces écosystèmes précieux, qui abri-tent également des ressources génétiques pour l’amélioration des plantes. Le suivi visuel au niveau des espèces est intensif en main-d’œuvre et exige une expertise élevée, tandis que les changements au sein des espèces ne peuvent pas être détectés visuellement. Les méthodes de génétique moléculaire offrent des solutions prometteuses pour détecter les changements entre et au sein des espèces. Deux approches basées sur l’ADN, le multispecies amplicon sequencing (MSAS) et le genotyping-by-sequencing (GBS), ont été évaluées quant `a leur applicabilité pour surveiller la composition des prairies. Le MSAS vise des régions génomiques sélectionnées pour être communes pour différentes espèces et présentant une grande diversité intraspécifique. En revanche, le GBS échantillonne de nombreuses régions réparties dans tout le génome, permettant une résolution beaucoup plus fine que le MSAS.

    Détection de la composition en espèces avec multispecies amplicon sequencing (MSAS)

    En utilisant le MSAS, les espèces présentes dans différents mélanges, contenant trois graminées (dactyle, ray-grass anglais et fétuque des prés) et deux légumineuses (trèfle rouge et trèfle blanc), ont
    été séparées avec succès. En plus de distinguer les espèces, le MSAS a également permis de différencier les cultivars au sein d’une même espèce. Cela reposait sur la simulation de changements dans la com-position en cultivars, en préparant des échantillons contenant deux cultivars dans les proportions différentes: 0:100, 50:50 et 100:0. Ces échantillons ont été séparés avec succès, et le mélange 50:50 s’est positionné entre les deux cultivars dans les analyses discriminantes, reflétant sa composition génétique. Cela démontre que le MSAS peut capturer la diversité entre et au sein des espèces avec une résolution adéquate.


    Évaluation des limites de détection de deux méthodes basées sur l’ADN

    Pour évaluer davantage la limite de détection, le MSAS a été appliqué `a six cultivars de ray-grass anglais. Les résultats ont ensuite été comparés `a ceux obtenus avec le GBS. Les deux approches génétiques ont séparé les six cultivars avec succès, tandis que le GBS a en plus reflété l’histoire d’amélioration des cultivars. En plus des échantillons contenant un seul cultivar (pure), des mélanges de deux cultivars ont été préparés dans les proportions 50:50 et 75:25. Avec le MSAS et le GBS, les mélanges 50:50 ont pu être distingués des échantillons pures correspondants et se positionner entre eux dans une analyse discriminante. Pour les mélanges 75:25, le MSAS a atteint sa limite de détection. Avec le GBS, en revanche, les mélanges 75:25 ont pu être séparés des mélanges 50:50 correspondants ainsi que des échantillons pures. Ces résultats illustrent les limites du MSAS et la précision supplémentaire qu’apporte le GBS pour surveiller la composition en cultivars.

    Conclusions

    • Le multispecies amplicon sequencing (MSAS) et le genotyping-by-sequencing (GBS) ont tous deux pu être utilisés avec succès pour détecter des différences dans la composition en espèces et en cultivars.
    • Les deux approches offrent des opportunités allant au-delà du monitoring: aide à l’amélioraton des plantes, contrôle de la pureté des semences et développement de cultivars adaptés aux différentes pratiques de gestion des herbages.
    • Le MSAS est une méthode prometteuse pour surveiller la composition en espèces et la diversité intraspécifique dans des herbages permanentes.
    • Le GBS offre une précision supérieure nécessaire pour détecter les changements de composition en cultivars au sein des espèces d’herbage.

  • Sélection clonale du Räuschling: élargissement de la diversité génétique avec quatre nouveaux clones

    Sélection clonale du Räuschling: élargissement de la diversité génétique avec quatre nouveaux clones

    Grâce à la sélection de nouveaux clones, le cépage Räuschling est plus constant en termes de culture et de qualité du vin. Des essais menés sur plusieurs années montrent que quatre nouveaux clones stabilisent le rendement et la qualité et réduisent le risque d’éclatement des baies et d’attaque par le botrytis (moisissure grise).

    Principalement cultivé dans la région du lac de Zurich (2024: 28,3 ha, dont 72 % dans le canton de Zurich), le Räuschling est un cépage blanc important dans l’histoire locale. Il est également considéré comme difficile à cultiver: avant les vendanges, les petites baies ont tendance à éclater, ce qui favorise le botrytis et augmente la charge de travail pour le tri et la récolte.

    Collection de clones d’Agroscope: la clé de la diversité génétique du Räuschling

    Depuis les années 1970, Agroscope pratique la sélection clonale afin d’améliorer la stabilité des rendements, la résistance aux maladies et la qualité du raisin. La collection actuelle de clones (20 génotypes) est la seule au monde pour cette variété et joue donc un rôle central pour la diversité génétique.

    À Stäfa (ZH), 15 clones ont été comparés entre 2015 et 2021 sur un porte-greffe identique (3309C) en Guyot simple. Le clone de référence 42 a servi de «benchmark». Malgré des années extrêmes sur le plan climatique (gel tardif/grêle en 2017; été humide en 2021), plusieurs clones ont atteint l’objectif de rendement de 1°kg/m². Les teneurs en sucre du moût se situaient dans une fourchette très étroite d’environ 80 à 84 °Oe (fig. 1), l’acidité/effet tampon et le pH (~3,1) étaient similaires pour tous les clones; les différences œnologiques sont restées faibles.

    Comparaison des clones nouvellement sélectionnés: différences en termes de rendement, de résistance au botrytis et de profil oenologique

    • Clone 3: rendements très constants, grappes bien aérées, faible tendance à l’éclatement et faible sensibilité au botrytis; excellente qualité du point de vue sensoriel; indice formol élevé (azote disponible pour les levures).
    • Clone 25: potentiel de rendement maximal avec un degré Oechsle relativement élevé; grappes très aérées; dans certains cas (2017/2019) attaque importante de botrytis, sinon sensibilité moyenne; très bonnes qualités sensorielles.
    • Clone 28: Oechsle supérieur à la moyenne, grappes aérées, tendance moindre à l’éclatement, faible sensibilité au botrytis; riche sur le plan sensoriel avec des notes fruitées.
    • FAW rouge (à peau rouge): rendements élevés avec une teneur relativement élevée en sucre du moût; faible sensibilité au botrytis malgré des grappes compactes; profil fruité typique du cépage.

    Renforcement de la résilience du cépage Räuschling grâce aux plantations mixtes de clones

    Important pour la pratique: les plantations mixtes de plusieurs clones augmentent la résilience, car leurs caractéristiques se complètent selon les millésimes (p. ex. rendement élevé vs sensibilité à l’éclatement). Cette mixité favorise la qualité et le rendement, en particulier les années où les précipitations sont importantes avant les vendanges. Les clones 3 et 25 sont disponibles; les clones 28 et FAW rouge sont en cours d’homologation. La collection de clones reste stratégique pour préserver la diversité et pouvoir s’adapter au changement climatique.

    Figure 1: Rendement (kg/m²) et teneur en sucre du moût (°Oe) par clone (moyenne 2015–2021). Légende: Les lignes pointillées indiquent la moyenne globale; en surbrillance: référence 42 et les quatre clones recommandés.

    Conclusion et recommandation

    • Choix du clone: Des clones adaptés augmentent la stabilité du rendement et de la qualité du Räuschling et réduisent le risque d’éclatement des baies et d’attaque par le botrytis; les clones 28 et FAW rouge, en particulier, ont des effets positifs.
    • Structure du vignoble: Les plantations mixtes composées des clones 3, 25, 28 et FAW rouge peuvent également augmenter la résilience au sein d’un vignoble.
  • Les interactions entre plantes peuvent avoir un effet positif sur les systèmes de culture

    Les interactions entre plantes peuvent avoir un effet positif sur les systèmes de culture

    Les interactions entre plantes peuvent contribuer à leur résilience et à sécuriser les rendements. L’importance de ces interactions dans l’agriculture fait l’objet de débats, notamment parce que leurs mécanismes restent en grande partie méconnus. La présente étude fait le point sur l’état actuel des connaissances.

    L’association de différentes plantes cultivées est commune à de nombreux systèmes agricoles. Cette pratique permet de réduire les ravageurs, d’accroître la résilience et, dans le meilleur des cas, d’augmenter le rendement. À l’heure actuelle, les associations rentables de plantes sont déterminées dans le cadre d’essais en champ, car les bases scientifiques ne suffisent pas pour prédire pourquoi, par exemple, une variété de blé fonctionne bien avec une variété de pois, mais pas avec une autre. Il y a un grand intérêt à pouvoir prédire les effets des interactions entre plantes, afin de favoriser leur résilience dans les cultures.

    Les cultures mixtes et les rotations de cultures donnent satisfaction depuis des millénaires. Le succès de ces systèmes repose sur le fait que les plantes se complètent en termes d’utilisation de la lumière, de l’eau et des éléments nutritifs. On observe toutefois qu’il n’est pas possible de combiner n’importe quelles variétés, car les interactions moléculaires entre les plantes jouent également un rôle. Une meilleure compréhension de ces interactions permettra de développer de nouvelles stratégies pour une agriculture durable, renforçant ainsi la résilience de ces systèmes de production.

    La présente étude fait le point sur l’état actuel des connaissances sur les mécanismes moléculaires.

    Comment les plantes communiquent-elles entre elles de manière optimale? – Opportunités pour des systèmes de culture durables

    Les plantes libèrent dans le sol des exsudats racinaires (métabolites tels que sucres et acides aminés) qui constituent une source de nourriture et des signaux pour les organismes vivant dans le sol, tels que les bactéries et les champignons. Ceux-ci peuvent à leur tour influencer positivement ou négativement la croissance d’autres plantes.

    Légende de la figure: Les plantes interagissent aussi bien en surface que dans le sous-sol, que ce soit en termes de concurrence pour les ressources, d’échange de métabolites ou de structuration des communautés microbiennes (source du graphique: Joëlle Schläpfer). Le graphique montre le trio maïs (bleu), pois (rouge) et courge (jaune), cultivé en combinaison depuis des millénaires dans des environnements pauvres en ressources nutritives tels qu’en Amérique du Sud, afin d’augmenter les rendements.

    Les cultures mixtes renforcent la productivité et la résilience

    La diversité spatiale que procurent les cultures mixtes peut améliorer les rendements et la qualité des récoltes, augmenter la teneur en éléments nutritifs et renforcer la résilience face au stress et aux pertes de récolte. Une combinaison fréquemment mise en place est celle de légumineuses (p. ex. pois ou soja) associées aux céréales (p. ex. maïs ou blé). On a pu démontrer que les profils d’exsudats des deux partenaires changent de manière significative en culture mixte. Les modifications des exsudats de céréales entraînent une fixation accrue de l’azote par les légumineuses, avec pour corollaire une augmentation de la teneur en éléments nutritifs dans les céréales. En principe, les microbiomes des cultures mixtes sont plus diversifiés. Les champignons mycorhiziens peuvent avoir des effets positifs sur les plantes et sont, selon les essais, plus ou moins abondants dans les cultures mixtes. Cependant, l’abondance des mycorhizes a été corrélée aux acides organiques exsudés par les plantes, ce qui suggère une possible influence des exsudats sur leur présence. De manière générale, de nombreux métabolites et microbes jouant un rôle central dans certaines cultures mixtes ont été identifiés. Cependant, aucune tendance générale nette ne se dessine pour le moment.

    Rotation des cultures: un principe éprouvé pour une agriculture durable

    La rotation des cultures est une méthode éprouvée permettant d’alterner différentes cultures sur une même parcelle au fil des saisons ou des années. La culture répétée sur une même parcelle d’une même plante peut entraîner des baisses de rendement résultant de divers phénomènes: la culture de légumineuses en continu réduit ainsi la biomasse microbienne, de même que sa diversité et son activité, et favorise l’accumulation d’autotoxines. L’alternance des cultures permet au contraire de maintenir à un faible niveau la présence d’organismes nuisibles dans le sol. En ce qui concerne les maladies, la présence d’autres micro-organismes occupant les niches des agents pathogènes inhibe leur activité de manière spécifique. La rotation des cultures, la diversité et la composition des microbiomes ont été identifiées comme des facteurs clés réduisant la sensibilité aux maladies, notamment pour le blé et la pomme de terre. Les premiers métabolites qui attirent les micro-organismes suppressifs des maladies ont été identifiés dans des études. Cependant, nous restons encore largement dans l’ignorance des mécanismes responsables de l’accumulation de métabolites et de micro-organismes dans le sol, ainsi que de leur influence sur la sensibilité des cultures.

    Conclusion

    • Pour exploiter de manière ciblée les effets positifs de l’association de plusieurs espèces végétales, il est essentiel d’en comprendre les mécanismes sous-jacents. Outre l’exploitation de niches différentes (eau, éléments nutritifs, lumière), les interactions via les métabolites et les micro-organismes jouent un rôle central, mais restent encore peu étudiées.
    • Diverses études mettent en évidence une forte diversité du microbiome associée aux plantes et présentant des effets positifs. Selon les systèmes étudiés, certains métabolites et micro-organismes responsables de ces effets ont été identifiés. Cependant, aucun schéma général n’a encore été mis en évidence.
  • Taux de matière organique du sol: faut-il en actualiser l’interprétation dans les sols agricoles?

    Taux de matière organique du sol: faut-il en actualiser l’interprétation dans les sols agricoles?

    L’intégration du ratio MO:argile dans les Principes de fertilisation des cultures agricoles en Suisse (PRIF) permet un conseil agronomique plus spécifique à chaque site basé sur une considération plus globale de la qualité du sol.

    La matière organique (MO) est le principal indicateur de la qualité du sol. La teneur en MO des sols agricoles est fortement influencée par les pratiques agricoles et une certaine partie d’entre eux se trouvent dans un état dégradé. Il est donc crucial, notamment pour l’agricultrice et l’agriculteur, de pouvoir interpréter les niveaux de MO provenant de l’analyse du sol afin de guider les choix de conduite des cultures.

    Les Principes de fertilisation des cultures agricoles en Suisse (PRIF) fournissent une grille d’interprétation de la teneur en MO des sols qui sert généralement de référence pour l’interprétation des analyses. Cependant, cette grille n’a guère évolué depuis les années 1980 et est aujourd’hui centrée sur la fonction de fourniture d’azote (N). Cela suggère un potentiel significatif d’optimisation.

    Le ratio MO:argile est un indicateur simple de qualité du sol dont les seuils sont basés sur le potentiel de qualité de la structure du sol. Le schéma d’interprétation du ratio MO:argile est calibré sur la méthode d’évaluation visuelle de la qualité de la structure du sol nommée VESS.

    L’étude réalisée ici visait à évaluer la pertinence du ratio MO:argile pour l’interprétation des teneurs en MO des parcelles agricoles afin de poser les bases d’une évolution possible de la grille d’interprétation des PRIF. A cet effet, les seuils définis dans les PRIF ont été comparés avec ceux du ratio MO:argile et les différences d’appréciation selon la méthode ont été mises en évidence pour une sélection de 184 parcelles du Réseau fribourgeois d’observation des sols (FRIBO).

    Le ratio MO:argile apporte davantage de nuances

    Les résultats de l’étude montrent que les PRIF divisent les parcelles en deux groupes. D’un côté, la majorité des terres assolées regroupant les sols ayant le moins de MO sont classifiées comme ayant une teneur suffisante en MO et de l’autre côté un groupe comprenant les terres assolées ayant le plus de MO et les prairies permanentes, classifiées comme «riches». L’appréciation basée sur le ratio MO:argile apporte plus de nuance sur le niveau de MO des terres assolées, signalant notamment qu’il est considéré comme insuffisant dans un tiers des cas.

    Vers un conseil agronomique plus spécifique

    L’étude met ainsi en évidence que la grille d’interprétation des PRIF, dans sa forme actuelle, ne constitue pas un outil suffisant pour guider efficacement les agricultrices et agriculteurs dans la gestion de la MO des sols de leurs parcelles. L’intégration du ratio MO:argile dans les PRIF permettrait une meilleure différentiation entre des parcelles aux teneurs en MO très différentes mais toutes classés actuellement comme étant au moins suffisantes. Les connaissances acquises permettront de mettre à jour le chapitre PRIF «Caractéristiques et analyses du sol».

    Conclusions

    • Il est crucial de pouvoir interpréter les niveaux de MO provenant de l’analyse du sol afin de guider les choix de conduite des cultures.
    • La grille d’interprétation de la qualité des sols des PRIF, dans sa forme actuelle, ne constitue pas un outil suffisant pour guider efficacement les agriculteurs/trices dans la gestion de la MO des sols de leurs parcelles.
    • L’appréciation basée sur le ratio MO:argile apporte plus de nuance sur le niveau de MO des terres assolées.
    • L’intégration du ratio MO:argile dans les PRIF permettrait un conseil agronomique plus spécifique à chaque parcelle basé sur une considération plus globale de la qualité du sol.
  • Les scarabées japonais présents en Suisse ont des origines italiennes et nord-américaines

    Les scarabées japonais présents en Suisse ont des origines italiennes et nord-américaines

    Les analyses génomiques montrent que les populations de scarabées japonais en Suisse ont des origines différentes. Ce constat indique plusieurs voies d’introduction et de propagation – une information qui peut aider à développer des mesures ciblées de prévention ou de confinement.

    Comme son nom l’indique, le scarabée japonais (P. japonica) est originaire du Japon. Il s’est propagé au cours du 20e siècle et est devenu un ravageur envahissant important tant en Amérique du Nord et qu’en Europe. Avec le changement climatique, on s’attend à ce qu’il se propage dans les régions situées plus au nord sur les deux continents, ce qui représente une menace croissante pour l’agriculture et les écosystèmes.

    Le scarabée japonais s’attaque à de nombreuses cultures importantes

    P. japonica se nourrit de plus de 400 espèces végétales, dont des cultures importantes telles que la vigne, le maïs, le soja ou les arbres fruitiers. Les scarabées adultes causent des dégâts considérables aux feuilles, aux fleurs et aux fruits des plantes hôtes.

    Propagation du ravageur en Europe et en Suisse

    Le scarabée japonaisa commencé à se propager en Europe dans les années 1970 aux Açores, puis en Italie en 2014 et dans le sud de la Suisse (Tessin) en 2017. En 2023, une nouvelle population a été identifiée au nord des Alpes, près de l’aéroport international de Zurich. D’autres individus ont également été découverts dans le canton de Bâle et dans la région du Simplon (Valais), près de la frontière italienne. Au cours de l’été 2024, des infestations ont été constatées dans diverses régions de Suisse, notamment dans une autre zone du canton du Valais. Par ailleurs, quelques captures isolées ont été effectuée dans les cantons d’Argovie, des Grisons, de Lucerne, de Schaffhouse, de Schwyz, de Soleure et d’Uri.

    Identifier les schémas migratoires grâce à l’analyse génomique

    Afin de comprendre la propagation et l’origine de P. japonica en Suisse, des chercheuses et chercheurs d’Agroscope et de l’Université de Sienne ont examiné 42 individus provenant de zones infestées en Suisse.

    Des analyses de séquences d’ADN ont permis de déterminer les profils génétiques des scarabées japonais présents en Suisse. Ceux-ci ont été comparés aux profils d’individus provenant d’Italie et d’Amérique du Nord. L’origine des individus suisses a ainsi pu être déterminée. Les populations de Bâle, du Valais et de Suisse centrale sont apparentées à celles du Tessin/nord de l’Italie et sont probablement arrivées en Suisse par le transport routier ou ferroviaire. La population retrouvée près de l’aéroport de Zurich a en revanche été identifiée comme une population indépendante, plus proche de celle d’Amérique du Nord. Ces individus ont probablement été importés par transport aérien.

    Conclusion

    • Les populations de scarabées japonais en Suisse ont des origines différentes. Celles-ci ont pu être déterminées grâce à des analyses génomiques.
    • Les populations de Bâle, du Valais et de Suisse centrale présentent un degré de parenté élevé avec les individus du Tessin/nord de l’Italie. Elles sont probablement arrivées dans le nord de la Suisse par la route ou le rail.
    • En revanche, la population retrouvée près de l’aéroport de Zurich a été identifiée comme une population indépendante provenant d’Amérique du Nord. Elle a probablement été introduite involontairement en Suisse par transport aérien.
    • Il est important de comprendre les voies possibles d’introduction et de propagation afin d’endiguer, voire d’empêcher, la propagation de ce ravageur.
    • Les mesures de lutte demeurent les mêmes, quelle que soit l’origine.
  • Cépages résistants: des vins prometteurs à mieux faire connaître

    Cépages résistants: des vins prometteurs à mieux faire connaître

    Les vins issus de cépages résistants sont en progression en Suisse. Les consommateurs se montrent ouverts à leur égard. Leur diffusion, notamment dans la restauration, pourrait être renforcée par une meilleure communication.

    Dans un contexte de changement climatique et de recherche accrue de durabilité en viticulture, l’utilisation de cépages naturellement résistants aux maladies fongiques apparaît comme une option prometteuse. Toutefois, on suppose que la diffusion de ces cépages soit parfois freinée par leur acceptation par les consommateurs, sans que cela soit systématiquement démontré.

    Dans ce contexte, Agroscope a mené une étude visant trois objectifs complémentaires: évaluer la situation actuelle de la plantation des cépages résistants en Suisse, synthétiser les dernières études consommateurs portant sur ces cépages et analyser leur présence actuelle dans l’offre de la restauration suisse.

    Des surfaces limitées mais en augmentation

    Bien que les surfaces plantées en cépages résistants demeurent encore limitées (540 ha sur 14 484 ha), elles sont en augmentation, la Suisse alémanique disposant à ce stade d’une avance notable. Le principal cépage résistant rouge planté en Suisse est le Divico, suivi par le Cabernet Jura. Le principal cépage résistant blanc est le Souvignier gris suivi du Johanniter.

    Une ouverture de la part des consommateurs

    Dans une récente étude portant sur l’acceptation des cépages résistants par les consommateurs suisses, trois facteurs ont été identifiés comme levier pouvant avoir un impact significatif: la qualité sensorielle des vins, le niveau de connaissances en matière de vin et la familiarité avec les cépages résistants.

    Ici, nous montrons en plus que les consommateurs ont une ouverture à l’égard des cépages résistants pour différentes occasions de consommation et semblent être prêts à les intégrer dans leurs habitudes.

    Un besoin d’accompagnement chez les restaurateurs

    L’étude menée auprès 450 cartes d’établissements de restauration montre que plusieurs d’entre eux proposent déjà ces vins sur leurs cartes. La répartition observée au niveau de la production se reflète globalement dans l’offre que l’on trouve en restauration.

    L’étude les a interrogés sur les raisons qui les inciteraient à ajouter ce type de vin à leur carte, ainsi que sur celles qui expliqueraient leur absence d’intérêt. L’analyse des réponses met en évidence une variété de positionnements. Plusieurs restaurateurs expriment une ouverture conditionnelle à l’intégration de ces vins, motivée par la volonté de diversifier leur offre et par des valeurs liées à la durabilité. L’intégration de nouveaux produits apparaît également fortement conditionnée par l’offre des vignerons et fournisseurs habituels; cette dépendance souligne l’importance d’une bonne communication et collaboration entre producteurs et restaurateurs pour faciliter l’adoption. Plusieurs professionnels insistent sur le fait que l’adoption de ce type de vin dépendra de la demande réelle des consommateurs et des tendances du marché. Plusieurs expriment aussi des réserves quant à la qualité gustative de ces vins. Enfin, certains restaurateurs expriment un manque de connaissance sur ces cépages et un besoin d’accompagnement pour mieux les comprendre et les intégrer.

    Conclusions

    • L’implantation des cépages résistants dans le paysage viticole suisse demeure encore limitée, avec une certaine avance pour la Suisse alémanique.
    • Une partie des consommateurs se montre relativement ouverte à leur égard, tant en ce qui concerne leur acceptation sensorielle que leur présence sur les cartes des restaurants.
    • Ces vins y figurent déjà, mais leur diffusion pourrait être renforcée par un accroissement des connaissances chez les acteurs responsables du choix des vins, ainsi que par un resserrement des liens entre vignerons, fournisseurs et restaurateurs.
    • De manière générale, l’amélioration de la communication et de la formation autour de ces cépages apparaît comme une piste pertinente pour soutenir leur intégration dans l’offre viticole suisse.
    • La qualité sensorielle reste le critère central, tandis que les arguments environnementaux semblent intervenir dans un second temps lors des décisions d’achat des consommateurs.
  • Conserver les plantes fourragères in situ: challenges et perspectives

    Conserver les plantes fourragères in situ: challenges et perspectives

    La biodiversité des surfaces herbagères est un trésor à préserver. L’évaluation du programme in situ par les agriculteurs-trices ainsi que des expert-e-s a permis de formuler des recommendations pour améliorer le programme.

    Les prairies et pâturages représentent une proportion significative de la surface agricole suisse. Ces surfaces sont aussi parmi les écosystèmes les plus riches d’Europe. Diverses mesures agro-environnementales visent à conserver leur diversité, mais rarement au sein d’une même espèce (diversité intra-spécifique).

    Un programme inédit pour la diversité intra-spécifique

    Le programme de conservation in situ des surfaces fourragères a été lancé en 2023 exactement dans ce but : conserver la diversité intra-spécifique des espèces sauvages apparentées ou utilisées comme plante fourragère (Figure 1).

    Une première évaluation du programme par plus de mille agriculteurs-trices a permis de comprendre le type d’exploitations qui participe plus facilement au programme, et les motivations pour les exploitant-e-s qui sous-tendent cette participation. Les exploitations d’altitude, plus grandes et qui font partie de labels ont tendanciellement plus de chances de participer au programme in situ.

    Premiers enseignements et perspectives d’amélioration

    Dans cet article, cinq experts reviennent sur les premiers résultats de cette évaluation pour esquisser des pistes d’amélioration de l’efficacité et l’efficience du programme in situ et discutent du futur de la conservation de l’agrobiodiversité sur les fermes (Figure 2).

    Conclusions

    • Le programme in situ permet de préserver la diversité génétique des plantes fourragères
    • Son évaluation montre une bonne acceptation, mais des possibilités d’améliorations
    • Les surfaces in situ sont particulièrement importantes en réponse au changement climatique.

  • Plantes fourragères alternatives en tant que dérobée

    Plantes fourragères alternatives en tant que dérobée

    Les plantes fourragères alternatives adaptées à la sécheresse suscitent un intérêt croissant. Quel est leur potentiel en tant que culture dérobée? Une étude d’Agroscope met en évidence les avantages et limites d’une sélection d’entre elles.

    Face aux sécheresses estivales de plus en plus fréquentes, l’intérêt pour des espèces de plantes fourragères provenant des régions tropicales, asiatiques ou méditerranéennes est en augmentation. Celles-ci peuvent maintenir leur croissance même pendant les périodes de forte pénurie d’eau.

    Agroscope a réalisé en 2020 un essai sur petites parcelles avec une vingtaine d’espèces et étudié leur aptitude en les cultivant comme dérobée d’été. Les espèces testées comprenaient à la fois des plantes C4 (maïs, sorgho, moha, millet perlé, teff), de l’avoine rude, du riz, des légumineuses (luzerne annuelle, lupin bleu, sulla, lentille fourragère, trèfle raboteux, niébé, lablab), du nyger, du sarrasin tatarique et de la caméline. La croissance, le rendement et la qualité fourragère ont été examinés.

    Vitesse de levée et couverture du sol

    L’essai de dérobée a été mis en place le 6 août et a duré jusqu’au 30 septembre. Durant les 55 jours de croissance, les conditions météorologiques ont été très favorables. Toutes les espèces ont été semées en culture pure. La densité et la profondeur de semis ont été choisis en fonction du poids de mille grains des différentes espèces.

    La vitesse de levée, la couverture du sol et l’impression générale ont été évaluées sur la base de notations visuelles. Le maïs, le sorgho, le niébé et le lablab ont levé en moins de six jours, tandis que le lupin et le trèfle raboteux ont mis plus de 15 jours. La couverture du sol 25 jours après le semis a été peu favorable pour plusieurs espèces, en particulier pour la lentille fourragère, le lupin bleu, le sulla, la luzerne annuelle et le trèfle raboteux. L’impression générale qui comprend la vigueur, la densité et l’homogénéité du couvert végétal a été bonne pour le moha, le nyger, le riz fourrager, l’avoine rude et la caméline.

    Rendement et valeur nutritive

    Les rendements en matière sèche (MS) ont été très variables selon les espèces. Le rendement le plus élevé a été obtenu avec le maïs en vert qui a bien profité des conditions favorables avec plus de 63 dt de MS/ha. Le sorgho multicoupes a donné 44 dt/ha, suivi du sarrasin, de la caméline et du moha (32 à 33 dt/ha). Plusieurs espèces, dont la majorité des légumineuses, ont fourni des rendements inférieurs à 20 dt/ha. Malheureusement, les plantes C4, productives en biomasse, fournissent un fourrage fibreux et de digestibilité moyenne avec des teneurs en énergie inférieures à 5,0 MJ NEL (énergie nette lactation) par kg MS. Plusieurs espèces comme l’avoine rude, le sulla, le riz fourrager, le nyger et le sarrasin présentent en revanche des valeurs nutritives intéressantes. Les légumineuses se distinguent par des teneurs élevées en protéine brute. Il convient de souligner que le lablab a fourni un bon rendement avec un fourrage de qualité en mélange avec du sorgho multicoupes.

    Pour pouvoir mieux exploiter le potentiel des espèces testées, il serait intéressant de les associer à d’autres plantes fourragères dont on connaît la qualité en termes de rendement, valeur nutritive et croissance.

    Conclusions

    • En culture pure, les espèces de plantes fourragères étudiées provenant des régions tropicales, asiatiques ou méditerranéennes ne conviennent majoritairement pas comme dérobée, que ce soit en raison de leur faible production en biomasse, de leur faible qualité fourragère ou de leur développement trop lent.
    • Le sorgho multicoupes est certainement l’espèce la plus prometteuse, car il permet d’obtenir des rendements intéressants même dans des conditions de forte sécheresse.
    • En créant des associations avec des plantes fourragères dont les propriétés sont déjà connues et éprouvées, des résultats plus convaincants pourraient probablement être obtenus, comme le mélange lablab-sorgho ou sorgho-trèfle d’Alexandrie.
  • Quelle sera la stabilité des rendements futurs des cultures en Suisse?

    Quelle sera la stabilité des rendements futurs des cultures en Suisse?

    La stabilité des rendements dans la production végétale est déterminante pour la rentabilité des exploitations et la sécurité alimentaire. Des simulations montrent que la stabilité des rendements de nombreuses cultures de printemps pourrait considérablement diminuer en raison du changement climatique, tandis que les cultures d’automne seraient nettement moins touchées.

    Des conditions météorologiques défavorables, en particulier la sécheresse et la chaleur, ont des effets négatifs sur la croissance des plantes. Avec le changement climatique, les situations défavorables deviennent de plus en plus fréquentes. Il en résulte des fluctuations croissantes des rendements agricoles. Cela a des répercussions sur la sécurité alimentaire du pays et sur les revenus des agriculteurs et agricultrices.

    Le taux d’auto-approvisionnement de la Suisse dépend de rendements stables

    En ce qui concerne les produits végétaux, le taux d’auto-approvisionnement de la Suisse est actuellement d’environ 40 %. La croissance démographique et la nécessité, formulée dans la stratégie climatique et alimentaire, d’aligner davantage l’alimentation sur la pyramide alimentaire, exigent une augmentation de la production végétale. Dans le même temps, il n’est guère possible d’augmenter la surface agricole utile. Afin de garantir à l’avenir un niveau minimum d’auto-approvisionnement dans la production végétale, il est essentiel non seulement d’obtenir des rendements élevés, mais aussi d’assurer une grande stabilité des rendements.

    Rendements agricoles futurs modélisés sur la base de scénarios climatiques suisses

    Dans cette étude, les rendements ont été simulés pour une rotation culturale comprenant du blé d’automne, de l’orge d’automne, du maïs, du colza, des betteraves sucrières et des pommes de terre, du soja, ainsi que des prairies artificielles comme culture intermédiaire, à l’aide d’un modèle de croissance des plantes adapté au climat actuel et à celui prévu vers 2060. Les modélisations se basent sur les scénarios climatiques fournis par le National Centre for Climate Services (NCCS). Les régions agricoles de l’ouest, du centre et de l’est du Plateau suisse, ainsi que de l’est du Jura ont été prises en compte.

    Effets différents sur les cultures de printemps et d’automne

    Les effets du changement climatique sur la croissance des plantes diffèrent entre les cultures de printemps et d’automne. Des températures printanières plus élevées, un début plus précoce de la période de végétation et une meilleure disponibilité en eau ont un effet positif sur le rendement des cultures d’automne. Elles bénéficient également de manière significative de l’augmentation des concentrations de CO2 dans l’atmosphère. En revanche, le maïs, les betteraves sucrières, les pommes de terre et le soja, cultivés sans irrigation, sont affectés par la baisse des précipitations et l’augmentation des taux d’évaporation en été. Les fluctuations annuelles des précipitations estivales entraînent donc une baisse notable de la stabilité des rendements du maïs, des betteraves sucrières, des pommes de terre et du soja, même en tenant compte des effets positifs de l’augmentation des concentrations de CO2 dans l’atmosphère.

    Baisse de la stabilité des rendements, surtout dans le centre du Plateau

    Le Plateau suisse central est particulièrement touché par ce recul. Selon les résultats des simulations, sans tenir compte des effets positifs de l’augmentation des concentrations de CO2 dans l’atmosphère, les fluctuations de rendement dans cette région augmenteront de plus de 60 % pour le soja, de plus de 50 % pour le maïs, de 40 % pour les pommes de terre et de 25 % pour les betteraves sucrières (fig. 1). L’augmentation de la variabilité est atténuée par l’influence de la hausse de la teneur en CO₂. Elle demeurera toutefois supérieure à 20 %. Ces résultats constituent une base importante pour des analyses plus approfondies sur la rentabilité des systèmes de culture, la nécessité d’adapter les stratégies d’assurance et la garantie de la sécurité alimentaire dans les conditions climatiques futures.

    Figure 1: Changement relatif de la variabilité des rendements jusqu’en 2060 (par rapport à aujourd’hui) pour les cultures de printemps telles que le maïs, les pommes de terre, les betteraves sucrières et le soja (résultats des simulations sans tenir compte des effets positifs de l’augmentation des concentrations de CO2 dans l’atmosphère, désignées par cCO2, et en tenant compte de ces effets, désignés par eCO2).

    Conclusion

    • La diminution et la plus grande amplitude des variations annuelles des précipitations estivales dues au changement climatique entraîneront à l’avenir une baisse sensible de la stabilité des rendements des cultures de printemps.
    • Les simulations montrent que le Plateau suisse sera la région la plus touchée par ces changements.
    • Une baisse moins importante de la stabilité des rendements a été modélisée pour les céréales d’automne.
  • Le risque d’exposition lors de la manipulation des semences traitées est souvent sous-estimé

    Le risque d’exposition lors de la manipulation des semences traitées est souvent sous-estimé

    Le risque d’exposition lors d’activités avec des semences traitées aux produits phytosanitaires n’est pas toujours perçu à sa juste valeur, montre une récente étude. L’information aux professionnels agricoles devrait être renforcée.

    Les semences utilisées dans les grandes cultures sont souvent traitées avec des produits phytosanitaires (PPS) pour les protéger contre les maladies et les ravageurs dès la germination. Leur manipulation peut générer des poussières contenant des résidus de substances actives. En Suisse, la réglementation impose que les sacs de semences traitées portent une mention précisant les mesures de sécurité à adopter lors de leur ouverture et du chargement du semoir. Ces consignes incluent notamment le port de gants de protection adaptés ainsi que l’évitement de la formation et de l’inhalation de poussières. Néanmoins, la réelle perception, compréhension et application de ces mesures par les utilisateurs professionnels sur le terrain reste peu documentée.

    Dans ce contexte, Agroscope et ses partenaires Unisanté, Proconseil et le Canton de Vaud ont réalisé une étude visant à évaluer dans quelle mesure les messages de sécurité figurant sur les sacs de semences traitées sont effectivement perçus et appliqués par les utilisateurs professionnels en Suisse. Il s’agissait également d’identifier d’éventuels besoins en matière d’information complémentaire ou de clarification concernant les risques liés à la manipulation de ces semences.

    Une enquête en ligne a été menée en 2024 auprès d’un échantillon représentatif de professionnels agricoles suisses manipulant des semences. Les données recueillies portaient sur les pratiques professionnelles, la perception des risques, la compréhension des consignes légales de manipulation des semences, l’identification des activités exposantes et l’utilisation des équipements de protection individuelle.

    Des risques pas toujours perçus à leur juste valeur

    Parmi les 190 répondants, une majorité a signalé une exposition aux poussières lors d’activités avec des semences, en particulier pendant le chargement du semoir. Un écart significatif entre le risque perçu et l’action de se protéger a été constaté en particulier chez les jeunes.

    Bien que la plupart des répondants aient déclaré consulter les étiquettes des semences porteuses des informations sur les produits de traitement, leur nocivité et les précautions d’utilisation, des lacunes ont été identifiées dans la compréhension des risques, notamment concernant les activités nécessitant des mesures de protection.

    Des stratégies de communication à améliorer

    Les résultats soulignent la nécessité d’améliorer les stratégies de communication sur les risques d’exposition, notamment en renforçant la signification des informations mentionnées sur les étiquettes. Les mesures réglementaires devraient être complétées par du matériel d’information adapté aux différentes populations d’exploitants afin de mieux sensibiliser aux mesures de protection lors des activités à risque pendant la période de semis.

    Conclusions

    • Les exploitants peuvent être exposés aux poussières lors d’activités avec des semences, en particulier pendant le chargement du semoir.
    • Un écart significatif entre le risque perçu et l’action de se protéger a été constaté, en particulier chez les jeunes.
    • Bien que la plupart des répondants aient déclaré consulter les étiquettes des semences, des lacunes ont été identifiées dans la compréhension des risques, notamment concernant les activités nécessitant des mesures de protection.
    • Les mesures réglementaires devraient être complétées par du matériel d’information adapté aux différentes populations.
  • Éviter le compactage du sous-sol en semis direct

    Éviter le compactage du sous-sol en semis direct

    Les surfaces ensemencées directement peuvent subir des pertes de rendement au fil des ans. Des chercheuses et chercheurs d’Agroscope ainsi que des universités de Graz et du Nevada ont pu démontrer comment le compactage du sous-sol peut entraîner des pertes de rendement.

    Outre la couverture permanente du sol et une rotation équilibrée des cultures, le semis direct est l’une des approches les plus importantes pour une agriculture de conservation. Cette forme d’agriculture peu invasive est pratiquée sur environ 15 % des terres consacrées aux grandes cultures dans le monde et offre des avantages écologiques et économiques tels qu’une consommation d’énergie réduite et une érosion des sols moindre.

    Pertes de rendement et compactage du sous-sol

    Malgré ces avantages, des méta-études mondiales montrent que des pertes de rendement persistantes peuvent survenir, en particulier pour le maïs, et ce même plusieurs décennies après le passage au semis direct. Des chercheuses et chercheurs d’Agroscope ainsi que des universités de Graz et du Nevada ont identifié une cause possible à ce phénomène: le compactage du sous-sol. Celui-ci est principalement causé par l’utilisation de machines agricoles lourdes dans des conditions de sol humide.

    Mais quelles en sont les raisons? Selon l’étude, ce compactage s’accumule lorsque la fréquence des événements de compactage est supérieure au taux de régénération naturel du sol. Le compactage du sol entraîne une réduction de la capacité d’enracinement, un accès plus difficile à l’eau et aux nutriments de même qu’une perte à long terme des fonctions du sol.

    Pertinence au niveau mondial et pour la Suisse

    Les chercheuses et chercheurs estiment qu’environ 40 % des surfaces mondiales ensemencées directement, soit environ 0,8 million de km², sont exposées à un risque accru de compactage du sol. Le semis direct est pratiqué à grande échelle en Amérique du Nord, en Amérique du Sud et en Australie. En Europe, la proportion de terres ensemencées directement est encore faible. Seuls environ 5 % des terres consacrées aux grandes cultures sont systématiquement cultivées sans travail mécanique du sol. Le compactage du sol est toutefois un problème majeur dans tous les systèmes de culture. En Suisse également, on utilise des machines puissantes et lourdes. De plus, les sols humides des régions tempérées comme la Suisse sont naturellement plus sensibles au compactage. Les résultats de l’étude peuvent donc être utiles de manière générale pour la pratique agricole, car le compactage du sous-sol peut également se produire dans la plupart des formes d’exploitation en Suisse.

    Agroscope mène des recherches pour une agriculture suisse durable

    Agroscope a développé, en collaboration avec des partenaires nationaux et internationaux, l’outil en ligne Terranimo destiné à la pratique afin d’éviter autant que possible ce type de compactage du sol. Agroscope mène actuellement deux essais de longue durée sur le terrain afin d’étudier la capacité de régénération du sol et différentes mesures d’ameublissement du sous-sol. De même, des chercheuses et chercheurs d’Agroscope issus de différentes disciplines participent à un projet européen commun qui étudie l’importance et les fonctions du sous-sol pour l’agriculture.

    Conclusion

    • Même si la Suisse ne compte actuellement qu’une petite proportion de surfaces ensemencées directement, le risque de compactage du sol est un sujet important pour tous les types d’exploitation agricole.
    • Les mesures visant à réduire les risques doivent être intégrées dès le début afin de ne pas compromettre les avantages de l’agriculture de conservation. À cette fin, Agroscope propose un outil d’aide à la décision en ligne appelé Terranimo.
    • Il est fondamental que le poids de la machine et la charge à la roue soient adaptés à la capacité de charge du sol. L’utilisation de machines plus légères ou autonomes ouvrira de nouvelles possibilités à l’avenir.
    • De plus, la surveillance du compactage du sol permet de prendre à temps des mesures d’ameublissement ciblées.
  • Une qualité boulangère du blé plus stable grâce aux mélanges de variétés

    Une qualité boulangère du blé plus stable grâce aux mélanges de variétés

    Les mélanges de variétés constituent une stratégie efficace pour atténuer les effets des conditions abiotiques changeantes et maintenir une qualité de farine stable, montre une étude d’Agroscope.

    Intégrer de la diversité dans les systèmes agricoles représente un moyen prometteur d’accroître la résilience de la production agricole. En particulier, les mélanges de variétés suscitent un intérêt croissant en Europe en tant que moyen pratique de stabiliser les rendements de blé. Cependant, leur impact sur la qualité boulangère du blé reste peu documenté à ce jour.

    Cette étude a examiné les effets des mélanges de variétés sur la qualité des grains et de la farine et sur la stabilité de cette qualité. L’expérience a porté sur huit variétés de blé suisse (Molinera, Bodeli et CH211.14074 en variétés TOP, Schilthorn, Falotta, Campanile et CH111.16373 en classe 1 et Colmetta en classe 2) cultivées en peuplements purs, dans tous les mélanges possibles de deux variétés et dans un mélange de huit variétés. L’essai a porté sur trois années (2020/2021, 2021/2022 et 2022/2023) et trois sites différents (Changins, Delley et Utzenstorf), ce qui a permis d’évaluer la stabilité de la qualité boulangère dans les mélanges et les peuplements purs.

    La qualité dans les mélanges reste constante

    Les résultats ont montré que les effets des mélanges – c’est-à-dire leurs performances moyennes par rapport aux peuplements purs – étaient inchangés ou légèrement inférieures pour la plupart des paramètres de qualité de la farine. Pour les mélanges de deux variétés, l’étude met en évidence que la classification qualitative correspond à la classe de qualité la plus basse de ses composants (par exemple, un mélange C1-TOP serait classé C1; C1-C2 serait classé C2; C2-TOP serait classé C2). Mais il faut également noter que les mélanges d’une même classe de qualité restent dans cette classe (c’est-à-dire qu’un mélange TOP-TOP reste classé TOP). De la même manière, cette étude a montré qu’en général, les mélanges obtenaient un rendement équivalent aux peuplements purs.

    En outre, ces effets n’étaient pas dus à des changements dans les proportions des variétés au sein des mélanges, mais plutôt à des réactions spécifiques aux variétés en réponse à leur culture dans un mélange.

    Une meilleure stabilité dans des environnements différents

    Les mélanges ont permis d’améliorer la stabilité de la qualité dans toutes les conditions environnementales prises en compte dans l’étude. Ce résultat suggère que les mélanges peuvent amortir les variations environnementales grâce à la compensation des variétés, tandis que les cultures pures sont plus susceptibles de connaître des valeurs de qualité extrêmes (hautes ou basses) en raison de leur réponse uniforme.

    Ainsi, les mélanges de variétés peuvent être particulièrement bien adaptés aux environnements variables, où ils seraient susceptibles d’avoir des performances plus prévisibles que les peuplements purs. Si ce concept a été largement exploré et validé pour la stabilité des rendements dans les mélanges de variétés, nos résultats suggèrent qu’il s’applique également aux paramètres liés à la qualité, élargissant ainsi les avantages de la diversité des variétés au-delà de la productivité.

    Conclusions

    • Les mélanges de variétés de blé ne changent pas la qualité de la farine par rapport aux cultures pures.
    • La qualité d’un mélange est proche de celle de son composant de plus faible qualité.
    • Les mélanges de variétés stabilisent la qualité de la farine dans des environnements fluctuants, suggérant qu’ils peuvent atténuer les effets des variations abiotiques sur la qualité boulangère.
  • Trèfle blanc et pâturin des prés: quatre nouvelles recommandations

    Trèfle blanc et pâturin des prés: quatre nouvelles recommandations

    Le trèfle blanc et le pâturin des prés jouent un rôle clé dans la persistance et l’aptitude au pâturage des mélanges fourragers performants. Sur la base des essais variétaux réalisés entre 2022 et 2024, Agroscope peut désormais recommander deux nouvelles variétés pour chacune de ces deux espèces.

    Le trèfle blanc (Trifolium repens L.) est une légumineuse fourragère bien adaptée à une exploitation intensive et durable. Grâce à ses stolons, il résiste au piétinement et se prête parfaitement au pâturage. Les prairies avec du trèfle blanc offrent une meilleure qualité fourragère et sont plus appétentes. Comme il fixe l’azote atmosphérique, le trèfle blanc réduit également le besoin des parcelles en engrais azotés. Certaines variétés de trèfle blanc peuvent libérer beaucoup d’acide cyanhydrique lors de la digestion, ce qui peut affecter la santé des animaux. Cette caractéristique fait donc l’objet d’une attention particulière lors des essais variétaux.

    Le pâturin des prés (Poa pratensis L.) peut également être exploité de manière intensive, à l’instar du trèfle blanc. Ses rhizomes forment un couvert dense et résistant au piétinement, ce qui le rend particulièrement adapté aux mélanges de longue durée, notamment pour les pâturages. Malheureusement, la croissance initiale du pâturin des prés étant lente, il ne joue pleinement son rôle dans le peuplement qu’après un certain temps. Pour exploiter tout le potentiel de ces deux espèces, il est essentiel de disposer de variétés productives, compétitives et robustes, qui soient si possible résistantes aux maladies.

    28 variétés testées sur le terrain

    De 2022 à 2024, Agroscope a testé, sur cinq sites du Plateau et deux sites en altitude, l’aptitude de dix nouvelles obtentions et neuf variétés recommandées de trèfle blanc à la culture fourragère dans les conditions suisses. Sept nouvelles obtentions et deux variétés recommandées de pâturin des prés ont été testées sur quatre sites du Plateau et un site en altitude. Les critères évalués comprenaient la vigueur au départ, le rendement, la qualité du peuplement végétal, la résistance aux maladies foliaires, la tolérance aux conditions hivernales, la persistance, l’aptitude à la culture en altitude ainsi que, pour le pâturin des prés, la digestibilité du fourrage et, pour le trèfle blanc, la libération d’acide cyanhydrique.

    Quatre nouvelles obtentions

    Les variétés de trèfle blanc «Melital», originaire de Belgique, et «Minona», issue de la sélection suisse, sont désormais recommandées. Elles se distinguent par leurs rendements élevés et leur excellente tolérance aux conditions hivernales. «Melital» se démarque en outre par sa résistance exceptionnelle aux maladies foliaires, tandis que «Minona» convainc par sa croissance initiale et son aptitude à la culture en altitude. Les deux variétés appartiennent au type à feuilles petites à moyennes.

    Les variétés de pâturin des prés «Sextonis» et «Sialis», toutes deux issues de la sélection suisse, rejoignent également la liste des variétés recommandées. «Sextonis» se caractérise par son rendement, sa force de concurrence et sa tolérance aux conditions hivernales. «Sialis», elle, se caractérise par sa digestibilité. Les deux variétés ont également convaincu par une bonne résistance aux maladies foliaires et une persistance remarquable. Ces quatre nouvelles recommandations améliorent considérablement la gamme des variétés recommandées.

    Une variété radiée

    La variété de trèfle blanc «Rabbani», recommandée jusqu’à présent, perd sa recommandation en raison de ses performances insuffisantes. Elle ne pourra donc être utilisée comme variété recommandée que jusqu’à fin 2027.

    Recommandations de variétés par Agroscope

    Agroscope teste régulièrement différentes variétés de plantes fourragères afin de fournir à l’agriculture suisse des recommandations fiables et actualisées. La «Liste des variétés recommandées de plantes fourragères», publiée tous les deux ans, constitue la référence pour la composition des meilleurs mélanges de semences. C’est un guide indispensable pour la filière suisse des semences.

    Conclusions

    • Le trèfle blanc et le pâturin des prés garantissent, dans des mélanges fourragers performants, des peuplements denses, résistants au piétinement et persistants.
    • De 2022 à 2024, Agroscope a testé au total 19 variétés de trèfle blanc et neuf de pâturin des prés.
    • Quatre nouvelles obtentions, les variétés de trèfle blanc «Melital» et «Minona» ainsi que les variétés de pâturin des prés «Sextonis» et «Sialis», sont désormais recommandées.
    • La variété de trèfle blanc «Rabbani», recommandée jusqu’ici, est retirée de la liste des variétés.
    • Ces nouvelles recommandations renforcent la qualité de l’offre de variétés de trèfle blanc et de pâturin des prés.
  • Réduction des résidus phytosanitaires dans les moûts par l’utilisation de fibres végétales

    Réduction des résidus phytosanitaires dans les moûts par l’utilisation de fibres végétales

    L’utilisation de fibres végétales permet de réduire jusqu’à 80 % des résidus phytosanitaires dans les moûts blancs, avec un effet plus limité dans les rouges. La méthode est applicable en cave, en complément d’une utilisation raisonnée des produits à la vigne.

    La station d’essais Viticulture et Œnologie a réalisé une étude dans laquelle elle évalue l’efficacité des fibres végétales (FV) et des bentonites (B) pour réduire les résidus de produits phytosanitaires (PPh) dans les moûts de petite arvine et de syrah. L’essai a été conduit à l’échelle du laboratoire et de la cave, sur les millésimes 2022 et 2023. En laboratoire, les FV entraînent une réduction de 33 à 96 % des résidus selon la molécule, tandis que la bentonite n’a aucun effet notable. La combinaison FV+B n’apporte pas d’amélioration supplémentaire. Les cinétiques fermentaires sont globalement préservées, même si un ralentissement est observé avec la bentonite.

    Efficacité confirmée des fibres végétales pour les moûts blancs à la cave

    Les résultats pour les moûts blancs en 2022, obtenus à la cave, montrent que le débourbage seul réduit d’environ 20 % les résidus. L’ajout de FV améliore nettement l’efficacité (jusqu’à 85 % pour le boscalide) et permet l’élimination complète de certaines molécules (mandipropamide, cyazofamide), sans modification sensorielle détectable. En 2023, les FV suppriment totalement tous les résidus mesurables. La B reste inefficace dans toutes les conditions testées (Fig. A).

    Figure A. Réduction des résidus de PPh en moût blanc (Arvine) après débourbage. Ctrl : moût non traité ; FV : fibres végétales ; B : bentonites ; M : utilisation du mélangeur statique Dynawine.

    Efficacité réduite des fibres végétales pour les moûts rouges à la cave

    Pour les moûts rouges, la fermentation réduit les résidus de 40 à 100 %, ce qui limite l’impact des FV. Les résultats varient selon les millésimes: réduction modeste en 2022 (boscalid) et absence d’effet en 2023. Des différences sensorielles et des variations de certains paramètres (fin de la fermentation malolactique, teneur en anthocyanes) ont également été observées. L’application des FV lors du débourbage des moûts blancs s’avère donc efficace et facilement intégrable à la vinification, en particulier lors des millésimes marqués par une forte pression phytosanitaire et des traitements tardifs. Pour les moûts rouges, leur usage direct n’est pas recommandé; une application sur vin fini filtré est plus pertinente. Cette méthode constitue un outil complémentaire à une gestion raisonnée des PPh à la vigne, sans s’y substituer.

    Conclusions

    • Les fibres végétales utilisées au débourbage des moûts blancs réduisent efficacement le nombre et la quantité de résidus de PPh, mais ne sont pas efficaces en moûts rouges, où elles peuvent même modifier la perception sensorielle.
    • Leur usage est pertinent surtout après de nombreux traitements de PPh (particulièrment après véraison).
    • La réduction des résidus de PPh en cave ne se substitue pas à une utilisation raisonnée de ces derniers dans le vignoble.
  • Bilan 2019-2021 de la plateforme VITISWISS: très peu de résidus dans les vins suisses

    Bilan 2019-2021 de la plateforme VITISWISS: très peu de résidus dans les vins suisses

    Les 451 vins analysés dans le cadre de la plate-forme nationale VITISWISS pour le monitoring des résidus de produits phytosanitaires montrent que les vins suisses présentent un haut niveau de qualité avec seulement deux cas de non-conformité.

    Afin de permettre aux producteurs suisses d’assurer la qualité de leurs vins en termes de résidus phytosanitaires et de contribuer à la recherche de solutions permettant de limiter la présence de résidus dans les vins, VITISWISS, la Fédération suisse pour le développement d’une vitiviniculture durable, en collaboration avec des partenaires institutionnels et professionnels, a décidé en 2019 de mettre en place une plate-forme nationale pour le monitoring des résidus de produits phytosanitaires. Cette dernière propose une procédure d’analyses des vins centralisée et uniformisée. Durant la période 2019 à 2021, elles ont porté sur 160 matières actives et métabolites dont 37 herbicides, 50 insecticides et 73 fongicides.

    Des vins conformes aux exigences légales

    Sur l’ensemble des 451 bouteilles analysées, provenant de vins bio ou cultivés en production intégrée (PI), 449 répondent aux exigences légales (99,6 %). Seuls deux vins, soit 0,4 % des échantillons sont déclarés non conformes à la suite de la mise en évidence de deux produits non autorisés sur la vigne en Suisse. Globalement, 26 autres matières actives ou métabolites autorisés ont été détectés à des valeurs supérieures à la limite de quantification d’usage (LQU) de 0,01 mg/l. En moyenne, les valeurs de résidus enregistrées pour ces divers produits sont près de 30 fois inférieures aux valeurs légales. Les analyses ont également permis d’identifier 19 molécules supplémentaires à l’état de traces inférieures à la LQU.

    Le nombre moyen de résidus varie de 1,2 pour les vins bio à 3,1 pour les vins PI (fig. 1). Si l’on ne prend pas en considération l’acide phosphoreux et les phtalimides dont la provenance dans les vins n’est pas forcément liée à des traitements phytosanitaires, les valeurs moyennes diminuent considérablement, avec des vins bio quasiment sans résidus et des vins PI qui ne présentent plus que 1,4 résidus en moyenne.

    Figure 1: Nombre moyen de résidus > LQU, écarts-types et valeurs minimales et maximales (min. – max) suivant les programmes de traitements. BIO :  235 vins analysés; PI  189 vins analysés.

    Les fongicides au cœur de la problématique

    La grande majorité des résidus sont des fongicides ou leurs métabolites. Parmi les matières actives identifiées, on compte sept substances actives anti-botrytis (fenhexamide, boscalide, cyprodinil, fludioxonil, fenpyrazamine, carbendazime et thiophanate-méthyl), sept substances actives anti-mildiou (fosétyl-Al, iprovalicarbe, mandipropamide, métalaxyl, diméthomorphe, azoxystrobine et amétoctradine) et quatre substances actives anti-oïdium (fenpropidine, fluxapyroxade, fluopyram et spiroxamine). Aucune trace d’acaricide n’a été détectée dans les échantillons analysés, 98 % des vins ne contiennent aucune trace d’insecticide supérieure à la LQU et 99,3 % ne contiennent pas de résidus d’herbicides.

    Conclusions

    • Les résultats montrent que 99,6 % des vins suisse analysés respectent la législation et que les résidus identifiés sont très largement inférieurs aux limites légales maximales autorisées.
    • Le nombre de résidus est plus faible dans les vins issus de la production biologique que dans ceux de la production intégrée.
    • Les fongicides sont le plus fréquemment détectés dans les vins tandis que les acaricides, les insecticides et les herbicides ne sont que très rarement mis en évidence.
  • Évaluation de la nutrition azotée du chasselas, de la vigne à la cave, dans le canton de Vaud

    Évaluation de la nutrition azotée du chasselas, de la vigne à la cave, dans le canton de Vaud

    Une enquête menée dans le canton de Vaud sur le chasselas révèle des carences fréquentes en azote au vignoble pour les millésimes 2022-2023, malgré l’apport de compléments au sol. Seul un tiers des sondés mesurent l’azote assimilable dans le moût.

    En viticulture, la gestion de la nutrition azotée de la vigne est fondamentale car elle contribue à l’élaboration de raisins et de vins de qualité. Dans le cadre de cette étude, un questionnaire a été soumis aux viticulteurs du canton de Vaud afin de recueillir des informations sur la gestion de la nutrition azotée pour le cépage chasselas concernant les millésimes 2022, 2023 et 2024 tant à la vigne qu’à la cave.

    Symptômes de carence en azote sur des millésimes spécifiques

    Des symptômes de carence azotée sur le chasselas ont été observés par 56 % des participants en 2022 et par 50 % en 2023 (millésimes marqués par un ensoleillement et des températures estivales hors normes). En revanche, en 2024 (année marquée par de nombreux épisodes pluvieux), ces symptômes n’ont pas été observés (Figure 1).

    Figure 1: Pourcentage de participants ayant observé des symptômes de carence azotée au vignoble en fonction des millésimes: 2022 (56 % oui et 44 % non); 2023 (50 % oui et 50 % non); 2024 (12 % oui et 88 % non).

    L’apport au sol est la fertilisation azotée la plus répandue

    Concernant la fertilisation azotée au vignoble, les pourcentages varient peu d’un millésime à l’autre. De manière générale, la fertilisation azotée au sol est la pratique la plus répandue chez les vignerons du canton de Vaud (avec des pourcentages compris entre 55 % et 60 % selon les millésimes), tandis que l’apport foliaire est très peu pratiqué. Une tendance similaire a été observée en Valais, où une enquête menée sur le millésime 2022 a révélé que 89 % des personnes interrogées n’avaient pas apporté d’azote foliaire à la vigne au cépage chasselas. La fertilisation foliaire reste toutefois une pratique importante pour la viticulture, car elle permet d’optimiser l’assimilation des nutriments afin de prévenir les carences en azote des raisins sans influencer la vigueur de la vigne. En effet, une concentration en azote assimilable (YAN) inférieure à 140 mg/L correspond à une situation de carence modérée pour la vinification des moûts blancs.

    Ralentissement en fin de FA et variabilité des levures utilisées

    En cave, 27 % des répondants ont mesuré les YAN dans le moût de chasselas en 2022, puis 33 % en 2023 et 2024 (Figure 2A), avec des valeurs comprises entre 62 et 182 mg/L en YAN. La majorité des producteurs n’a pas observé de ralentissement significatif de la fermentation alcoolique (FA) (Figure 2B). Toutefois, certains ont signalé des ralentissements, voire des arrêts en fin de la FA, avec des cuves rencontrant des difficultés à terminer le processus fermentaire. Ces ralentissements seraient liés à la présence de sucres résiduels laissés par les levures sèches actives (LSA) utilisées, qui se sont révélées être au total 32 souches de levures différentes. Dans leur choix de levures, plusieurs participants ont exprimé une préférence pour les LSA à faible besoin en azote (LNR) par rapport aux LSA à haut besoin en azote (HNR). Une prospection des levures utilisées par les producteurs est en cours afin d’évaluer leur efficience fermentaire à différents niveaux d’azote assimilable. L’objectif est de créer des fiches techniques pour proposer un outil microbiologique alternatif aux intrants œnologiques lors de millésimes pauvres en azote.

    Enfin, le contrôle de la température est une pratique employée par 42 % des répondants pour résoudre ces ralentissements. En effet, 94 % des caves disposent d’un système de contrôle de température. D’autres pratiques employées sont l’aération (39 %) et l’ajout de lies ou de nutriments (19 %).

    Figure 2: (A) Participants ayant effectué la mesure en YAN dans le moût de chasselas pour les millésimes 2022, 2023 et 2024.  (B) Ralentissements / arrêts de FA sur chasselas en pourcentage sur les millésimes 2022, 2023 et 2024.

    Conclusions

    • Les symptômes de la carence en azote à la vigne dépendent du millésime et apparaissent plus souvent lors des années chaudes et sèches. Par ailleurs, la carence en azote dans le moût de chasselas est très courante.
    • La fertilisation azotée au sol est une pratique courante chez les vignerons du canton de Vaud, tandis que l’apport foliaire est très peu fréquent.
    • La mesure de l’azote assimilable dans le moût reste une pratique peu répandue chez les producteurs, alors qu’elle fournit des indications importantes pour piloter la FA et éviter arrêts ou ralentissements de la fermentation.
  • Effet de bandes fleuries sur les prédateurs des pucerons dans la betterave sucrière

    Effet de bandes fleuries sur les prédateurs des pucerons dans la betterave sucrière

    Les bandes fleuries annuelles semées à l’automne ou pérennes favorisent les prédateurs des pucerons vecteurs de la jaunisse virale, une maladie sévère de la betterave sucrière, avec des effets modulés par la composition florale et les éléments paysagers environnants.

    La lutte biologique consiste à renforcer les populations des prédateurs des espèces nuisibles afin de réduire l’emploi de pesticides. Dans cette optique, l’utilité des bandes fleuries (BF) a été démontrée dans différents contextes. Dans les cultures de betteraves sucrières, les recherches à ce sujet restent toutefois limitées malgré le défi important posé par le puceron vert du pêcher (Myzus persicae) et le puceron noir de la fève (Aphis fabae), principaux vecteurs de plusieurs virus responsables de la jaunisse virale en début de saison.

    Agroscope a donc mené une étude visant d’une part à identifier le ou les types de BF optimaux pour favoriser les prédateurs des pucerons au début du printemps, d’autre part à suivre l’abondance et la composition de ces derniers dans les différents types de BF et enfin à analyser les éléments paysagers qui influencent leur présence.

    Pour ce faire, trois mélanges de semences différents pour BF ont été semés chacun sur dix champs de betteraves sucrières gérés sans insecticide. Ils ont été comparés à des bandes de betteraves sucrières gérées avec ou sans insecticide, ces deux procédés servant de témoins.

    Les bandes fleuries bien implantées sont plus favorables aux prédateurs

    Bon nombre de prédateurs sont dépendants de la présence de fleurs pour maintenir leurs populations. En particulier dans le système de betterave sucrière, les fleurs de début de saison sont cruciales pour assurer la présence de prédateurs suffisamment tôt. Celles-ci étaient abondantes dans les BF pérennes et annuelles semées en automne, mais absentes dans les BF annuelles semées au printemps. Les prédateurs des pucerons étaient également plus abondants dans ces types de BF que dans les BF annuelles semées au printemps et les témoins, ce qui montre le lien entre la disponibilité des fleurs et la présence de prédateurs.

    Des communautés de syrphes différentes

    La composition globale des prédateurs ne différait pas de manière significative entre les BF semées en automne et les BF pérennes. En revanche, les communautés de syrphes différaient, probablement en lien avec les espèces végétales distinctes offertes par les types de bandes fleuries.

    Une réponse contrastée des prédateurs aux éléments paysagers

    Les éléments forestiers et floraux n’ont eu aucun effet sur l’abondance globale des prédateurs des pucerons. En revanche, lorsqu’on examine plus précisément certains groupes de prédateurs, on observe que les guêpes parasitoïdes de la famille des Braconidae étaient positivement liés à la couverture forestière dans un rayon de 500 m, tandis que les syrphes présentaient une association négative avec la forêt à l’échelle de 2000 m.

    Conclusions

    • Un facteur clé pour l’impact en début de saison a été la mise en place de BF au cours de la saison précédant la culture de la betterave sucrière.
    • Les types de BF les plus efficaces ont favorisé un nombre total similaire de prédateurs des pucerons mais ont attiré des communautés différentes de syrphes, ce qui suggère que chaque type pourrait contribuer à sa manière à la lutte naturelle contre les ravageurs.
    • Au-delà du type de BF, les zones boisées proches des champs, au sein de paysages autrement ouverts, sont importantes pour le soutien des insectes utiles.